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lundi 6 octobre 2008

L'article en réseau


J'ai eu une discussion passionnante cette semaine avec Francis Pisani ("Transnets", un blog du Monde.fr) sur de la meilleure façon de couvrir la crise financière.

Ce thème de la crise financière constitue presque un cas d'école pour le web: c'est un événement majeur, persistant, hyper-présent sur la toile. Cela fait plus d'une semaine que tous les médias et les blogueurs en parlent. Et le web se remplit chaque jour d'une masse d'informations colossale: des infos, des opinions, des analyses contradictoires arrivent de partout, toutes les minutes, jour et nuit.

Quels outils offre Internet pour aider les lecteurs à mieux suivre et comprendre la crise? Et qu'est-ce que ça nous apprend sur nos pratiques?

La crise financière est l'événement idéal pour nous aider à envisager l'info non plus comme un produit, un contenu (l'article, le reportage) mais comme un flux.

Je veux dire : pas seulement un article ou un reportage vidéo que je publierais sur le web une fois écrit.

Mais un flux continu d'infos, d'infos fragmentées (des brèves qui s'enchainent, ou se répondent), apportant au lecteur les meilleurs éléments sur le sujet en temps réel.

Francis m'a expliqué par exemple comment il avait (sur un autre sujet que la crise) demandé à ses étudiants d'utiliser différents outils de micro-blogging pour travailler leurs reportages dans une logique de flux.

Ils ont créé plusieurs comptes twitter (par exemple ici) où ils postaient des mini articles (on appelle ça le micro-blogging) en temps réel, sur le sujet qu'ils couvraient. Ces mini-posts sont également des espaces de conversation puisque, sur twitter, chacun peut se répondre. Ils disposaient également de compte "tumblr" (un outil révolutionnaire et hyper simplifié de micro-blogging), comme celui d'Isabelle ici. Pour chaque événement, il suffit de créer une "room" (un espace) sur le site d'agrégation de flux Friendfeed. Vous avez un fil d'info interactif, vivant, mélant commentaires, reportages en live, citations et journalisme de liens (voir la room des étudiants en journalisme de Science-Po Paris ici. Le fil s'est un peu dégradé depuis le lancement, mais c'est toujours intéressant d'observer la mécanique)

Sur Lepost.fr, nous avons expérimenté cette semaine un bloc live mixant les derniers posts de la rédaction et de la communauté sur le sujet, et une liste de liens présentés sous forme de citation, envoyés en live sur Tumblr par une journaliste et des blogueurs éco. Voici le résultat:

De tous ces exemples je vois deux pratiques émerger, et se croiser:

1- L'info comme un flux : pas un produit, mais un process. Qu'il s'agisse de micro-blogging (via twitter par exemple) pour de gros événements (avec beaucoup de mises à jour et d'infos sur une courte durée de temps, voir par exemple ici le fil "élections USA" de Twitter), ou d'un post considéré comme un "work-in-progress", une sorte de chantier permanent avec des mises-à-jour plusieurs fois dans la journée.

Cette notion de flux, de process, va plus loin qu'on ne l'imagine. Il ne s'agit pas seulement de couvrir en direct : cela pousse les journalistes à envisager l'article comme un contenu inachevé, vivant, mais aussi une conversation: info en temps réel, fragmentée et interactive. On met à jour l'info le plus souvent possible (sur le même post, via plusieurs posts éclatés que l'on agrège, ou en micro-blogging), on agrège les news et les ressources publiés par les autres médias, on converse avec les lecteurs: on lit leurs commentaires, leurs corrections, leurs infos, on peut leur demander d'apporter de nouveaux documents sur le sujet. Les blogueurs peuvent aussi réagir à l'article et créer une nouvelle boucle de conversation... On est déjà dans le réseau.

2- L'info comme un réseau. "Link to the best": couvrir un événement, ce n'est pas juste écrire son propre reportage ou analyse sur le sujet. Les infos sont des infos en réseau. Si vous considérez que le journalisme c'est "donner la meilleure info au meilleur moment", alors vous devez aider vos lecteurs à accéder aux meilleurs ressources publiées sur le sujet sur le Net, au moment où elles sont mises en ligne... (Le Washington Post fait ça très bien depuis quelques jours)

Ces deux pratiques modernes fondent ce que j'appelle "l'article en réseau" ("networked article").

Le blogueur Jeff Jarvis vient juste d'écrire un post sur le sujet. Evoquant "la meilleure manière d'écrire un article", il ne dit pas autre chose (et il le dit mieux que moi) :

"1. Curated aggregation. Do what you do best, link to the rest. Here’s the best of the rest. See: MoneyMeltDown. (Faites ce que vous savez faire, faites des liens vers le reste)

2. A blog that treats the story as a process, not a product, with continuing coverage and conversation, asking and answering questions, giving updates, filling in gaps: a reporter showing her work." (Traitez l'info comme un process, pas comme un produit, avec une couverture en continu et une conversation...)

(Illustration: la carte de l'info sur le Net)

mercredi 24 septembre 2008

What is left to journalists ?

Things have changed. The fact is that the way audience consume information changes the way information is produced and distributed. It changes the people who produce this information and how they do as well.

It changes journalism. It changes journalists. But which journalists?

Let's have a look :

1- When you need 900 journalists to run a print media then put your content online, you don't gain a bigger audience than a thirty journalists media. Anyway, even if you want, you can't build a hundred journalists newsroom because you just don't have the money to.

That's a real threat: this year, in the US, more than 8.000 journalists have been fired in the traditional medias. Will they work online ? No.


A student asked me last month: “But.. If money leaves the print press, it should go to the Internet”. Yes, but money doesn't go to news medias on the Net. It goes to services. It goes to search engines. They are new medias, that trust the ads, but they're not “news” medias. So... less money... less journalists.


2-
Jeff Mignon (in french) and Grzegorz Piechota recently asked the good question:

what is the value of journalism? Jeff asks: Do you think that a news has a value by itself or do you think that the value comes from what you do with this news? At Lepost.fr (the new experimental web media I'm in charge of), we just stopped to pay for the AFP and Reuters feeds because they didn't give any value to our production. You still need breaking news, but they're spread everywhere at the same time. You can even be informed of an event before AP and Reuters just by checking your Twitter account...


And there's a new thing: if you are a mass media, you need to send journalists to cover the event. All mass media do it. Consequently, there are thousands of journalists covering the same event at the same time, releasing the same raw news, photos, videos, at the same time. This is what I call closed medias: print, TV...


In a network environment, sending journalists everywhere just to cover news is a nonsense. Because news are shared everywhere for free, instantly, by journalists and citizens.

There's more and more news shared and spread on the network. For network medias, the job now is: how do I connect these news together to make sense emerging from it? How can I give value to news ? How can I bring new material, best links choice, emotion, analysis, sense among this Internet noise, invaded by several million of news?

Have you got the answer? So, another question: who does this job best?

Who is able to make the most accurate aggregation of news? Who can make the best analysis on the financial crisis? Who can open the hottest conversations about politics? Who will be the best expert about the iPhone (journalists or a mobile phone addict)? And even: who is the best to detect the last important breaking news released on the Internet (at Lepost.fr, we created teams of super readers who alert us whenever they read something interesting on the Net. They're simple citizens, non journalists, but super readers addicted to news...).


Participative medias, bloggers, and medias based on user generated content showed that most of the time, non journalists where more effective to give value to the news. Not because they're not journalists, but because they know what they're talking about, they can bring emotion, authenticity, knowledge. They're experts, they're witnesses, they're addicted to one matter and they know everything about it. So, maybe it is still journalism. But this new “journalism” is not only, at least, a matter of journalists. Here comes the time of shared journalism.

So, what is left to journalists?

Education of citizens to help them bring the news? Investigation?

That's not only a provocative question.

There will be more and more news, more and more “journalism”, but maybe not with the journalists we know today. And maybe not with journalists. Well... not so much.