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mardi 9 juin 2009

Oui, mais qui va payer l'AFP?

Je reviens sur les réactions entraînées par mon post de vendredi dernier ("Forçats de l'info: on se pose les vraies questions?"): j'expliquais notamment que ce n'était ni la mission des journaux, ni celle des sites d'info de payer l'AFP puisque leurs dépêches étaient désormais publiques sur le Net (via Google News, notamment) en temps réel.

Sur Arrêt Sur Images, Dan Israël dégaine
:

"Raphaël oublie tout de même qu'une partie de l'information publiée sur LePost provient d'autres sites internet, eux-mêmes abonnés à l'AFP, et qui n'hésitent pas à réutiliser des dépêches d'agence.
Par exemple, on y trouve aujourd'hui un article sur la réaction de Nicolas Sarkozy après la victoire UMP aux européennes, qui cite comme source LeParisien.fr... qui reprend lui même intégralement la dépêche AFP sur le sujet. Autre cas : les résultats de la liste de Dieudonné : LePost cite LeFigaro.fr, qui ne fait que reprendre l'AFP. Et en commentaire, un internaute ne se prive pas de lister sept cas de pillage de dépêches...
Si tous les sites d'info suivaient la logique du Post, comment le site parlerait-il d'actualité ?
"
Comme on ne peut pas commenter les articles d'Arrêt sur Images, je lui ai répondu... sur Twitter:

Oui, c'est un vrai débat, passionnant. Parlons-en !

Depuis qu'Internet est né, la presse a une fâcheuse tendance à fonctionner par murs d'aveuglement. On refuse de voir le problème jusqu'au moment où le mur s'effondre. Puis on refuse de voir le second, etc. Pendant ce temps, des milliers de journalistes se retrouvent au chômage.

Encore une fois, il ne s'agit pas de remettre en cause la qualité du travail des agences de presse. Oui, si l'AFP, Reuters et AP s'arrêtaient demain de tourner, de nombreuses rédactions (mais pas toutes...) seraient en panique.
Evidemment, leur production est vitale pour les démocraties.
Aujourd'hui encore une grande partie du modèle de production de l'info repose sur les dépêches d'agence. Un bien ou un mal, c'est un autre débat. Mais c'est un fait.

Le problème c'est que la révolution numérique à laquelle nous faisons face depuis de nombreuses années a rendu petit à petit d'abord étrange, puis obsolète, le mode de financement de cette impressionnante machine à informer que sont les agences de presse.

En off, le patron d'un grand quotidien national, il y a quelques mois:

- Je paie 1 million d'euros pour les dépêches d'agences. Avec la crise, je me demande si je ne devrais pas mettre mon argent ailleurs.

Quelques jours plus tôt, le patron d'un quotidien régional :

- Si j'arrêtais l'AFP, je pourrais embaucher 15 journalistes qui iraient chercher de l'info sur le terrain. Je m'interroge très sérieusement.

Pourquoi s'interrogent-t-ils, ces patrons de presse ?

Parce qu'ils ne devraient pas être dans l'actu chaude mais dans l'éclairage, le scoop, le reportage sur le terrain... Et Presse quotidienne régionale plus encore qu'en PQN, les fameuses pages France et International qui coûtent si cher (des staffs de 5 à 10 journalistes qui font du batonnage de dépêches + l'achat de ces dépêches) pourraient être remplacées (s'il faut les remplacer) par une page digest de l'info générale façon revue de presse. Coût : 1 journaliste.

Oui mais en Presse quotidienne nationale, m'a répondu un responsable, même quand on ne fait pas de batonnage, on a besoin de l'AFP comme un filet de protection lorsque l'on traite un sujet. 1 million= 1 filet de protection...
J'ai expliqué que ces infos se trouvaient également sur le Net. Et même en plus grand nombre, si l'on tenait compte de la production foisonnante d'experts et d'indépendants sur les blogs et autres médias web...
Réponse: oui mais, allez demander à mes journalistes de faire de la recherche sur Internet!
Ce n'est donc qu'une question de formation.

Sur le web, même constat:
Nous sortons doucement (enfin, doucement pour Internet) de l'ère des portails d'agrégation, dont ont hérité des sites comme Yahoo, Orange, et même Le Monde.fr. Les internautes venaient lire leurs infos sur 1 média, sur Yahoo et Orange parce qu'ils y trouvent aussi leurs mails, sur Le Monde.fr parce que c'est un média de référence.
On était encore dans un modèle de média de masse: tant de visiteurs uniques par jour viennent sur mon site (on appelle ça l'accès direct), je dois leur offrir toute l'info. Donc j'achète l'info que je ne peux pas produire moi-même.
Aujourd'hui, nous sommes passés, merci Google, à l'ère du contenu. De plus en plus, le lecteur entre sur le site d'info par le contenu.
Pour les sites qui font du canon à dépêches, tout l'enjeu aujourd'hui est de faire en sorte que leurs dépêches AFP soient référencées plus tôt que les dépêches AFP des concurrents!
Pour certains (je n'ai pas les chiffres de tout le monde), l'audience sur ces dépêches commence à s'éroder.
Là, encore une fois, le journalisme de liens peut remplacer les dépêches, et dégager des ressources pour apporter de la valeur ajoutée à l'info.
Journalisme de liens, ce que Dan Israël appelle "pillage". Il s'agit simplement d'une pratique qui consiste à ne plus considérer le média comme un média global de masse qui doit produire toutes les infos, mais comme un ensemble de contenus qui, inscrits dans un réseau, vont aller chercher le lecteur là où il se trouve.
"Cover what you do best and link to the rest". C'est la link economy d'Internet, prônée par Jeff Jarvis et consorts...

Maintenant, la question de mon confrère est pertinente. Mais si les médias n'achètent plus l'AFP, qui va payer l'AFP ? Et s'il n'y a plus d'AFP vers quoi va-t-on faire des liens ?


Si plus personne n'achète l'AFP, alors achetez des dépêches AFP! L'info sera devenue exclusive et tout le monde fera des liens vers vous...

Sauf qu'un seul client ne suffira pas à faire tenir l'AFP.

Qui doit payer ?

- Google ?

- L'Etat ? L'AFP, dont la mission d'information est vitale, doit-elle devenir un service public comme France Televisions ?

- Une taxe Joffrin ?

Une idée ?

jeudi 28 mai 2009

Internet: plus de séniors, plus de CSP-, plus de provinciaux


Les internautes, dix ans après ? Le profil se rapproche de plus en plus de celui des lecteurs de la presse quotidienne régionale!

Alors qu'il était coutume de cibler sur le Net les jeunes, les CSP+ et... les Parisiens, histoire de se rassurer sur le non-cannibalisme du web vs papier ("Ce ne sont pas les mêmes lecteurs", disions nous...), aujourd'hui la donne est inversée :

Internet touche désormais tout le monde.

- Les séniors en tête: les + de 50 ans représentent désormais 29 % de la population connectée. Et le nombre d'internautes de + de 65 ans a été multiplié par 116!

- Les femmes: 48 % en 2009, contre 39 % en 1999.

- Les CSP-, cible oubliée de la plupart des sites d'infos: ils représentaient 13% de la population en ligne en 99, aujourd'hui ils sont à égalité avec les CSP+ à 34 % contre 35 %.

- La province (c'est à dire la majorité des Français): Paris représentait 35% de la population internaute en 99. Aujourd'hui, le rapport est de 20 / 80.

Un portrait d'une France connectée beaucoup plus populaire, beaucoup moins élitiste, et moins urbain (la présence des communes rurales sur le Net a été multipliée par 16 en dix ans). Quelles conséquences pour la pub et les contenus ? Quelles oppportunités pour la PQR ?

Source : Observatoire des Usages Internet (Médiamétrie) (via: JMLeRay)
Photo: Google Street View

mercredi 3 décembre 2008

Le statut d'auto-entrepreneur pour les correspondants locaux de presse et les blogueurs?


C'est l'une des propositions qui sortira de l'un des groupes "Presse et Société" (auquel je participe), et qui sera transmise à l'Elysée le 4 décembre à l'issue des Etats Généraux de la Presse Ecrite:
"Peut-on utiliser le statut d'auto-entrepreneur aux fournisseurs de contenus non journalistes, pour améliorer le statut des correspondants locaux et des blogueurs travaillant pour des sites d'info ?"

Qu'est-ce que le statut d'auto-entrepreneur? 
"Le régime de l’auto-entrepreneur, qui sera disponible à partir du 1er janvier 2009, permet à tous les Français, qu’ils soient salariés, étudiants, retraités ou chômeurs... de créer leur activité en parallèle de leur travail afin de compléter leurs revenus ou de créer de façon extrêmement simplifiée leur propre activité à titre principal"(on peut aussi en savoir plus sur ce site).

Quelle est la situation aujourd'hui?

- Les correspondants locaux de presse sont soumis à un régime spécifique, défini par la loi, qui permet aux quotidiens régionaux de les rémunérer sans payer de charges salariales. Mais les conditions sont de moins en moins adaptées à la réalité: pas de lien de subordination (sinon c'est un salarié), pas de consignes sur la ligne éditoriale, pas de commande de contenus et pas de formation. 

- Côté blogueurs, c'est le far west. Quand ils sont payés, ils le sont souvent sur la base d'un contrat de droits d'auteurs. Ce qui n'arrange personne non plus, et entretient toujours un flou sur le lien (salarial ou pas) entre l'entreprise et le rédacteur.

Avec ce nouveau statut, plus clair et plus souple, les blogueurs et les correspondants locaux seraient considérés comme des entreprises individuelles qui factureraient leurs prestations.  

Ça me semble être une piste intéressante pour des rédactions, notamment en ligne, qui seront amenées demain à diversifier de plus en plus leurs contenus en faisant appel à des non journalistes: blogueurs, experts, rapporteurs d'infos locales ou thématiques...

Qu'en pensez-vous?

(Illustration: MoussTIC)

mardi 27 mai 2008

Rob Curley rejoint le Las Vegas Sun: un modèle pour la presse locale

J'ai souvent parlé sur ce blog de Rob Curley. Le fondateur du site du quotidien local américain Lawrence Journal World (pour moi LA référence des sites d'infos locaux) est l'une des personnalités les plus intéressantes du monde de la presse en ligne.

Après être passé à la division numérique Washington Post (en tant que vice-president of product development) , il vient d'annoncer sur son blog qu'il rejoignait l'équipe web du quotidien régional "Las Vegas Sun".

L'occasion pour moi de rappeler que Rob a lancé pour le Washington Post un site hyperlocal d'infos que tous les patrons de presse quotidienne régionale devraient prendre pour modèle: le Loudoun Extra.


C'est un concentré de tout ce qu'il faut faire:

- Descendre le plus bas possible dans l'info hyperlocale, jusqu'aux tout petits clubs dans les quartiers.

-... et le présenter de la façon la plus "cool" possible. Avec de la vidéo, des photos, une belle interface, comme s'il s'agissait d'info nationale.

- ... et ne pas attendre la parution du quotidien pour donner l'info sur le site.

- Bases de données, bases de données, bases de données : toutes les écoles, toutes les églises, tous les clubs de foot avec des photos panoramiques, les noms des entraîneurs, guides de la ville... tout ce que la communauté cherche près de chez elle doit se trouver chez vous.

- ... idem pour les contenus froids du journal qui donnent de la profondeur au site.

- Des blogs pour faire vivre la conversation et mettre en valeur la communauté

- Des journalistes multimédias locaux, qui ne travaillent que pour le site.

Je reste persuadé que c'est ce type de "petit" projet qui doit être privilégié par la PQR, avant de repenser toute refonte du site ou toute réorganisation globale, source de blocages et de perte d'argent (des tas de journaux en France sont dans cette situation...).

Avec un budget de 60.000 à 100.000 euros par an, salaires compris, n'importe quel journal pourrait aujourd'hui expérimenter le lancement d'un vrai site de news hyperlocal sur une ville moyenne. A condition de bien penser le projet. Un ou deux journalistes web en charge à plein temps pour faire du terrain et constituer de vraies bases de données éditoriales, et traiter en direct les news apportées par l'équipe papier.

Et là, inutile de se creuser la tête: commencez déjà par recopier le Loudoun Extra.

Mise à jour 08 juin: le Wall Street Journal vient de publier un article sur l'expérience Loudoun (relayé par Ph.Couve sur Médiachroniques). Selon le quotidien économique, le site (lancé il y a un an) ne décollerait pas et les internautes ne se bousculeraient pas pour participer à l'info. Parmi les raisons invoquées: la dimension communautaire du site est mal exploitée et la fonction agrégateur du net local (dont parle H.Guillaud dans les commentaires) souhaitée par Curley n'a pas pu être mise en place... Le Washington Post poursuit néanmoins l'expérience, et il a raison. L'intérêt de ce type d'expérience n'est pas tant de faire du chiffre tout de suite que d'expérimenter afin de conquérir un territoire encore largement inconnu. L'expérience du Lawrence Journal World construit sur le même modèle (et créé par Rob Curley), comptabilise entre 30.000 et 50.000 visiteurs uniques par jour pour une population de 89.000 habitants (je vous laisse calculer le taux de pénétration).
Attention donc, dans tous ces nouveaux projets, à ne pas tirer trop vite des conclusions. Le concept, c'est bien, monter un projet au quotidien, analyser ses erreurs, savoir faire évoluer le site, c'est autre chose. Le Net, ce n'est pas mécanique. Et pas forcément rapide. Ce sera de plus en plus difficile, d'ailleurs de monter des projets à décollage immédiat. Il faut plus que jamais expérimenter, investir le terrain de l'hyperlocal, prendre le temps pour aller du concept séduisant à la concrétisation. Un projet doit forcément démarrer léger (ce qui reste le cas du Loudoun), afin de pouvoir corriger le tir au fur et à mesure. C'est indispensable.
(Chiffres LJW: Jeff Mignon)


A lire:

- Plus d'explications sur le départ de Rob Curley (merci à Emmanuel pour le lien).
- Et la réponse de Rob Curley à l'article incendiaire du Wall Street Journal sur le "flop" du Loudoun.

samedi 22 mars 2008

Presse sur le web: pourquoi ça coince dans les vieux médias

J'ai animé un stage cette semaine auprès de confrères issus pour la plupart de rédactions papier ou télé (très motivés d'ailleurs). Et j'ai été ramené brusquement à de vieilles réalités.
Après 10 mois passés dans un "pure player", j'avais oublié combien nombres de rédactions sont encore paralysées par des blocages internes absurdes et se retrouvent comme impuissantes face aux opportunités du Net.

En sortant, je suis allé prendre un verre avec un autre confrère, d'une télé nationale cette fois, qui m'a dressé un tableau guère moins ubuesque de la situation sur son média.

Il y a plusieurs raisons à ces blocages (si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas à les mettre dans les commentaires):

- d'abord, une méconnaissance de l'Internet, assaisonnée de fantasmes (le net, dénoncé à tort comme la "poubelle de l'info", a mauvaise presse). L'affaire du sms et du Nouvel Obs n'a rien arrangé.

- de la peur chez les cadres (mais aussi des reporters). Celle de voir évoluer leur média vers des domaines de compétences qu'ils ne maîtrisent pas (et donc d'être mis de côté). Parallèlement, d'autres cadres et journalistes sont hyper-motivés, ont plein d'idées et ne demandent qu'à être formés pour évoluer : ces gens risquent de quitter ces rédactions.

- l'âge de certains cadres qui, passés 50-55 ans, freinent des quatre fers en espérant arriver à la retraite avant l'apocalypse...

- des patrons de médias qui, n'y connaissant rien, se retrouvent amputés de leur meilleure arme: l'intuition. Capables d'investir sans hésiter dans un support papier ou télé, mais désemparés à l'idée de sortir plus de 10.000 euros dans un projet Internet.

- des modèles économiques pas encore complètement calés. Il y a de l'argent, mais les tarifs pubs sont trop bas, et la pub n'est pas aussi efficace qu'on pourrait l'espérer.

- des baronnies internes impossibles à dévisser, des placardisés qu'on retrouve dans les services internet...

- des patrons de l'Internet souvent incompétents (ils ne le sont pas tous) , placés là pour d'autres raisons, qui échappent... à la raison.

- des questions de droits d'auteur en suspens (alors qu'on en parle depuis 10 ans, de nombreux journaux n'ont toujours pas réglé avec les syndicats ces accords qui permettraient aux journalistes d'écrire ou d'envoyer leurs photos sur le web).

- des discours globalisants et donc tétanisants : vous devez devenir "plurimédia".

- dans les régions, une prise en main désordonnée du Net par les services pub ou des DG, pressés de sauver leurs petites annonces et de faire du business sur le Net, mais à l'ancienne... en distribuant n'importe quel contenu pourvu qu'il soit thématique.

- une vision désastreuse (pour le média) du Net, qui ne serait "qu'un nouveau support de distribution de nos contenus" (d'où le terme : "plurimédia", et les blocages syndicaux qui suivent...), alors que l'on doit concevoir la création d'un projet Internet comme celle d'un nouveau média (même quand on envisage une mutualisation des moyens).

- et maintenant tout le monde s'affole sur le mobile, sans avoir réglé le reste...

Dans ce climat, les stratégies globales sont souvent bloquantes et ont peu de chances d'aboutir (si vous en connaissez, n'hésitez pas à m'envoyer vos témoignages).

Les petits projets sont souvent la meilleure solution, à condition, bien sûr, de ne pas les aborder comme des "petits" projets. C'est à dire : pas chers, pas emmerdants...
Le web2.0 a apporté beaucoup de choses, mais éditorialement, ça ne fonctionne pas tout seul. De même, les portails où l'on distribue des contenus et des services automatiques, correspondent à une vieille idée.

Il ne s'agit plus non plus d'enrichir le site internet institutionnel du média. Mais de toucher des lecteurs. D'avoir un projet. L'intégration dans l'univers du média, n'est qu'un détail technique. De toute façon, 40% des lecteurs de ces nouveaux contenus viendront par Google... Il faut cesser de penser en "site".

Lancer, ne serait-ce qu'un blog dans une rédaction, doit être considéré comme le lancement d'un nouveau média.
C'est comme si un journal lançait une petite radio ou une télé.
Il faut définir une cible, une thématique, une baseline, mettre en place des formats, un ton, un rythme, animer une communauté... (J'ai souvent entendu des projets se définir ainsi : "on va faire le blog de la rédaction"...)

Et si l'on souhaite intégrer ce projet dans une rédaction, il ne faut surtout pas l'envisager comme une activité annexe que l'on pourrait bricoler à deux ou trois dans une rédaction, en plus du travail habituel. Il est important de se demander : combien d'heures par jour doit-on y consacrer, de qui ai-je besoin ?

L'avantage d'un petit projet, considéré comme un nouveau média, est qu'il a plus de chances de ne pas cristaliser les conflits et contradictions internes, et qu'il a surtout plus de chances de réussir... et donc de servir d'exemple pour des projets plus lourds.

Une seule idée, une bonne petite idée, simple, dans un petit projet à une ou deux personnes, peut dépasser, en quelques jours, le trafic du site internet du média. Essayez pour voir...

lundi 23 avril 2007

A lire dans Libération : la révolution internet au "Dauphiné Libéré"


Le quotidien national consacre une page entière aujourd'hui au "Dauphiné Libéré" (Grenoble, France). Le reportage explique comment "le quotidien régional se modernise et investit dans les médias participatifs", comme Quelcandidat.com et le blog de la Murette (voir également le reportage au 13h de TF1 sur le sujet).

"Au Dauphiné libéré, il y a désormais un avant et un après QuelCandidat.com. Le pied dans Second Life symbolise la cerise sur le gâteau qui fera dire que le « Daubé » fut le premier média français à s’y frotter. Le site représente, lui, le passage de la vitrine poussiéreuse à la formule 1 du web 2.0."
(...)
"Imposer une rénovation numérique au Dauphiné, citadelle de papier, n’a sans doute pas été une partie de plaisir. Il a fallu aller vite, Benoît Raphaël voulait profiter de la présidentielle. QuelCandidat.com ressort du média participatif, bien dans le vent, qui permet aux internautes « de s’exprimer, d’envoyer leurs informations, de donner leur avis aux côtés des articles des journalistes »."
(...)
"A une semaine du premier tour, le site âgé de deux mois comptabilisait 35 000 visites par jour, onze millions de pages vues par mois, avec des internautes de toute la France.
« Une surprise. C’est même devenu une marque nationale », constate Patrick Peltier (rédacteur en chef chargé des développements).


(Lire les articles sur le site de Liberation.fr)

mardi 17 avril 2007

Le quotidien régional "Le Télégramme" lance son premier journal télévisé


L'opération est exemplaire et enthousiasmante : un journal local qui décide d'installer une équipe télé au sein de sa rédaction. Le Télégramme a lancé tout à l'heure son journal télévisé du soir. Une première en France pour la presse quotidienne régionale.
La présentation est classique, elle alterne vidéos, infographies et photos de la rédaction, et brosse en 5mn l'actualité de la région. Le JTWeb est diffusé du lundi au vendredi à partir de 17h.

Le quotidien breton revient sur la genèse de l'opération :

"Il y a quelques semaines encore, Gwenaëlle Fleur, Carole Crayou, Marine Le Clech et Philippe Priser étaient quatre jeunes journalistes « normaux », selon les critères habituels d’un quotidien régional. L’une au supplément culturel du mercredi (Sorties), l’autre au service des informations régionales, la troisième aux infos générales et Philippe aux Sports. Lorsque l’idée a surgi « et si on faisait un journal vidéo sur internet ? », ils ont levé la main avec quelques autres volontaires. Et, six semaines plus tard, après une formation accélérée, les voici propulsés sous les projecteurs, face à l’œil noir de la caméra."


"Nous avons choisi de franchir la frontière", explique le rédacteur en chef "papier" du Télégramme, présentant le JTWeb comme "la 19ème édition du quotidien régional".

L'exemplarité est là : un journal télé intégré dans la rédaction (les studios ont été aménagés au coeur de la rédaction papier), animé par des journalistes issus du journal, et tirant partie de la force éditoriale et du réseau du quotidien.

vendredi 16 mars 2007

L'avenir des médias sur le Net est-il dans l'éthique ?


Il y a d'abord les petites phrases, polémiques, de Jim Buckmaster, CEO de la fameuse "Craiglist", accusé d'avoir volé des millions de dollars aux journaux avec son site de petites annonces gratuites : "Les journaux se sont focalisés sur la maximisation de leurs revenus, plus que sur le journalisme." Et d'ajouter, après avoir rappelé que les journaux faisaient toujours deux fois plus de profits que de nombreuses entreprises : "Finalement, prendre de l'argent aux journaux sur ce terrain là est peut-être la chose la plus saine qui leur soit arrivée, tant que le journalisme est concerné".
J'ajoute que Craiglist, à l'origine, n'avait pas pour objectif de gagner de l'argent, mais de rendre service à la communauté... En décembre 2006, Jim Buckmaster, présent à la UBS Global Media Conference à New York, a abasourdi les analystes de Wall Street en leur disant que Craigslist avait peu d’intérêt à maximiser ses profits et, au contraire, préférait se concentrer à aider les gens à trouver des voitures, des appartements, des emplois ou des rencontres (source : Wikipedia)

La petite phrase est polémique, mais Jim Busckmaster n'a pas complètement tort. La crise dans laquelle sont plongés les médias n'est pas que financière et n'est pas dûe qu'à l'émergence d'Internet. Il ne s'agit pas pour la presse de se contenter de trouver de nouveaux businesses, mais d'abord de se remettre en cause. C'est en se remettant en question qu'elle gagnera ces nouveaux marchés.

Fiefs médiatiques

Durant de longues années, de nombreux journaux, locaux notamment, ont fonctionné dans une logique de fief médiatique. Une stratégie fort compréhensible et logique de monopole sur un territoire, assurant des rentrées d'argent régulières. Presqu'une stratégie de dîme locale.

Ce qui se passe aujourd'hui avec Internet, c'est que les fiefs ont explosé. Et que pour retrouver leur place centrale, les journaux doivent d'abord reconquérir leur communauté. Ils en ont (encore) la légitimité. Mais le chemin sera long. Car les rapports économiques et surtout sociaux ont changé. L'usage du média est bouleversé. Ce n'est pas qu'une question de marché et de technique.
Il ne suffit donc pas de mettre du web2.0 dans ses petites annonces ou de la participation sur son site Internet pour gagner de l'audience. Il s'agit de reconstruire une communauté sur la base d'une nouvelle réalité sociale.

Le cinquième pouvoir

Internet a réveillé les exigences éthiques des consommateurs en leur donnant le pouvoir de les faire respecter : j'ai plus de choix, je peux comparer et partir, je n'ai plus besoin de vous pour en parler, je peux voir ailleurs si vous m'avez menti.

Steve Yelvington, le patron du Bluffton Today, le jeune quotidien local adossé à un site de journalisme citoyen, prévient les journaux qui s'attaqueraient au participatif pour de mauvaises raisons... ou de mauvaises vieilles habitudes. Ne rentrez pas dans l'arène du journalisme citoyen juste pour gagner de l'argent ou faire plus de pages vues, conseille-t-il. Parce que ça ne marchera pas.

Qu'est-ce qu'un média à l'heure d'Internet ?

Un média doit évidemment chercher à gagner de l'argent. Et si l'argent est sur Internet, il faut aller le chercher sur Internet. Encore faut-il le faire pour les bonnes raisons : rester dans son rôle de média. Etre un média plus rentable, donc plus fort.
Ce n'est pas de l'idéologie, cela tient à la valeur intrinsèque de ce que "vend" un journal : pas des boîtes de macarons (pas encore...), mais de l'information, du lien social et des valeurs. C'est à dire les éléments fondateurs d'une communauté.

Avant, on pouvait tricher. Mais à l'ère du cinquième pouvoir, celui de l'internaute tout puissant, c'est plus compliqué.

Dans cette (re)conquète les journaux devront être courageux, audacieux et oser s'interroger à nouveau sur : qui sommes nous ? Pourquoi les lecteurs se tournent-ils encore vers nous ? Qu'est-ce qu'une entreprise média au fond ?"

Parce qu'il répond à une attente bien spécifique, le média ne peut pas vendre n'importe quoi sur Internet, et doit se recentrer sur ce qu'il est aux yeux des gens.
Il serait même "commercialement" dangereux d'ignorer cette posture éthique, qui correspond précisément à l'attente des lecteurs.

Ethique et buisiness

Avec Quelcandidat.com, par exemple, nous avons construit un site sur des valeurs éthiques, sans tricher : discussion et participation libre et sans censure, environnement citoyen, mais aussi un vrai souci d'éclairer, d'informer et d'ouvrir le débat. Avec un patte ludique et légère pour assurer l'audience et conserver cette touche populaire au site.
Je suis heureux de constater que les commentaires et les articles envoyés par les internautes sont très respectueux des autres et de l'outil. Un outil qui est en train, petit à petit, de devenir communautaire.
Le site, aujourd'hui, gagne de l'argent. Sur Internet, il n'y a pas d'incompatibilité entre éthique et trafic. Voyez le succès de Wikipédia et de Craiglist.

Le média éthique n'est évidemment pas la seule voie, mais il répond à une demande, et est aujourd'hui le meilleur moyen pour un média de bâtir une communauté sur Internet. Voilà une bonne nouvelle pour les journalistes !

Nous sommes aujourd'hui à l'ère du positionnement sur l'échiquier, pas encore de l'argent facile : nous devons bâtir les communautés pour occuper un marché encore naissant et instable.

lundi 12 février 2007

Lancement aujourd'hui : le média citoyen et participatif de l'élection présidentielle

Ouf !

Après plusieurs mois de travail acharné et de (très gros) stress, j'ai enfin le plaisir de vous annoncer l'ouverture du nouveau site du Dauphiné Libéré consacré aux élections françaises.
Vous pouvez y accéder ici.




Voici ce qu'en dit "Techcrunch", qui a pu tester le site en avant-première :

"Une initiative très intéressante du nom de QuelCandidat.com qui est une première à mon sens non seulement parce qu’elle émane d’un journal traditionnel mais parce que je crois qu’il s’agit de la première dans son genre en France. QuelCandidat est un média collaboratif dédié à l’élection présidentielle. Et les aspects en sont nombreux.
(...) Je trouve le site assez complet et les outils proposés sont assez diversifiés. Pour donner une dimension véritablement communautaire à ce site il aurait été intéressant de créer un réseau social autour de chaque candidat et de pouvoir adhérer à votre communauté et interagir avec d’autres membres"

"Quelcandidat.com" est donc un média participatif et citoyen. Le premier de ce genre lancé par un quotidien régional. C'est un site complet et généreux sur l'élection présidentielle. Mais c'est aussi et surtout une expérimentation passionnante qui nous amènera à explorer les frontières de nos métiers.

Durant les trois mois de la campagne nous allons tester toutes les formules possibles de média participatif, avec un véritable esprit Web2.0.

Dan Gilmor, Ohmynews et Agoravox ont ouvert la voie du journalisme citoyen. Nous voudrions participer, en France, à l'émergence du journalisme participatif, pierre d’angle du futur média 2.0.

Qu’est-ce qu’un média participatif ? C’est un site d’informations qui fait converser intelligemment les news de journalistes et celles des internautes « journalistes citoyens ».

A côté des dépêches et des articles professionnels, l'internaute peut poster directement son article, ses liens vers d'autres articles ou vidéos, comme si le site était son propre blog.

La différence avec les autres médias de citizen journalism c'est que, ici on fait converser professionnels de l'information et citoyens. C'est une valorisation à la fois du média (qui gagne en richesse et en interactivité), mais aussi des internautes.

Autre expérience : les blogs collaboratifs. Avec "Vu de la Murette", le journaliste travaille avec les habitants d'un village sur un long reportage interactif de deux mois. Les "village reporters" envoient leurs productions (textes, photos, vidéos, commentaires), le journaliste travaille avec eux le contenu, poste leurs articles, ou réalise des reportages selon leurs suggestions... ou celles des internautes.

Nous explorerons également cette voie du collaboratif et de la conversation avec une expérience sur Second Life.

Dans cet esprit, « Quelcandidat.com » est donc sans doute le premier média traditionnel entièrement participatif lancé sur le territoire.

Enfin, vous pourrez vous amuser sur le site avec un test exclusif : "A quel candidat ressemblez-vous ?" Nous avons posé 25 questions aux candidats. Répondez vous-aussi au questionnaire pour savoir avec quel homme politique vous avez le plus de points communs. Surprise garantie !

Un grand merci à Jean-Paul Fritz pour le travail sur les contenus, à David Testud, ainsi qu'à toute l'équipe de 5W Mignon Média, en charge du développement du site. En particulier Jeff Mignon et Christophe Mistral avec qui nous avons travaillé en parfaite symbiose.

jeudi 25 janvier 2007

Les bons conseils de Rob Curley à la presse locale


Ils sont à découvrir sur le blog de Jeff Mignon, qui restranscrit une interview donnée par le fondateur du site du quotidien américain Lawrence Journal World, une référence en matière de presse locale sur le Net, au Corriere della Serra (lire la traduction intégrale de l'interview, en anglais, sur le blog de Rob Curley).

Voici ce que dit Rob Curley :

-Ne laissez pas les autres médias donner l'info avant vous : "Dès que vous savez quelque chose, vous devez le mettre sur votre site internet. Malgré ce que peuvent penser certains journalistes "traditionnels", vous ne pouvez pas "tuer" votre propre "scoop" en le mettant d'abord en ligne."

- Local, local, hyperlocal : "C'est en "descendant" le plus bas possible, des papiers sur le sport chez les enfants de la zone de couverture jusqu'aux papiers sur la politique dans les quartiers, que les journaux gagneront.' La règle est la même sur le Net.

- Tout trouver près de chez vous : "Calendriers. Restaurants. Eglises, Impôts. Vente de maisons. PV. Crimes. Tout ce qui peut être cherché devrait être sur votre site web. Les gens veulent ce genre d'info." C'est la base d'un vrai moteur de recherche local. Les quotidiens régionaux ont un avantage extraordinaire dans ce domaine.

- Culture d'entreprise : "Si votre éditeur n'a pas entendu parler de Youtube ou iTunes, préparez votre CV."

- Contenu, contenu, re-contenu : Rob Curley fait référence au contenu "froid", qui peut rester en permanence sur votre site, et réassemblé pour le web : "Ce contenu froid peut être des choses comme : l'histoire de votre ville, toutes les infos que vous pouvez trouver à propos de quelqu'un fameux dans votre ville, peut être un résumé des meilleures saisons de vos équipes de sport locales, etc." Le web est extraordinaire pour ça.

- Mobile : "Aujourd'hui, je crois profondément que les journaux devraient se concentrer sur du contenu pour les téléphones portables." En France, la problématique est un peu plus compliquée. Le marcgé étant verrouillé par les opérateurs. Je pense de mon côté que c'est le portable qui, à terme, va s'adapter au contenu web et pas le contraire... Pas de panique, donc. Mais je me trompe peut-être.

- La conversation.

On pourrait ajouter :

- Le média social : Les internautes consomment le contenu, mais ils produisent aussi du contenu. Mieux : ils sont eux-mêmes un contenu pour les autres. Les médias de proximité n'exploitent pas suffisamment cette dimension profondément sociale du local.
Je ne vais pas sur le site uniquement pour récupérer de l'info, mais aussi pour rencontrer des gens. C'est une des clefs des modèles économiques de demain pour la presse locale en ligne : ceux de la communauté et des bases de données.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

jeudi 4 janvier 2007

Le Dauphiné Libéré lance un média Web 2.0 sur l'élection présidentielle


Le site sera bientôt en ligne et fera l'objet d'un lancement officiel. En attendant, c'est avec une certaine excitation que je vous dévoile le lien vers la page d'accueil du projet, publiée ce soir.

"Fin janvier, le quotidien régional français Le Dauphiné Libéré lancera un produit innovant à destination des internautes français, à l'occasion de l'élection présidentielle. Pour accompagner ce qui sera l'événement médiatique majeur de l'année 2007, "quelcandidat.com" donnera la possibilité aux internautes de connaître le candidat qui leur ressemble le plus."

Entièrement web 2.0, "quelcandidat.com" sera aussi un média citoyen participatif. Le site a été développé par 5W Mignon Média.

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Disclaimer : Je pilote ce projet pour le Dauphiné Libéré.

samedi 23 décembre 2006

Presse locale et internet : comment tirer un dinosaure avec une laisse ?


Je rebondis sur mon post de mercredi, et sur le long commentaire d'Hubert Guillaud, qui me permet de relancer ce débat passionnant.
Je retiens notamment sa réflexion sur la nécessité d'un contenu éditorial spécifique:
"Sincèrement, je ne pense pas une seconde que les gens attendent une masse critique d'information (un volume particulier). Ils attendent surtout un décryptage de ce qu'il se passe sur le net local, augmenté d'une sélection d'information qui va justement donner de la matière à la communauté électronique locale : matière à débat, à réflexion, à rebonds... C'est en s'inscrivant dans les sujets traités en ligne localement, en apportant des compléments d'information, des réflexions nouvelles, que la presse locale peut se tailler une place en ligne."

Sur le fond, Hubert Guillaud a raison, mais on ne peut pas évacuer la question de la masse critique aussi rapidement. Le contenu local fait de l'audience, qu'il soit adapté ou non à la cible, il fait de l'audience parce qu'il est local et (pour l'instant) quasi exclusif. Et si on veut gagner de l'argent aujourd'hui sur Internet avec du contenu il faut beaucoup, beaucoup d'audience.
Cependant, il est vrai que l'on peut traiter une partie de cette question par la publication gratuite des archives du journal.

Cependant, et c'est là où je rejoins Hubert, pour se tailler une place durable sur le Net, le quotidien doit afficher un vrai engagement éditorial sur le Net. Et ne pas se contenter de capitaliser sur sa marque et son contenu éditorial traditionnel.
Et pour cela, je ne crois pas à la révolution massive au sein des rédactions des quotidiens régionaux. On ne fait pas avancer un dinosaure en le tirant vers l'avant avec une laisse. Je peux vous garantir que ça ne marche pas.

Si le dinosaure ne sait pas où il va, il ne se mettra pas à courir. Même poursuivi par la menace de l'extinction, le dinosaure ne court pas. Mais il peut faire un pas ou deux.
On peut le faire venir en lui montrant qu'il se passe des choses devant. Petit à petit. Une carotte, une lumière, une jolie dinosaurette.

Il me semble plus intéressant, dans ce contexte très critique, plutôt que de placer d'emblée les journaux face un lâcher prise industriel autant nécessaire que terrifiant, de militer pour la mise en place de produits éditoriaux nouveaux. Hors des créneaux habituels de la presse papier. Autour de la vidéo, par exemple. Des produits simples, sexy, générateurs d'audience. Des produits bons pour la marque et le moral, animés par de petites équipes de journalistes ou de prestataires, chargés de lancer des conversations, d'apporter des contenus spécifiques, des éclairages sur l'actualité, de provoquer, de surprendre, d'interpeller et de donner envie.

Cela peut aussi passer par le recrutement d'une poignée de correspondants web parmi les blogueurs locaux chargés d'animer, à leur niveau, et de façon indépendante, la conversation locale.

Cependant, il est indispensable de faire pousser cette dynamique sur le terreau une rédaction intégrée, ou de plus en plus intégrée. Avec les journalistes et les correspondants des rédactions papier qui prennent l'habitude d'envoyer des contenus pour le web, texte, photo et vidéo.

Toute la différence entre ce modèle intégré et les rédactions distinctes ou, à l'inverse, le "bi-média" qui n'a pas fonctionné à Libération, réside justement dans le fait que, si dans une rédaction intégrée, on distingue bien les fonctions, les rythmes de l'info et les contenus, on ne pose pas de barrières. Après, c'est une question d'organisation.
Un journal et sa dynamique web, ce n'est pas toujours le même métier, mais c'est bien, au fond, le même média.

Qu'en pensez-vous ?

mercredi 20 décembre 2006

Presse locale : comment embrasser la révolution Internet

J'évoquais dans mon précédent post l'analyse d'Antoine de Tarlé, Dga de Ouest France, sur l'attitude de la presse quotidienne régionale face à l'Internet.
Analyse perspicace, mais qui ne répond pas à la récurrente question du "comment on fait".
Les enjeux, et donc les chantiers, sont de taille. Mais ils effrayent les patrons de presse. Le vrai péril n'est pourtant pas niché dans la révolution Internet, mais dans le fait de ne pas appréhender les changements qu'elle impose à leur juste dimension.

- Comment réorganiser les rédactions autour de la production multimédia et notamment de la production vidéo ?

La vidéo est l'avenir de la locale sur le Net.
Comment le prendre en compte sans embaucher des dizaines de reporters télé ?
En révolutionnant l'organisation des rédactions autour de la production multimédia : distribuer des appareils photo/vidéo aux localiers, organiser l'envoi de vidéos par les correspondants locaux, inventer des fonctions de secrétaires de rédaction du web...
Les journalistes locaux (qui sont déjà polyvalents), et les photographes professionnels, sont moins réticents à manier une caméra qu'on ne le pense.

- Comment prendre en compte la volonté des internautes de participer à l'information ?

Cette volonté n'est pas une mode accrochée au phénomène du web2.0. Elle est profonde. Elle peut permettre à la presse locale, qui a l'expérience de l'animation des correspondants amateurs, d'enrichir son contenu et de renforcer ses liens avec la population, sans dépenser des fortunes.
Comment ? En transformant concrètement le média local en média participatif. C'est à dire en organisant cette conversation en profondeur grâce, encore une fois, à une nouvelle organisation au sein des rédactions, et à la mise en place de process de participation sur le Web, animés par la rédaction, et valorisants pour l'internaute.

- Comment créer des communautés ?

Le média local doit (re)devenir média social. Il doit héberger et animer les communautés locales sur le Net. C'est le meilleur moyen de qualifier une audience, d'aller sereinement vers le média à la carte, et de lancer facilement de nouveaux produits innovants sur le Net.
Les internautes doivent avoir envie de venir sur le site du journal pour y trouver l'information utile, mais aussi pour rencontrer d'autres internautes. Il doit donc disposer d'outils pour se présenter aux autres, pour se sentir valorisé, et pour interagir avec la communauté.

Deux règles : l'utilisateur est fournisseur de contenu, mais il est aussi lui-même un contenu.

- Comment prendre en compte toute la dimension d'Internet et générer des contenus spécifiques sans débourser des millions ?

1) En résolvant le problème de la masse critique d'infos locales gratuites adaptées au lectorat du Net : breaking news envoyées par une rédaction intégrée mais aussi par les correspondants locaux, création d'une véritable base de données locales associée à un moteur de recherche, et recrutement de blogueurs, nouveaux correspondants locaux du Web.
2) En organisant, encore une fois, la participation des internautes à l'info locale. Il ne suffit pas d'ouvrir les vannes. Il faut animer.


- Quel modèle payant efficace ?

Dites vous déjà qu'Internet ne fonctionne pas comme le papier.
Ce n'est pas parce que l'on vend un média d'information chez le marchand de journaux, qu'on le vendra également en le numérisant sur Internet.
Cela ne veut pas dire que l'on ne peut rien vendre sur Internet.
- Mais il faudra d'abord régler la question du micro-paiement.
-Il faudra inventer de nouveaux contenus adaptés au web, utiles et exclusifs (donc indispensables...), et payables à la carte en un seul clic.
- Les internautes sont également prêts à payer un abonnement pour de vrais services sur Internet, comme le dating (les sites de rencontre) par exemple, mais pas seulement.
Question : la presse régionale est-elle, sinon organisée, prête à offrir ce nouveaux type de services spécifiques au web ? C'est à dire à créer de nouveaux métiers ?


Et vous, quelles sont vos idées ?

lundi 18 décembre 2006

Internet : l'analyse d'un dirigeant d'un grand groupe de presse régionale

Le fait qu'un responsable d'un grand groupe de presse régionale, en l'occurence Antoine de Tarlé, directeur général adjoint de Ouest France (et ancien Dga de TF1), décide de publier une longue analyse sur sa vision de l'Internet est un événement suffisamment rare et important pour que l'on dévore le dit document.
Edité par l'association "En temps réel" (pour le débat et la recherche), "Presse et internet : une chance, un défi" (que vous pouvez télécharger ici en format Pdf) est le retour d'expérience d'un groupe pionnier en France dans ce domaine. Mais il est surtout, pour qui connait les coulisses de ce milieu, un miroir assez représentatif de l'état d'esprit aujourd'hui d'un certain nombre de dirigeants de la presse quotidienne régionale française face aux enjeux d'Internet.

Antoine de Tarlé préconise "un nouveau modèle reposant sur l'articulation de plusieurs supports ayant chacun son économie propre et pouvant ensemble financer une rédaction dont la mission restera de collecter, vérifier et mettre en forme l'information".
Il constate que les dirigeants de presse "ont tendance encore maintenant à n'y (Internet) voir qu'un prolongement du journal, une concession faite à un public qui ne fait pas son devoir en s'informant en priorité par le papier mais dont on espère qu'il y reviendra (...) Or, il s'agit bien d'autre chose : la combinaison de l'instantané et de l'interactivité, ce que même le quotidien le mieux organisé ne parvient pas à réaliser complètement."
C'est bien d'un contenu spécifique dont il est question. Pas un nouveau support pour le journal papier, mais pour l'entreprise d'information. La nuance est de taille.

Antoine de Tarlé est moins convaincant, par contre (mais toujours représentatif), lorsqu'il limite le phénomène myspace à une entreprise de "voyeurisme collectif", alors qu'il s'agit d'un puissant moteur de communauté et d'audience qualifiée qui, à mon avis, fera du groupe média Newscorps l'un des principaux concurrents de Yahoo et Google dans quelques années).
Il n'est pas non plus convaincant (mais également représentatif!) lorsqu'il défend le modèle payant, dont il semble faire une question de principe. Aujourd'hui, à part le dating, aucun modèle payant n'est satisfaisant sur l'Internet régional. Tant qu'il sera compliqué de payer 0,5€ sur Internet, et tant que ce que l'on se contentera de proposer à des internautes de - de 40 ans le contenu du journal (tournois de boules et galettes des rois), il me parait difficile d'argumenter sur le modèle payant autrement que sur le mode idéologique.

Au bout du compte, même s'il a l'immense mérite de dresser un portrait sincère et bien renseigné de la situation de la presse locale face au Net, le document ne propose guère de solutions concrètes à ces enjeux. Ce n'était peut-être pas son objectif.

A mon avis, mais on le voit notamment en Grande Bretagne, les changements à opérer sont plus profonds, plus radicaux peut-être, que ce que semble suggérer l'auteur dans son analyse.
Des enjeux colossaux mais paralysants pour les dirigeants de presse, parce que bien trop éloignés des modèles industriels qu'ils ont appris à maîtriser.
C'est là le principal obstacle à la nécessaire révolution de la presse.
Je reviendrai sur cette révolution nécessaire dans mon prochain post.

(Sur ce document, lire également les posts d'Emmanuel Parody et de Danielle Attias)

samedi 11 novembre 2006

Maville.com : les journaux doivent-ils abandonner leur marque sur le Net ?

Je reporte ici un débat entamé par mail avec plusieurs confrères à propos de la sortie de la version béta de la nouvelle formule du site maville.com Produite par le quotidien régional Ouest France, le service maville.com est une marque nationale qui propose aux journaux locaux français une sorte de pack tout prêt pour la publication électronique de leurs infos locales.
Le site est plutôt réussi, même s'il n'innove pas beaucoup (et si je n'aime décidément pas le nom, vieillot et impersonnel) :

- L'accent est mis sur l'info pratique, avec des bases de données d'infos services et de loisirs (ciné, sorties) impressionnantes.
- Le site propose un début de communauté avec la possibilité offerte aux internautes de donner leur avis sur les restaurants, les bars et les films, sur le modèle de cityvox.
- Toute l'info locale du journal y est proposée gratuitement. Et on voit apparaître dans une fenêtre en haut à gauche une poignée de breaking news envoyées en direct et en bref par les journalistes du quotidien.
- Enfin, les petites annonces bonnes affaires, emploi de proximité et auto sont gratuites. Ce qui, pour un quotidien régional, est déjà une belle audace.

Le réseau maville.com, pour l'instant limité à la Bretagne et la Normandie va bientôt s'agrandir puisqu'un certain nombre de quotidiens régionaux, comme La Provence et Nice Matin par exemple, envisagent de l'adopter en 2007.

En fait, au delà de son côté clef-en-main, bien pratique pour se lancer rapidement dans la bataille, maville.com répond à la problématique de la publication de la petite locale sur le Net. Problématique dominée par l'angoisse de la canibalisation et le débat gratuit/payant (largement développé sur ce blog). Maville.com est une façon de proposer un produit spécifique web alimenté en grande partie par le contenu hyperlocal du quotidien régional, mais sans donner l'impression de mettre le journal gratuitement sur Internet. Ce qui est pourtant le cas.

Hier, un ami, responsable d'un quotidien, me posait la question : "Doit-on jouer la marque unique ou la complémentarité des marques ? En gros un portail du quotidien régional et ma ville dedans ou un site "institutionnel" avec du payant, des archives…et un réseau de sites style maville en parallèle."
J'ai répondu un peu rapidement en faveur de la première solution. Sauf en cas de blocage au sein du journal sur le passage de la locale en gratuit. Auquel cas l'option 2 permettrait de travailler librement sans réveiller le volcan.

Mais la première option n'est pas entièrement satisfaisante non plus, à mon avis. Pourquoi ?

- Mettre le journal en ligne n'est pas une solution à terme. Cela permet de créer du contenu attractif (la petite locale) et donc du trafic. Mais parce que la cible et le support sont différents, l'info locale ne doit pas être la même. Ni les mêmes sujets (faut-il mettre en ligne l'expo du troisième âge ?), ni la même forme (faut-il publier des papiers de plus de 1500 signes en petite locale ?), ni les mêmes matériaux (une seule ou plusieurs photos ? Et pourquoi pas de la vidéo à la place des photos?), ni le même temps (pourquoi se limiter à l'info du matin alors que l'on peut proposer l'info 24/7?), etc. Question : comment on fait pour ne pas dépenser des millions supplémentaires ? Il y a des solutions.

- Si l'on propose un contenu et un ton différents de ceux du quotidien régional, comment le communiquer, notamment à ceux qui rejettent l'image du journal ? Comment afficher la différence ? Et comment adopter un ton plus décalé, plus libre, sans porter atteinte à la marque, plus traditionnelle du journal ? Faut-il créer une marque spécifique, autour du nom de la commune par exemple ? Mais dans ce cas, ne risque-t-on pas de perdre le bénéfice de la marque ? Et de rater en plus une occasion de moderniser cette dernière sur sa spécialité : la locale ? Peut-on réfléchir à une solution intermédiaire ?

Qu'en pensez-vous ?

jeudi 9 novembre 2006

France : six titres de presse sur dix n'ont pas de site Internet

Je reviens d'une conférence à Paris organisée par MLP. J'y avais été invité pour intervenir sur la presse face à Internet.
L'occasion de découvrir une étude présentée par Deepblue/Isobar sur le sujet : un état des lieux effectué sur 250 sites internet d'éditeurs de presse.
Premier chiffre, éloquent, qui témoigne du retard considérable de la France dans ce domaine : 6 titres de presse sur 10 n'ont pas de site Internet (57% des titres OJD). Les mieux lotis sont les titres d'information générale (92%). Mais la presse mag thématique et de loisirs paraît hors du coup. La presse féminine notamment, très frileuse dans ce domaine, est largement sous représentée (44%), tandis que le site aufeminin.com cartonne (4 millions d'euros de résultat net l'an passé). Les causes : un certain désarroi face à la révolution des usages, et la peur du gratuit et de la cannibalisation du papier par le Net. Surtout pour les magazines dits de niche, qui ont du mal à conceptualiser un modèle économique viable sur Internet.
Conséquence :les créneaux thématiques sont aujourd'hui dominés par les pure players, qui, eux, se posent beaucoup moins de questions.
Selon les chiffres avancés par l'étude Deepblue, en économie, Boursorama l'emporte face au quotidien Les Echos. En presse féminine, aufemin.com, cité plus haut, écrase la concurrence. Le premier magazine sur ce créneau, Psychologies arrive en 6eme position. Sur la santé, Doctissimo, encore un pure player, occupe seul le terrain. Face à lui : aucun site de titre de presse mesuré. Enfin, sur la thématique auto, l'Argus, premier site de presse arrive 6eme contre le numéro 1 Caradisiac. Deux exceptions : L'Equipe, N°1 sur le sport et Le Figaro et Le Monde sur la thématique actualité .
Côté recettes publicitaires, la part de marché des sites des titres presse ne dépasse pas 15% du chiffre d'affaires pub Internet, toujours selon l'étude de Deepblue, citant des chiffres TNS Secodip sur le 1er semestre 2006. 1er titre presse papier : 01 informatique (6% de part de marché, sur son espace de téléchargement plus que sur ses contenus). Les autres sont loins derrière : 2eme, Le Nouvel Observateur (1,5%), suivis par Le Monde et l'Equipe (1%).

mercredi 1 novembre 2006

Presse en ligne : le payant est-il payant ?

A lire ici, l'excellente analyse de Jeff Mignon sur les stratégies contenu gratuit ou contenu payant pour la presse en ligne. J'étais justement en train de préparer un post sur le sujet, histoire de mettre un peu de raison et de chiffres dans un débat trop souvent irrationnel. Jeff apporte un certain nombre de données parlantes. Elles confirment les chiffres que j'avais de mon côté.

La vente du contenu en ligne rapporte-t-elle de l'argent ?
La vente de contenus en ligne rapporte aujourd'hui entre 2000 et 20.000 euros par mois, calcule Jeff.
- Pour ce que j'en sais, les chiffre d'affaires des quotidiens régionaux les plus actifs dans ce domaine vont en effet de 15.000 à 17.000 euros par mois sur le contenu payant. Certains , par contre, plafonnent à 1500 euros pas mois.
Lorsqu'ils conservent une partie gratuite (sur la grande locale par exemple), les sites des journaux locaux n'enregistrent pas forcément de chute de leur audience. Mais elle progresse en général moins que les autres, lorsqu'elle progresse. Par contre, ceux qui on basculé tout leur contenu en ligne ont vécu des baisses très fortes, entre 60 et 70%.
- De son côté, le Monde, qui met l'essentiel de son contenu gratuitement en ligne, enregistre une bonne audience. Et fait également du chiffre d'affaires sur sa version abonnés (qui fournit essentiellement des services supplémentaires plus que du contenu) : 2,8 millions d'euros par an.
- Un exemple édifiant, présenté lors de la World Digital Publishing Conference de Londres jeudi dernier : celui du Irish Times qui, avec ireland.com a misé sur le payant. La situation est idéale : la marque presse la plus connue du pays, le nom de domaine le mieux référencé d'Irlande (trouvez mieux qu'ireland.com en Irlande !). Au départ, le site fournissait news et email gratuits. En 2001, ils ont réalisé une enquête auprès des internautes leur demandant s'ils étaient prêts à payer pour un service premium. 10% ont répondu oui. Mais quand le site est passé payant, seuls 3,5% ont accepté de payer ! Résultat : une chute de 76% du trafic. On est passé de 25 millions de pages vues en 2001 à 6 millions en 2002. En 2006, le trafic est remonté à 15,5 millions. Ce qui fait toujours une perte de près de 50% depuis 2001. L'abonnement entre pour 63% dans le CA du site, la pub 22%, les services 9% et la vente de contenu 3%. Aujourd'hui, le site atteint à peine le seuil de rentabilité. La seule marge de progression qu'envisage ireland.com aujourd'hui, c'est la pub : "Nous devons l'augmenter de 40%". Oui, mais comment ?

Quelle est la marge de progression pour la vente de contenu en ligne ?
C'est en fait la vraie question. Une fois que vous avez atteint un certain volume d'abonnés, comme dans tous les marchés, la courbe se tasse. Pour les journaux qui ont réussi à atteindre 200.000 euros de CA par an, la question est la suivante : comment faire évoluer ce chiffre ?
La réponse, c'est la publicité. Mais au prix où elle est aujourd'hui vendue sur Internet (très faible), le seul moyen de gagner de l'argent avec la pub, c'est de faire du volume. Et le volume se fait avec les faits divers et la petite locale (qui capte en général plus de la moitié du traffic lorsqu'elle est gratuite).
L'enjeu du volume n'est d'ailleurs pas seulement sur les pages vues, il est sur la communauté que vous êtes capable de fédérer sur Internet.

Ceux qui ont mis tout le contenu gratuit en ligne gagnent-ils de l'argent ?
Les quotidiens régionaux le Bien public, de la Nouvelle République , de la Dépêche du midi, ou de Ouest France publient leur locale gratuitement sur le Net. Pour ce que j'en sais, leurs chiffres de progression sont beaucoup plus importants. Ce qui est logique. La question c'est : est-ce que cette stratégie permet de dépasser, ou de prévoir de dépasser chiffre d'affaires qui aurait réalisé si on avait choisi l'option de la vente de contenu ? La réponse est oui.
En terme d'audience : le Bien Public, par exemple, a enregistré une progression de +40% de ses pages vues en septembre 2006. Et + 20% de visiteurs uniques. Le prix du CPM (coût pour 1000 pages vues) sur la pub locale est autour de 20 euros (4 euros en moyenne), et il n'y a quasiment jamais de ristourne. Le CA et la fréquentation sur les petites annonces en ligne ont également progressé.
Et en terme de chiffre d'affaires : le BP gagne de l'argent, son chiffre d'affaires est en progression constante. Et ses prévisions pour 2007 sont impressionnantes.
Le Vorarlberg Nachrichten, quotidien régional autrichien, qui fournit tout son contenu gratuit en ligne, gagne de l'argent sur Internet. Son audience sur sa région est supérieure à celle de Google. Internet représenterait 10% de leur CA. Leurs prévisions seraient de passer à 20% en cinq ans. C'est énorme.

Ceux qui ont mis leur contenu gratuit en ligne perdent-ils des lecteurs ?
Il est assez difficile de répondre à la question, puisque l'ensemble de la presse perd des lecteurs. La Provence, par exemple, n'a pas de site Internet, n'a pas non plus de concurrence en terme de news sur Internet, et perd beaucoup de lecteurs.
Ce que l'on constate, c'est que ceux qui ont mis leur contenu en ligne n'ont pas perdu plus de lecteurs au moment où ils l'ont fait. Certains sont en baisse, mais pas plus qu'ailleurs. Ouest France, qui distribue son contenu gratuitement sur le Net (bien qu'à travers maville.com), tout comme La Nouvelle République du Centre, présentent des ventes globalement stables.
Il n'existe à l'heure actuelle aucun chiffre attestant de la cannibalisation du papier par l'Internet.
Pour l'anecdote, le quotidien local américain "New York Post" qui publie son contenu gratuitement en ligne également, vient d'annoncer une progression de ses ventes de 5%.

La tendance est-elle au payant ou au gratuit ?
Après avoir été au tout gratuit, puis au tout payant, puis au gratuit avec couche payante, elle revient aujourd'hui au gratuit : au Royaume-Uni par exemple, où la presse est très dynamique sur le Net, 43% des journaux ne fournissent pas de contenu payant en ligne et n'ont pas l'intention de le faire, 37% le font, et 20% ont l'intention de le faire. En 2004, 18% des journaux seulement ne faisaient pas payer et n'avaient pas l'intention de le faire, 58% étaient sur un modèle payant et 24% avaient l'intention d'y passer.

mardi 24 octobre 2006

Des journalistes papier avec une caméra sur la tête

Le Net est en train de révolutionner le monde de la vidéo. Et c'est la presse écrite qui pourrait être la mieux placée pour participer à cette mutation. Avec son immersion sur le terrain supérieure aux médias audiovisuels, et son réseau de correspondants pro et amateurs, les entreprises de presse devraient investir un maximum sur la vidéo.
C'est ce que fait l'Evening Herald de Plymouth sur son site Internet (ici). Le quotidien régional britanique a équipé l'un de ses reporters d'une caméra utilisée par les policiers pour la surveillance (voir ici la description du matériel).
Il s'agit d'une caméra miniature reliée à une console de la taille d'un gros IPod, qui se glisse au dessus de l'oreille. L'effet d'immersion dans l'événement est total. Même le journaliste finit par oublier qu'il a une caméra. Les images sont brutes, le reporter ne cherche pas à cadrer, il regarde, il vit l'événement. Une exploitation de la vidéo très excitante et abordable pour un journaliste écrit peu habitué à la vidéo.
Le reporter du Herald, Tristan Nichols, est parti en Sierra Leone, où il a utilisé sa "headcam" pour réaliser des interviews et enregistrer en brut les opérations des unités de Plymouth actuellement en exercice dans l'Ouest africain (visionner les reportages ici). A voir une séquence particulièrement marquante, où l'unité tombe dans une embuscade. Décoiffant !
Ce parti-pris de l'image brute et de l'immersion dans l'événément (comme si vous y étiez) est une piste très intéressante pour la presse écrite : peu ou pas d'éditing professionnel, une approche du reportage très naturelle (on oublie la caméra et le bloc-notes) et un rendu brut qui plait aux internautes.
"C'est un travail où l'on peut tout faire soi-même, et où il suffit de se promener au milieu des gens pour faire ses interviews. C'est vraiment le futur", explique Tristan Nichols.
Lorsqu'on les interroge, ces derniers déclarent préférer les vidéos peu retouchées des quotidiens, plus sincères (elles montrent l'envers du décor), plus immersives, plutôt que les reportages édités façon TV proposés en ligne par les chaînes de télévision.

(Sources : Press Gazette et Editors Weblog)

mardi 17 octobre 2006

Media participatif : mode d'emploi

Comment passer d'un journal papier à un véritable média participatif local ?

Si les travaux pratiques vous intéressent, The Harstville Messenger a mis en ligne son "livre de cuisine du journalisme citoyen" à destination des petits journaux locaux. Le document (à télecharger ici) explique comment ce bi-hebdomadaire diffusé à 5880 exemplaire sur l'agglomération de Harstville aux Etats-Unis (20.000 habitants) s'y est pris pour créer un site internet participatif. C'est à dire un média local ouvert au contenu des internautes.

Une révolution menée en quelques mois :

Pas facile pour une rédaction peu habituée aux enjeux et aux règles très ouvertes de l'Internet de se lancer dans l'aventure du "pure web" : peur du cannibalisme, peur de ne pas savoir faire, peur que les internautes leur envoient n'importe quoi... des craintes que l'on retrouve également en France.

"Nous avions l’habitude de penser journal d’abord", rapporte le rédacteur en chef du Messenger. "Il était difficile d’évoluer Nous avions également peur de faire face à du contenu non approprié, impubliable. En 8 mois, nous n’avons rencontré aucun problème et avons même pu exploiter certains posts dans la version papier du journal."

Un nouveau site hyperlocal pour la communauté :

La rédaction a finalement opté pour la création d'un nouveau site, à côté de celui du journal : "ce dernier était difficile à mettre à jour. Et puis nous ne ne voulions pas être dans « l’ombre » du journalisme, ce qui aurait pu effrayer les gens".
Le site s'est donc appelé "Hartsville Today". Il a été conçu en deux dimensions : d'un côté il y avait la volonté de faire évoluer les journalistes du bi-hedomadaire vers une production de news 24/7. De l'autre, le projet de journalisme citoyen : l'objectif était de rapprocher les habitants du journal, partant de l'idée que "dans une agglomération de 20.000 habitants il y a forcément des événements qu'une équipe de 5 journalistes ne pouvait pas couvrir."

Tous correspondants :
"Le journalisme citoyen c'est l'idée que chacun de nous a une histoire a raconter, une observation, un commentaire à partager, et que nous devenons une communauté plus riche lorsque chacun peut être entendu".

Il y a donc cohabitation sur le site hyperlocal des breaking news des journalistes et des articles ou des photos envoyées par les habitants. En fait, le journal américain a réinventé notre système français de correspondants locaux de presse, mais dans une version plus souple et ouverte : tout le monde devient correspondant à Harstville.

Une vraie stratégie de recrutement

Les règles :
- Recrutez des journalistes citoyens : oubliez l’idée "si je crée un site ils vont venir". Allez visiter chaque communauté, faites la promotion du service, expliquez, proposez des petits paiements par exemple 15$ par mois pour le meilleur post…
- Recrutez des « stringers » pour démarrer le site : payés 50$ par semaine pendant 8 semaines, ces habitants ont été chargés de couvrir l’actu de la communauté et recruter de nouveaux contributeurs.
- Pour démarrer : commencez avec l'info du journal, recrutez des blogueurs locaux et des journalistes citoyens (il a fallu 15 semaines pour faire décoller les contributions, le temps de créer une section photo stable, en fait...)
- Impliquez la rédaction(la production des internautes peut donner des idées de sujets)
- Les jounalistes du Messenger participent également à la rédaction du site notamment pour publier des infos avant la publication dans le journal.

La conception

Une règle : pas de style journalistique demandé aux internautes. Le concept utilisé était : "raconter la communauté."

"Quand vous entamez la conception d’un site vous devez cesser de penser comme un homme de presse, mais vous devez penser comme vos utilisateurs".
Ainsi, les thématiques ont-elles été choisies non pas comme pour un journal mais en s'inspirant "de la façon dont les gens organisent leur vie" : arts, argent, santé, éducation, foi, voisins, animaux, gouvernance locale, clubs et hobbies etc.

Le contrôle :

- Questions : qui va monitorer le site ? Les articles doivent ils être édité ? Les utilisateurs doivent ils donner leur nom ou peuvent ils poster e avec un pseudo ?
- Les choix de la rédaction : les internautes ont la possibilité de poster avec leur mail et un pseudo (pour encourager la participation). Les productions des habitants ne sont pas éditées (en raison du manque de moyens humains). Par contre elles étaient monitorées par l’équipe de l'Université de Caroline du Sud (qui co-pilotait le projet) : à part un post dans un forum, elle n'a n’a jamais eu à supprimer d'article.

Quelques conseils :

- Des flux RSS partout et pour tout.
- Photos, photos, photos ! Créer des catégories pour aider les gens à poster leurs photos (évènements, les gens, patrimoine, sport amateur…)
- Attention à ne pas abreuver les internautes de langage technique ou d’avertissements juridiques. Résistez aux juristes ! Ecrivez simplement, rendez l’utilisation du site simple !
- Ne pas oublier la météo.

Les chiffres :

- Habitants enregistrés : Principalement les 18-29 ans : 32% (un groupe avait été créé dans le lycée local). Mais également une belle proportion de de 50-59 ans (18,3%) et de 40-49 (22 ,5%).
- Contributeurs : En tête, les 50-59 ans suivis des 40-49 ! Puis les 18-29.
- Contenu envoyé par les habitants : juste des photos (29%), conversation (14%), articles (13%), infos agenda (10%)
- Coût du projet : 11.475 dollars !
- Les visites ont doublé entre janvier et juin 2006 (site lancé en octobre 2005)
- En mars 2006 : 34 contributeurs actifs et 274 posts, 120 utilisateurs enregistrés
- Des faits divers ont été vus d’abord sur Harstville Today, postés par les habitants, avant que les journalistes en soient informés par leurs contacts…

(Lire également sur le sujet le post d'Innovations et celui de Common Sense Journalism)

mardi 10 octobre 2006

La Dépêche du Midi teste le journalisme citoyen

Le quotidien régional toulousain a lancé le 26 septembre un nouveau service "Ma Dépêche". Un site entièrement consacré au "journalisme citoyen", c'est à dire aux informations générées par les utilisateurs.
Les productions sont classées par centre d'intérêt : "vos infos", "sports" (sport amateur), "vos bons plans" (essentiellement des annonces de manifestations apparemment), "votre vie" (on peut envoyer ses photos de mariage...), forum. Il y a également un espace pour poster ses photos. Et on pourra bientôt envoyer des vidéos.

L'initiative, une première pour la presse quotidienne régionale, mérite évidemment d'être saluée. Mais il y reste encore beaucoup de travail à faire...

Les plus :
- La multiplicité des outils de communication à disposition : Internet, mobile (MMS) et même courrier.
- Le langage simple.
- Les concours.
- La possibilité d'envoyer juste des photos.

Les moins:
- Le fait de séparer le site du "vrai" journal de celui des lecteurs, comme si on ne voulait pas mélanger les torchons et les serviettes. Une façon de dire: ici vous faites ce que vous voulez, mais ne venez pas polluer l'espace professionnel. Je me doute bien que ce n'était pas l'intention de l'éditeur, mais c'est pourtant ce message là qui passe.
- Tout est publié en vrac. Il n'y a aucune hiérarchie et, surtout, aucune communauté par localité. Faire participer les gens à l'actualité, ce n'est pas juste leur donner un terrain de jeu pour balancer des choses, mais de les impliquer dans un projet rédactionnel autour d'une communauté. Ici, la communauté, qui devrait être la commune, n'est pas clairement définie.
- L'ensemble donne l'impression d'une mauvaise copie de correspondant des années 60. On doit pouvoir faire mieux, et trouver d'autres manières de faire participer les gens. Il y a de bons exemples à l'étranger (j'y reviendrai dans un prochain post).
- Il n'y pas assez d'animation.

En conclusion :
Plus que de "journalisme citoyen", je continue de penser qu'il faut parler de média participatif. Nous avons hérité, dans la presse quotidienne régionale française, d'un système sans doute unique au monde : les correspondants locaux de presse. Ces correspondants, que l'on a longtemps considéré comme des sous-journalistes mal payés, préfiguraient en fait le phénomène du journalisme citoyen. Des gens comme les autres qui parlent de leur commune ou de leur spécialité par passion et parce qu'ils sont généralement mieux informés que les autres
Plutôt que de créer un "espace pour les gens", pourquoi ne pas améliorer ce que nous avons déjà ? Pourquoi ne pas élargir le corps des correspondants au reste de la population, grâce aux nouveaux outils du Net et du mobile ?
Ce qui permettrait d'intégrer graduellement les journalistes citoyens à la rédaction, grâce à un encadrement et une conversation organisée par des professionnels.

Le contenu généré par l'utilisateur est la clef de l'avenir de la presse. Et pas seulement une clef éditoriale, mais aussi une clef économique (plus vous impliquez l'utilisateur, plus vous qualifiez vos bases de données).

(Lire également le post de Philippe Gammaire sur le sujet)