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jeudi 12 novembre 2009

Médias : le web sert-il vraiment à quelque chose ?


A entendre quelques patrons de médias au fil de mes rencontres ou interventions en conférence, c'est le sentiment qui domine. Puisqu'il semble acquis (sic) que le web ne servira pas à financer les budgets déficits des journaux ou les budgets des télés, ni même à remplacer le modèle, j'ai la nette impression que la tendance en France dans les médias est au repli. Et qui dit repli, dit pas d'investissement véritable. Pire: pas d'innovation. No future le web ?

Ce que j'entends :

1) "Il n'y a pas de modèle économique viable pour les médias sur Internet. Un visiteur unique rapporte dix fois moins qu'un lecteur. "

2) Donc : "Ne perdons pas d'argent sur le web, il n'y aura pas de retour sur investissement. Le web reste un complément, mais n'a pas à être au coeur de la stratégie."

3) Ce n'est pas nouveau mais ça revient très fort: "Tout ça c'est la faute à Google qui se fait de l'argent sur nos contenus. Google doit payer." Ou: "On va bloquer Google qui ne pourra plus indexer nos infos".

4) "Le Kindle d'Amazon c'est l'avenir de la presse écrite: Il faut juste attendre que ça se démocratise et on pourra à nouveau vendre nos journaux sur Internet."

5) "Le mobile est un réseau beaucoup plus viable que le web: il y a de vrais espoirs de modèles économiques puisque l'on peut faire payer les gens sans douleur, comme sur iTunes".


La réalité:

1) No pub ? Il y a plusieurs idées reçues et contre-vérités dans ce message.



- Oui, si l'on compte en visiteur unique, en passant du lecteur à l'internaute, la recette annuelle est divisée par 20.

- Non, si l'on compte en pages vues. Les calculs d'Olivier Bonsart de Ouest France montrent qu'une page sur le web rapporte plus qu'une page papier. Le problème c'est le trafic, pas assez important. Ce qui ne résout pas le problème, mais permet au moins de relativiser.

- La pub traditionnelle sur Internet est ringarde et inintéressante. Les agences et les régies pub bloquent sur ce modèle (le fameux "display") depuis des années et n'ont pas fait leur révolution, alors que de plus en plus d'annonceurs sont aujourd'hui prêts à se bouger. Il y a encore énormément à expérimenter sur Internet: transformer les marques en média, jouer les médias sociaux, faire du participatif maîtrisé, faire du clef en main, inventer inventer inventer. Mais qui osera bousculer les toutes puissantes agences ?

2) No future ? Arrêtons de considérer Internet comme un média.



Internet est une manifestation du réseau digital, dans lequel nous devons aujourd'hui inclure le mobile. Les médias doivent se mettre en réseau, mettre la digitalisation des contenus et des process au coeur de leurs stratégies. Et envisager les modèles économiques comme un ensemble. Considérer le réseau comme un accessoire, c'est signer son arrêt de mort, son bannissement de la sphère du consommateur et de l'annonceur.

3) No Google ? En 2009, la presse se cherche encore des coupables. Au lieu de s'inspirer du modèle Google, elle en fait un bouc-émissaire.



Ce mois ci Ruppert Murdoch (Wall Street Journal, Fox...) a menacé Google de ne plus rendre les contenus de ses médias accessibles par le moteur de recherche, qu'il traite de pilleur. Réponse de Google : pas de problème!
Suicide mode d'emploi...

4) No free model ? Autre option, très "Murdoch Style" aussi: faire payer les contenus actuels. Aucun modèle grand public ne fonctionne réellement, mais tout le monde en parle. Tout le monde travaille dessus. C'est évidemment très compliqué. Même Murdoch temporise...



Ce n'est pas le principe du payant qui pose problème. On peut faire payer des tas de choses sur le web, à commencer par des services. Le problème, c'est de vouloir faire payer l'info: dans un environnement où toute info est publique et accessible gratuitement (chez l'émetteur de l'info ou ailleurs) en 30 secondes, quelle est la valeur de l'info ? Que faire payer ?

En France, j'ai vu passer des projets, parmi les sociétés de journalistes, qui me font hurler de rire frémir: "Les éditeurs de presse pourraient s'accorder, au sein des associations professionnelles nationales et internationales, pour renoncer collectivement à la gratuité de l'information en ligne." Help !



La solution finale (si j'ose dire) ? Le e-paper. Là, c'est sûr, les gens vont enfin acheter le journal!
Pour preuve: le succès du Kindle d'Amazon (très relatif, aucun chiffre n'est disponible), lancé récemment en France.
Miracle en vue ?
Le problème est encore celui de la valeur de l'info, donc de son prix. La valeur d'une info, même présentée sous la forme d'un journal traditionnel sur un écran agréable, n'est pas comparable à celle d'un livre numérique dont le contenu reste (pour l'instant) difficilement soluble sur le réseau .

5) No web ? Ah, le iPhone! Le graal des patrons de médias ! D'abord parce qu'ils ont enfin entre les mains un objet qu'ils comprennent. Le iPhone est à l'Internet ce que la Wii a été au jeu-vidéo. C'est l'émergence d'une économie des "casual" internautes. Tout le monde comprend la Wii, même les séniors.



Le mobile va en effet bouleverser l'écosystème de l'info parce qu'il accélère les logiques du réseau, mais aussi parce que l'outil est beaucoup plus proche de l'utilisateur, beaucoup plus accessible que l'ordinateur.
Il est vrai que les mobinautes paient facilement les applications iPhone. Pour autant, ce n'est pas un modèle en soi, ni un modèle unique.
Et les usages mutent à vitesse Grand V sur le mobile. Pour l'instant, une appli par média. Demain: à nouveau les agrégateurs ?

Et vous, vous en pensez quoi ?

jeudi 10 septembre 2009

Google veut révolutionner l'info payante: mais que vendre ?


Oubliez l'Apple Keynote d'hier soir (toujours rien sur l'Apple Tablet...), cette semaine, c'est Google qui fait l'événement. Et en mettant justement les pieds dans l'un des bastions les plus prometteurs d'Apple: le micropaiement.

Que propose Google ?
Tous les contenus doivent être accessibles, continue de plaider le géant américain, mais cela ne veut pas dire qu'ils doivent être gratuits.
Google va donc proposer dès l'année prochaine un système de micropaiement aux internautes.

Cherchez avec Google, payez avec "Google Checkout" (le nom de ce nouveau service).

Les applications envisagées iront de l'abonnement mensuel, à l'achat à l'unité jusqu'au paiement de packs de contenus émanant de plusieurs publications. Par exemple: un Top 10 des contenus éco du jour.

Comme Apple avec AppStore, ou comme avec son propre "Android Market" (le service d'applications mobile de Google) Google prendra 30% sur ces transactions.

Cette annonce, qui est en fait une réponse à une requête lancée par la NAA (Newspapers Association of American) sur la monétisation des contenus des journaux sur Internet, pourrait bien annoncer une vraie révolution.

Pourquoi ? Parce que le modèle du tout gratuit sur Internet est en crise.
Mais surtout parce que la proposition émane de Google. Et que Google est l'une des rares firmes (avec Apple sur le mobile) à pouvoir proposer un système unitaire de micro-paiement = Google organise l'information sur Internet, Google démocratise le système du "single-sign-on" (un seul compte pour plusieurs services), demain Google proposera le système de paiement sur les contenus qu'elle organise.

Voici le document envoyé par Google à la NAA:

Google's proposal to the Newspaper Association of America

J'avais déjà évoqué ce débat du gratuit/payant il y a trois ans sur ce blog, à la suite d'une discussion que j'avais eu en juin 2006 avec Nathan Stoll, le patron de Google News, à l'issue d'une conférence. Il nous disait: "Je ne suis pas pour le tout gratuit. Si payer est pratique pour les gens, alors il faut faire payer. Mais rien ne bougera tant que payer 1$ sur Internet sera compliqué pour le client".

Je n'ai pas changé d'avis.

Si Google démocratise le micro-paiement, et l'inclut de façon "indolore" dans le parcours de recherche de l'internaute, il y a fort à parier que cela entraînera une nouvelle mutation de l'écosystème de l'info.

Une question demeure : que peut-on vraiment vendre ?
Le parallèle avec iTunes a ses limites. Un morceau de musique est un contenu indivisible, qu'il faut pirater si on veut l'écouter sans payer, et dont on profitera toute sa vie. Une info, c'est beaucoup moins concret. Une info, une fois qu'elle est entrée dans le domaine public, perd sa valeur et peut être partagée gratuitement sans passer par la case copier-coller. Difficile de la vendre, même avec un système aussi "indolore" que le micro-paiement.

Le modèle payant dominant aujourd'hui est celui de l'abonnement premium. Un vrai come-back, même s'il a plus de dix ans.
Mais il relève en fait du modèle "freemium": il ne repose pas spécifiquement sur la vente de contenus mais plutôt l'appartenance à un club, le soutien à une cause, l'achat de services.
On crée du trafic en mettant à disposition gratuitement des contenus, et on fait payer des services.

Mais pas, à proprement parler, de vente de contenus d'info.


Y-a-t-il d'autres pistes ?
Revenons à la révolution Apple, qui semble se faire couper l'herbe sous les pieds avec le projet de Google.

Sur quoi repose cette révolution ? Avec le iPhone, Apple a bouleversé l'écosystème de l'info sur mobile. Et donc de l'info online puisque la mobilité est la prochaine étape du Net.

Revoyons ces étapes :
1- Années 90: l'ère WWW. L'info est organisée en rubriques sur le site Internet du média
2- Années 2000: l'ère Yahoo. L'info est rassemblée non plus sur des sites mais sur des portails
3- Années 2002-2008: l'ère Google et le web 2.0. L'info est fragmentée et s'organise autour des contenus organisés par Google.
4- Années 2010: l'ère iPhone et NetPC. L'info s'organise autour des applications téléchargées sur votre device mobile (Net PC, iPhone ou GooglePhone).

On pourrait s'amuser à faire un classement des médias pour voir à quelle étape ils sont restés... Et vous, à quelle étape vous situez vous ?

L'étape 4, c'est donc celle de l'application.
Elle s'est démocratisée avec l'iPhone et Android. Elles sont en train de se développer sur les Net PC. C'est l'une des grandes idées de Jolicloud (par Tariq Krim, fondateur de Netvibes), dont la version béta vient d'être lancée.

Et l'on se rend compte que ces applications se vendent plutôt bien, grâce au micro-paiement d'Apple (le modèle iTunes) et qu'elles vont également permettre (depuis cet été) d'acheter en un seul click des services et des contenus.

Et si nous pensions les contenus d'info de demain comme des applications ? A quoi pourrait ressembler une appli-documentaire, par exemple ?

Nous n'avons pas fini de re-penser l'info sur le réseau.

mercredi 22 octobre 2008

Une nouvelle architecture de l'information


Voici ma contribution, apportée hier, à l'atelier "quels contenus pour la presse écrite?" des Etats Généraux de la Presse Ecrite. Un peu décalée par rapport aux autres interventions, mais bon... certes, il y a des solutions concrètes à court et moyen terme et il faut les travailler. Mais peut-on parler de contenu pour la presse écrite sans tenir compte du contexte actuel? Internet n'est pas qu'un nouveau format, il a entraîné une profonde mutation de la société française. Et donc son rapport à l'information. 

D'abord 3 constats concernant le papier: 

1) La presse papier n'est pas victime d'érosion, elle est menacée de décrochage dans sa diffusion. Il sera dramatique. C'est déjà le cas aux Etats-Unis. En France, la presse devrait suivre la tendance, avec un an de retard. Le décrochage se fait déjà sentir en 2008 pour un certain nombre de grands quotidiens, avec des chutes entre 5 et 10%.

2) On ne  gagne plus d'argent sur la vente seule du journal papier.

3) Le gratuit n'est pas LA solution. Il répond à une demande, mais le marché est déjà saturé. Et il s'appuie sur la mobilité... qui est la grande révolution du i-Phone.

Des chercheurs de l'institut d'études du futur de Copenhague ont dressé la liste de ce qui ne fera plus partie de notre environnement en 2020. Et parmi eux:  les journaux papier.
Plus récemment, à la conférence de l'Association mondiale des journaux, on évoquait leur disparition dans 5 ans...
Difficile de jouer les mediums. Et il y a toujours des exceptions. Ce que l'on sait:  c'est un format qui va mal, qui coûte encore trop cher mais qui reste pertinent, parce qu'il n'y a pas, aujourd'hui, de réplique totale au papier. Le problème, c'est: jusqu'à quand pourrons-nous encore le financer? 

Considérons donc le comme un format comme un autre: rationalisons les couts de fabrication, mais aussi la distribution désastreuse, et les coûts éditoriaux. Mais surtout, osons nous poser la question:
Et si le papier disparaissait? Impossible? Posons nous quand même la question. 
Dans ce cas, posons nous autre question: sans papier, qu'est-ce qu'un journal?

Alors, qu'est-ce qu'un journal?
- Une relation à l'audience, comme le conseille Rob Curley, un des artisans les plus talentueux de la presse locale aux Etats-Unis? Que dit-il: dans newspaper, il y a news et il y a paper. Un jour, il faudra choisir son camp.
Choisissons les news. 
Et là encore, posons nous la question: qu'est-ce que l'information. Qu'est-ce qui a changé dans l'information aujourd'hui?
Beaucoup de choses.
Penser les contenus pour demain, c'est penser une nouvelle architecture de l'information qui tienne compte des réalités.

Voici donc deux nouvelles réalités : 

1)  Nous sommes en train d'ouvrir les yeux sur un nouveau monde et, que réalisons-nous? Qu'une partie de l'info se fait déjà sans nous, les médias traditionnels. Aux USA, même les sites des grands journaux sont en recul, ce qui n'est pas rassurant.

2) L'information s'inscrit désormais dans un réseau. Pourquoi est-ce important de réaliser cela? Parce que les revenus demain s'inscrivent également dans cette logique de réseau. Regardez Google: Google truste aujourd'hui la publicité sur le Net, et dévore la publicité locale. Il le fait sur la base de contenus qui ne lui appartiennent pas. Google met en lien contenus et lecteurs. Et a bâti un réseau de publicité dessus (lire à ce sujet les réflexions de Jeff Jarvis)

Qu'est-ce que cela veut dire? Que nous assistons aujourd'hui à la fin du mass média. Nous nous dirigeons vers une info partagée: une info hyperfragmentée, qui sera produite non plus par de grandes rédactions mais par une multitude de mini-médias, parfois personnels, et qui devra, dans la même logique, être hyper distribuée, notamment via les mobiles. Une information en réseau.

Je pense que nous ne survivrons pas si nous nous considérons seulement comme des mass médias fournisseurs de contenus, même à haute valeur ajoutée. Les journaux doivent s'inscrire dans cette logique de réseau: donner la meilleure info au meilleur moment (et j'ajouterais même: au meilleur endroit), mais ce ne sera pas forcément une info produite par la rédaction du média. 

Nous devons devenir des réseaux de valeur où transiteront, de manière filtrée, partagée, l'information infos en provenance de différentes sources et de différentes communautés. Et, bien sûr, donner à ce réseau une couche de journalisme de qualité, de journalisme d'investigation notamment, qui viendra augmenter la valeur ajoutée et l'attractivité de ces réseaux d'infos.

C'est donc une nouvelle architecture de l'information que nous devons construire, en ne jetant pas le papier dans la corbeille, mais en le repositionnant intelligemment, c'est à dire à la périphérie, et en concentrant les aides et les investissements vers la mutation et la diversification de nos industries.

Je n'ai pas parlé de contenu? Si , je n'ai fait que parler de contenu. Car ce qui précède la définition du contenu, c'est bien la question de l'usage. Pourquoi et dans quelles conditions consomme-t-on l'information aujourd'hui, et qu'est-ce ça nous dit en terme de contenus et de formats? 

(Illustration: zouzou.webodo.com

lundi 14 juillet 2008

La nouvelle économie des rédactions du futur

Et si l'on confiait à Google la distribution des contenus des journaux? "Comme ça les groupes de presse se concentreraient sur ce qu'ils savent faire: du journalisme."

C'est le nouveau pavé dans la mare jeté ce week-end par Jeff Jarvis, blogueur new-yorkais et spécialiste renommé des médias sur Internet.

Deux jours plus tôt, il proposait également une white list et une black list de ce qu'il faudrait supprimer dans les rédactions, et ce sur quoi il faudrait investir (Eric Scherer en a fait une excellent synthèse sur son blog "AFP Mediawatch"). Décoiffant!

De quoi s'agit-il?

- Google est très bon en technologie, les journaux non. La culture industrielle est bien ancrée: ils ont touours imprimé et distribué leurs journaux. Ils font pareil sur Internet.
Il faut qu'ils sortent de la logique de la distribution, insiste Jarvis: "Google est déjà le distributeur de contenus incontournable du Net". La distribution échappe déjà aux journaux: leur audience sur le Net dépend de plus en plus des moteurs de recherche et passe de moins en moins par la sacro-sainte "Une".

Puisque c'est le contenu plus que le site web qui compte ("si l'information est importante, elle saura me trouver") laissons donc Google, les agrégateurs et les réseaux sociaux s'occuper de leur métier: la technologie et la distribution. Logique? Révolutionnaire! "Cessons donc de nous différencier par la technologie, mais par le contenu".

Jarvis rebondit en fait sur un commentaire de Bob Wyman, qui travaille chez Google :" Puisque Google est capable d'héberger les journalistes citoyens gratuitement, ils doivent pouvoir le faire également gratuitement pour les journaux (...), ils ont tous les outils nécessaires pour ça."
"Voici mon conseil, journaux ("papers") : Sortez le plus vite possible du buisiness de la fabrication, de la distribution et de la technologie. Eteignez les rotatives. Externalisez les ordinateurs. Externalisez l'editing en Inde ou chez vos lecteurs. Collaborez avec le public. Et, ensuite, demandez vous qui vous êtes. La réponse importe vraiment..." (J.Jarvis)

"Il faut choisir son business, son métier", résume le blogueur. "Le nôtre c'est le journalisme."
L'argent économisé sur la fabrication et la distribution irait donc au journalisme, mais quel journalisme?

Dans un autre post, Jeff Jarvis propose une liste de ce qu'il faut supprimer, alléger ou enrichir dans les rédactions. A lire (et à compléter ici)

(Le résumé en français est ici)

Que préconise-t-il ?

1- Faites ce que vous savez faire bien, et faites des liens vers le reste.


2- Les journalistes doivent accompagner et éduquer les lecteurs et les citoyens pour les aider à remonter leurs propres reportages, témoignages et opinions.


3- Payez des blogueurs.


4- Que restera-t-il aux journalistes, demain? L'investigation notamment. Mais ça coûte cher. D'où l'intérêt d'économiser sur le reste (editing, breaking news, chroniques, technologie...). Mais le journalisme d'investigation est l'un des rares secteurs où les médias doivent pouvoir faire appel aux contributions du public, voire au mécénat.


En résumé: puisqu'il y aura moins d'argent demain dans les médias (moins de journalistes, mais pas moins d'information), devons-nous, comme le suggère Jarvis, prioriser à l'extrême?


Avec une seule question clef: quel est votre métier?

jeudi 10 janvier 2008

Médias: les 8 nouveaux gènes du nouvel ADN de l'information


Je constate régulièrement lors de mes (trop) rares rencontres avec les professionnels et les étudiants cette lourde angoisse des anciens (ce qui peut se comprendre), mais surtout des futurs journalistes face aux mutations des médias:

Face aux contenus générés par l'utilisateur le journalisme est-il en train de disparaître ?

Puisque les ",jeunes" ne semblent plus s'y intéresser (60% des ados selon une récente enquête aux USA), peut-on craindre que le journalisme soit mort?

Pire: que l'information soit morte?


Cela me fait parfois penser à ces parents, terrifiés, qui, voyant débarquer leur fils habillé en punk, s'exclamaient d'abord "On me l'a changé!". Puis: "Je n'ai plus de fils!"

Oui, l'info telle que nous l'avons connue est en train de disparaître. Pourtant, l'information n'a jamais autant circulé. Mais elle a changé profondément. Son ADN a été modifié au fil des révolutions numériques. Quels sont ses nouveaux gènes ?



1- L'info est hyper-fragmentée.


Le lecteur n'a plus la même fidélité qu'autrefois. Il picore un peu au hasard, via Google, telle info sur le site du Monde, telle autre sur un blog ou sur Yahoo News... Près des deux tiers de l'audience d'un site provient des moteurs de recherche (Google, Wikio...) de la recommandation (mail, réseaux sociaux comme Facebook), du "buzz" (liens provenants des blogs), et des flux RSS (Netvibes)...




2- L'info est une agrégation de micro-infos.


L'info sur le Net est également fragmentée dans son éditing et sa construction : une info = plusieurs infos. C'est à dire plusieurs micro-contenus séparés dans le temps, par les angles, le ton ou les formats. L'info peut être alors être plus courte, laissant à l'internaute la possibilité de se composer son propre zapping.


Conséquence : sur le Net il faut donc réfléchir en micro-infos. Raisonner comme avec iTunes qui permet de se faire sa compilation de chansons sans avoir à acheter tout l'album.

On sort de la logique du compte-rendu complet, du dossier et de la rubrique.
Et on peut ainsi délier et relier des micro-infos entre-elles à l'infini grâce aux outils sémantiques (les fameux tags, ou mots-clefs, qui rassemblent des infos éparses par thèmes et communautés d'intérêt), géo-sémantiques (localisation de l'info), temporels (l'info par ordre chronologique) et communautaires ("ceux qui ont lu cette info ont lu aussi").


3- L'info est en direct.


Elle se délivre au fil de la journée, selon l'actualité, elle change aussi de ton, de texture, selon l'heure, selon la tension ou l'humeur du moment, selon l'humeur et les réactions de l'audience.



4- L'info est un chantier permanent.


Elle est toujours un "work in progress". Elle est immédiate, en direct, mais elle se met à jour et, surtout, s'enrichit au fil des heures avec la participation des lecteurs qui commentent, témoignent, corrigent.


5- L'info est sociale.


Ce qui est intéressant, ce n'est pas seulement l'info, mais ce que le lecteur va pouvoir en faire : apporter sa contribution en commentant ou en bloguant l'info, la partager avec ses amis, récupérer un contenu visuel (photo, vidéo, flash) pour alimenter son blog ou son facebook, corriger l'info, apporter son témoignage, sa photo ou sa vidéo, jouer avec (test, quizz...).


6- L'info est personnelle.


Elle concerne aujourd'hui la sphère personnelle du lecteur, pas une hiérarchie éditoriale.


Elle s'équilibre désormais entre hard news (les infos générales, traditionnelles), soft news (l'insolite, le people, les faits-divers et ce qu'on a appelé dans les années 90 "l'infotainment") et égo news (mes infos personnelles que je partage, et celles de ma communauté). Avec une hiérarchisation qui est laissée à l'initative des internautes et des algorythmes des ordinateurs.



7- L'info donc n'est plus hiérarchisée par le média...


...mais par la communauté, et les algorythmes de Google. C'est la conséquence de la fragmentation. Les Une se transforment de plus en plus en "fleuves" d'infos présentées par ordre chronologique (lepost.fr) ou de popularité (digg.com). Elles permettent aux internautes de picorer ce qu'ils désirent.



8- L'info est poreuse.


Face à l'explosion chaotique de l'information, le lecteur attend surtout des médias qu'ils l'aident à s'y retrouver.


Au delà de l'info exclusive, l'info tend à se mettre en réseau.


Nous sommes à l'ère du copier-coller mais surtout de l'optimisation permanente. Un blogueur n'hésite pas à reprendre les infos des autres afin d'y apporter sa touche personnelle, son témoignage ou son analyse.


C'est un peu comme si, au bac, on vous disait : "copiez, vous serez mieux noté!" Vous auriez subitement le droit de regarder par dessus l'épaule de vos voisins et vous pourriez rédiger sur un sujet: "Mon voisin de droite a écrit ça, mon voisin de gauche à fait tel rapprochement, je suis plutôt d'accord avec mon voisin de devant qui a rappelé telle grande règle (que j'avais oubliée) mais en même temps je pense que... "



L'ADN de l'information a changé. Donc l'ADN des journalistes doit changer.


Ses frontières, son rythme, sa construction... tout a été profondément modifié. Il faudra donc inventer de nouveaux process de fabrication de l'information qui tiennent compte de ces mutations.

mercredi 11 octobre 2006

Pourquoi YouTube et pas le New York Times ?

Pourquoi Google n'a-t-il pas acheté le New York Times online au lieu de YouTube ? C'est, à mon avis, la vraie question que devraient se poser les patrons de presse après la secousse sismique provoquée par le jackpot web 2.0 de l'année.

YouTube : 12 millions de visiteurs par mois. Le NY Times : 29 millions de visiteurs (un chiffre d'affaires de 832 millions de dollars, et plein de projets).

Susan Mernit le constate sur son blog :
"Si Google cherchait un lieu pour placer ses pubs adwords, ils auraient réfléchi à l'idée de racheter le NYTimes.com. Mais ils ne l'ont pas fait. Et le fait qu'ils aient choisi YouTube montre que le cercueil des médias de masse est déjà au bord de la tombe... (...) Le miracle de YouTube vient du fait que YouTube est une plateforme où la crème (les vidéos générées par les utilisateurs) déborde de la tasse pour être savourée par le monde, pendant que l'entreprise NY TImes est une organisation d'informations qui paie des milliers de journalistes, designers, commerciaux pour créer un contenu d'experts qui dit aux gens ce qu'il faut aimer et penser. Mais ça, c'était le passé."

Les producteurs de contenu n'intéresseraient-ils donc plus grand monde ?
Alors ?

Juste avant l'annonce du rachat de YouTube par Google j'étais en train de préparer un post où je résumais ce qui me semblait être les cinq clefs de l'avenir des médias online de proximité :

- Contenu généré par l'utilisateur
- Profil utilisateur
- Communauté
- Bases de données
- Vidéo vidéo vidéo

Pas de panique, d'accord. Mais il est temps de s'interroger, non ?