mardi 12 janvier 2010

Révolutionner la presse: la "Google Newsroom"


Les périodes un peu agitées sont des périodes très actives où l'on multiplie les idées. J'ai eu l'occasion de réfléchir, à mes heures perdues, à un concept de rédaction recomposée autour du web et du print, et comme j'ai trouvé cette réflexion passionnante, j'ai décidé de partager son résultat avec vous et d'ouvrir un échange.

Cela fait longtemps que l'on parle et propose des modèles de rédaction intégrée (le modèle le plus connu est celui proposé par l'Ifra). Un exemple, la rédaction intégrée du Daily Telegraph, qui fout un peu la trouille au premier abord:



Le problème c'est que, bien souvent, ce modèles très théoriques se heurtent à la réalité des rédactions: des journalistes orientés print avec une très faible agilité web. Mais surtout, des journalistes déchirés entre "deux médias" à qui l'on dit: vous allez publier pour les deux médias. Ce qui entraîne deux blocages:

1) Le web n'est pas un tuyau dans lequel on fait passer n'importe quel contenu et les articles print sont très souvent inadaptés au web et au mobile (par exemple, au Monde.fr, les articles des journalistes papier font 30% de la production, mais moins de 15% du trafic). Il ne suffit pas donc d'écrire et de rediriger vers un tuyau. Mais de produire un contenu en fonction d'un environnement.
On fait la même erreur aujourd'hui avec le mobile, en poussant simplement les contenus web vers les applis nomades.

2) Les journalistes deviennent schizophrènes. Ils deviennent "bi-médias" et ont l'impression de bi-travailler, ce qui pour eux veut dire "deux fois plus"... Conséquence: continuent de produire avec une vision papier.

Il faut donc oublier cette vieille notion de fusion des rédactions, mais faire un choix, aller là où l'information respire, là où les lecteurs/utilisateurs sont connectés et impliqués, créer une seule rédaction "là où ça se passe", c'est à dire sur le réseau. C'est le coeur de l'info. Tout le reste n'est que mise en scène.

Pourquoi le réseau ? Parce que l'ère Google a tout bouleversé. Et généré l'émergence (et la nécessité) de ce que l'on appelle un journalisme en réseau. Un journalisme qui passe de la simple production de contenu pour devenir process, et qui s'appuie sur la force du réseau (fragmentation de l'info, nouveaux rythmes, médias sociaux, contenus générés par l'utilisateur...) pour produire et distribuer l'info.

Vous allez donc vous retrouver avec non pas avec une rédaction "bi-média", ni avec deux rédaction (une web, une papier), mais trois rédactions que je répartirais dans 2 sous-groupes:

1 journalisme de production de valeurs (la Google rédaction)
1 journalisme de mise en scène (community management et secrétariat de rédaction)

Notez bien que je n'utilise pas le mot "journaliste", mais "journalisme". Le journalisme pris comme une fonction (intégrant donc le partage de compétences journalistiques avec des non professionnels), non comme un métier.

Prenons l'exemple de la rédaction d'un journal papier, que nous appellerons "L'espoir".
- 100.000 exemplaires/jour
- 1€
- 36 pages.
- Rédaction print: 85 journalistes + 7 sécrétaires de rédaction.
- Rédaction web: 7 journalistes + 1 community manager.
Soit 100 journalistes.
Une belle rédaction. Sauf qu'ils ne sont numéro un nulle part. Pas assez nombreux sur le web, trop à l'étroit sur le papier.

Imaginons maintenant une nouvelle rédaction. Toujours avec nos 100 journalistes. Mais une rédaction que nous mettons presque entièrement sur le "digital" ce qui nous permettra d'être premier sur l'info web et mobile.
Tout en publiant un journal de meilleur qualité ce qui nous permettra de faire grimper les ventes, éventuellement le prix. Et, incidemment, de gagner plus d'argent.



1- Un journalisme de production de valeur: la Google Newsroom.

Composée de 80 de vos journalistes, mais intégrant également les autres productions journalistiques (via le journalisme de liens), les blogueurs et plus généralement l'activité des utilisateurs encadrée par le média.

Les 80 journalistes sont rassemblés en 10 "business units", c'est à dire en pôles thématiques. Un peu comme un média indépendant (qui pourrait avoir une autre marque) piloté (ou pas) par un responsable de pôle, autour duquel se rassemblent 8 journalistes, des blogueurs, une communauté + 1 marketing et 1 commercial (qu'on peut mutualiser sur plusieurs pôles).
Chaque pôle peut également avoir son SR et son community manager associé.
(On peut aussi imaginer 3 gros pôles de 16 journalistes et 3 pôles de 10 journalistes etc).

Dans chaque pôle, on s'organise pour produire du journalisme de valeur ajoutée. Où l'on se pose toujours la question: puisque tout le monde traite à peu près la même info sur le réseau, quelle est ma valeur ajoutée ?

Vous retrouvez donc:

- des reporters (journalistes + blogueurs): ils ne "couvrent" pas l'actu, ils ne batonnent pas de dépêches, ils ramènent des infos.
Ils vont sur le terrain du web ou le terrain "réel". Ils publient sur plusieurs rythmes : live tweeting, articles, vidéos, données, enquête de fond... Ils peuvent également animer une communauté de blogueurs/utilisateurs avec qui ils peuvent co-produire l'info.

- des curators (journalistes+amateurs): eux, par contre, "couvrent" l'actu en triant, vérifiant et éditant en live tout ce qui se fait de mieux sur le web et dans les médias. Ils font du link journalism ou l'organisent, ils rendent l'info plus accessible.

- des chroniqueurs (blogueurs, journalistes, experts): ils ouvrent des conversations et mettent en perspective.


2- Un journalisme de mise en scène:

- Une équipe de 10 super secrétaires de rédaction, chargés de mettre en scène l'info dans les 36 pages. Ils ne travaillent plus que sur 3 ou 4 pages chacun, mais ils ont un vrai travail de SR "à l'ancienne". Ils récupèrent les contenus publiés par la Google rédaction et les font vivre différement. Ils sont chargés de rendre l'info plus lisible, plus visuelle, de faire tout ce que le web ne sait pas faire. Il peut également demander aux journalistes, ou récupérer sur le web, via des agences, des cotenus complémentaires.
Un très bel exemple de que le papier est capable de faire: le quotidien portugais "I".



Avec l'aide des SR, chaque business unit "digitale" peut décider de produire des hors-série papier.

- Une équipe de 10 community managers et data journalists
, chargés de la mise en scène de l'info sur le web et mobile. En fait, ils sont surtout chargés de l'expérience de l'utilisateur avec l'info. Ils s'occupent de la qualité de "l'engagement" (au sens américain du terme, c'est à dire l'implication de l'utilisateur avec les contenus).

Ils travaillent aussi sur la mise en scène de l'info sous forme de bases de données (comme le fait le New York Times).



Mais aussi sur leur organisation dans des pages de "topics" qui rassemblent, sur des pages web, l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur un sujet d'actu (posts, liens, tweets, données froides etc). Ce que fait très bien le Huffington Post avec ses "big news pages".



Résultat, une rédaction en réseau, puissante, complètement réorganisée. La Google Newsroom.
80 Google Journalists, ce serait la première rédaction en ligne de France.
Imaginez la même chose avec les 200 journalistes des grosses rédactions des quotidiens nationaux.

Vous allez me répondre: mais les 80 journalistes papier seront-ils capables d'aller sur le réseau ?
Dans de nombreuses rédactions, le niveau web est proche de zéro.
Je pense que oui. Ce qui est bloquant, c'est le bi-média, la schizophrénie. Maintenant, si le message et l'environnement est clair, s'il est bien formé, un bon journaliste fera du bon journalisme.
Les plus réticents auront la possiblité de s'éclater vers un sécrétariat de rédaction dépoussiéré et créatif.

C'est un modèle que l'on peut évidemment facilement reproduire pour la télévision et la radio.
Qu'en pensez vous ?

29 commentaires:

Weetabix a dit…

ok, on commence quand ?

Sébastien Bailly a dit…

Appétissant, pour le moins. Mais pourquoi utiliser le nom de Google ?

Benoit Raphael a dit…

Pour provoquer la discussion.
Google dérange. On se focalise sur le chiffon rouge. Ou le doigt, comme diraient les sages...
Google a révolutionné l'info, qu'on le veuille ou non.
Acceptons cet état de fait et construisons quelque chose sur cette réalité.
Cela n'a aucun rapport avec le fait de laisser une entreprise construire un monopole.
Comme toujours, on fragilise les géants avec des idées. Le système Google permet ça, d'ailleurs.

A. Drugeon a dit…

Modèle intéressant, surtout en ce qui concerne le hors-série numérique et "multiformats". Reste toutefois à sortir bien des journalistes non seulement de la culture du tout papier mais aussi de la culture du tout écrit, si l'on veut des sujets traités de façon réellement transversale (vidéo, infographie, photo, son, et bien sûr texte).

Eniotna a dit…

Ce modèle me paraît très similaire à celui adopté par la rédaction du Guardian: vos "business units" thématiques sont l'exact équivalent (resucée, même) de leurs pods (en 2008). En outre, vous semblez balayer d'un revers de main le problème le plus crucial: la formation:
"Vous allez me répondre: mais les 80 journalistes papier seront-ils capables d'aller sur le réseau ? Maintenant, si le message et l'environnement est clair, s'il est bien formé, un bon journaliste fera du bon journalisme."
Comment "bien former" un journaliste papier à faire de la vidéo? De la photo? Si on lui dit "faites votre reportage, avec photo et vidéo", le problème de la schizophrénie subsiste. Cette schizophrénie ne vient pas du côté "bi-média" dont vous parlez. Elle vient des demandes de polyvalence sur tout les supports. Si vous envoyez une rédaction papier sur "le réseau", à mon avis ils vont devenir bien pires que schizophrènes. En résumé, je trouve vos idées toutes très bonnes, mais elles abordent peu le principal problème des rédactions: comment s'adapter aux nouvelles plateformes (qui ne rapportent rien) à partir de notre staff de journalistes qui ne savent qu'écrire (et qui eux rapportent encore, au moins pour quelques mois)?
PS: même interrogation que M. Bailly, je ne comprends pas l'utilisation absurde du nom de Google dans votre titre.
Excusez mon message un peu trop critique: je suis très intéressé par ce thème, je commence donc ainsi le débat avec vous, en espérant qu'il se prolonge. Je vous félicite par ailleurs pour votre blog, que je lis toujours avec intérêt.

Monsieur Kaplan a dit…

Sans être expert pour juger de la totalité de votre réflexion, je trouve qu'il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce billet.

Ce modèle ne se heurte-t-il, cependant, à la difficulté que semblent avoir — d'après une étude qui a circulé hier sur Twitter — les journalistes du web a produire de l'info originale ? Cette étude montrait qu'aux États-Unis du moins, dans la région de Baltimore, l'écrasante majorité des informations originales émanent des médias dits traditionnels (presse papier, télévision, radio). Je ne sais si les conclusions de cette étude peuvent s'appliquer en France et ailleurs, mais il est vrai que sur les sites d'info en ligne, en France, on retrouve toujours un peu la même chose.
La connexion permanente et le journalisme de lien qui font partie de votre modèle ne risquent-ils pas de susciter ou renforcer cette « endogamie » de l'information, où chaque média reprend les informations des autres ? La valeur ajoutée par une ligne éditoriale peut en effet aider un média à se différencier et à apporter son propre traitement de l'information. Mais l'information, à la source, se doit d'être diversifiée, également.

Je souscris à l'idée que les supports papier et web sont complémentaires. Le papier a ses forces et ses faiblesses, le web aussi. Mais de là à penser que le web a révolutionné l'info, il y a un grand pas que j'hésite, personnellement, à franchir. Le web permet de traiter, de présenter et de diffuser l'info différemment, et les évolutions dans ce domaine ne font sans doute que commencer. L'info brute reste cependant la même. les fondamentaux du journalisme aussi, et le journalisme se doit, à mon sens, de rester professionnel (et d'être considéré comme tel) pour demeurer crédible et rassembler un vaste lectorat.

Votre réflexion sur les SR m'intéresse tout particulièrement (car je suis SR). Je souligne à ce propos, que secrétaire s'écrit sans accent aigu sur le premier « e » ! Après, si j'ai bien compris, le « super SR » que vous appelez de vos vœux recouvre des compétences assez étendues, allant jusqu'à certains travaux informatiques que le SR actuel, même bimédia (ce qui est mon cas) n'est peut-être pas le meilleur à pouvoir faire. En infographie, par exemple, rien ne remplacera jamais un infographiste professionnel, du moins si l'on tient à produire des infographies de très bonnes qualité. Une bonne rédaction se doit, à mon sens, d'avoir au moins un bon infographiste, qu'il soit intégré à la rédaction ou externalisé (ce qui est courant, aujourd'hui).

Quoi qu'il en soit, le rôle premier du SR est de contrôler la lisibilité de l'information, d'habiller l'information, et de la mettre en forme. Si l'on veut faire ça bien, c'est déjà beaucoup de compétences et de travail ! :-)

Benoit Raphael a dit…

@Eniotna: Vous ne m'avez pas bien compris. J'essaie justement de sortir du modèle multiplateformes des rédactions intégrées, comme on peut le voir au Guardian ou au Daily Telegraph.
La différence est subtile, mais cruciale.
Je vous conseille de lire mon précédent post pour bien comprendre la révolution dont je parle, qui ne se limite pas aux formats et aux plateformes.

1- A la différence des rédactions intégrées, vous avez une rédaction qui travaille uniquement sur le réseau (web, mobile etc) et en réseau. Pas pour le papier. Le papier, c'est l'affaire des secrétaires de rédaction.

2- Le web n'est pas une plateforme. Parler de journalisme multiplateformes n'a pas de sens si on le comprend comme ça.
Le web est l'une des manifestations d'Internet, qui est un réseau. La nouvelle rédaction doit travailler dans ce réseau, selon ses règles. C'est le réseau qui dicte les nouveaux process.

3- J'utilise Google un peu par provocation mais surtout parce que, au delà de l'entreprise, Google est devenu un concept, un verbe même. Il symbolise la révolution que la mise en réseau en temps réel des êtres humains et des données a apporté à l'industrie.

4- Vous me parlez de production vidéo, vous êtes déjà dans le format. Et le format vidéo n'a rien à voir avec le réseau. C'est un format qui vient de la télévision, qui demande un métier spécifique, qui s'enseigne... Pareil pour la photo.
Un journaliste n'a pas plus qu'avant à faire de la vidéo ou de la photo. Si la rédaction est petite, le journaliste devra être plus polyvalent. Sinon, il faut travailler avec des professionnels de la vidéo. A chaque pôle de voir s'il a besoin d'intégrer un JRI dans son équipe.

Benoit Raphael a dit…

@MonsieurKaplan : comme je l'explique plus haut, le web n'est pas un support mais la mise en oeuvre d'un réseau, ce qui change tout.

Et puisque vous parlez d'info brute: ce que le réseau révolutionne c'est que l'info brute n'a plus de valeur puisqu'elle peut être reproduite, répercutée au même moment, à un clic de distance (c'est à dire au même endroit) par n'importe qui sur Internet (un lien suffity). La question, c'est la valeur de l'info, l'usage que l'on va faire de l'info, l'expérience que l'on propose, la valeur ajoutée.

(Merci pour la coquille, c'est corrigé) ;)

Damien Van Achter a dit…

+1000 x 5 !
Tu as eu mon message sur ton portable ? /-)

Eniotna a dit…

Effectivement, je n'avais pas saisi certaines subtilités de votre raisonnement (j'ai bien relu votre dernier post, ainsi que celui-ci).

Une question: quels-sont selon vous les médias se rapprochant le plus de ce modèle que vous décrivez? Et s'il n'en existe pas, d'où pensez-vous que la création d'une telle rédaction pourrait venir? D'un pure player qui lève des millions de $? D'un quotidien national qui tente le diable? Où d'un tout nouveau groupe de médias?

Autre question: que pensez-vous par exemple de Mediapart, qui malgré son modèle payant qui l'exclut du réseau, semble adopter votre modèle d'une certaine manière, avec des contenus publiés en ligne, puis repris dans des hors séries (un cahier en décembre 2009, et un livre le 14 janvier), incluant autant des articles de journalistes que des contributions de la communauté?

Steven Jambot a dit…

Je rejoins @Eniotna dans son interrogation sur l'adaptation des "journalistes papier" à travailler sur (et pour) le réseau. Tout autant que les patrons des entreprises de presse, ce sont les "cadres" des rédactions qu'il va falloir convaincre. Et il faudra plus qu'une bonne formation pour les mettre à la page (si j'ose dire). Être sensibilisé au réseau est une chose ; être un utilisateur averti, une autre.

Les mentalités évoluent doucement. Personne n'est complètement braqué. Un journaliste ne peut évidemment pas se permettre de tourner le dos à l'air du temps. C'est juste l'humeur du moment qui n'est pas favorable. Et pourtant, il y a un truc à lancer.

Comme beaucoup de jeunes journalistes connectés et impliqués sur le réseau, je ne trouve pas vraiment de structures qui correspondent à mes attentes. Comment "s'éclater" (professionnellement parlant) dans un média dont on ne comprend/approuve pas le positionnement par rapport aux attentes de l'audience ? C'est frustrant ! Ce concept que tu as de façon provocante baptisé "G newsroom" me tente. Si quelqu'un lance ça, je mettrai le pied dans la porte.

Echiquier de Vaucresson a dit…

Quand on voit les journalistes papier manipuler un ordinateur...

Et même ceux du Web qui tapent avec les 2 index bien tendus.

cisportsnews a dit…

Bravo. C'est très intéressant et très bien mis en forme. Question matérielle de rabat-joie : comment penses-tu gagner de l'argent avec une telle masse salariale (même avec les perfusions de l'État :) ) ? Je ne suis pas loin de penser que, quels que soient les bouleversements apportés au plan opérationnel, le news business va en subir d'encore plus profonds, touchant jusqu'à son existence, notamment dans une économie de marché. C'est peut-être à cela qu'il faut réfléchir aussi. Merci encore pour ce billet.

Benoit Raphael a dit…

@Eniotna: Il n'y a pas de modèle exactement similaire. Mais celui de Politico s'en rapproche. Politico pratique le reverse publishing (qui est le modèle que je défend, au fond, dans ce post), c'est à dire une rédaction web, qui publie une version papier quasi quotidiennement.

Une des différences majeures avec Mediapart, que vous citez, est que cette publication papier est gratuite et que Politico est rentable.
Il est d'ailleurs intéressant que c'est grâce au papier que Politico gagne de l'argent. Alors que toute la rédaction est web.
Leur CA 2009 est de 20M$.

Concernant votre seconde question (qui rejoint celle de @cisportnews): j'ai écrit ce modèle en pensant aux rédactions print des journaux existants, comme une possible solution. Si elles appliquent ce modèle, je suis persuadé qu'elles renverseront la tendance. Et même qu'elles gagneront plus d'argent grâce au print pour l'essentiel, mais aussi au web.

mikiane a dit…

Trés interressant, ma réponse / contribution est sur http://ow.ly/Xqhm

Christophe a dit…

Intéressant tout cela. Et donc au post.fr, vous allez travailler avec quelle rédaction papier du groupe Lagardère ? ;)

Rosselin a dit…

La phrase : "le SR peut également demander des contenus complémentaires aux journalistes" pose la question du pouvoir dans cette rédaction Google. Ou est la rédaction en chef ? Qui décide des contenus à mettre en valeur ? Qui a autorité pour couper ? Pour trapper un billet ou un papier ?

JR

Benoit Raphael a dit…

@Mikiane: un prolongement passionnant de la discussion. Merci :)

@Rosselin: A quoi servent les rédac'chef ?
Avec ce type d'organisation, on pourra petit à petit se passer de cette vieille organisation pyramidale avec un redac chef à la tête d'un bataillon de journalistes. Ici, on fonctionne par pôles, qui sont directement responsables face à leur audience.
Ce qui n'empêche pas d'avoir un responsable de pôle.

marsupilamima a dit…

Mais a-t-on vraiment besoin d'un journal? c'est déjà une conception ancienne même si on en reconstruit la rédaction.Surtout d'un journal généraliste. L'info traîne partout...Je n'ai pas besoin d'un journal et de journalistes pour ça, je peux le faire moi même. Et en tant que blogueuse faudrait littéralement me payer pour que j'aille participer à une rédaction Xmedia ou pas. Les blogueurs deviennent les vache à lait des journaux. On diminue le nombre de salariés et on sanctifie les blogueurs qui bossent gratos? Ma valeur ajoutée je me la garde ou alors elle a un prix.

bertrand a dit…

Très intéressant et en rupture avec les approches effectivement théoriques sur les Newsroom crossmédia, et avec la promesse de publier automatiquement sur les différents canaux à partir d'une même matière première, d'où l'importance de la couche de mise en scène.

Quelques questions toutefois pour préciser ta vision Benoît :

- Je trouve dommage d'opposer la production de valeur et la mise en scène : on sait bien que cette dernière apporte aussi de la valeur ! Mais c'est peut-être juste une question de terminologie ?

- La Google Newsroom écrit-elle pour un média ou indépendamment de ce média ? Et si comme je crois l'avoir compris, elle rédige indépendamment du média (en tout cas pas "pour le papier"), n'as-tu pas peur que les secrétaires de rédaction aient un gros travail de coupe / ré-écriture, au delà de la simple mise en scène des contenus ?

- Du coup, question corolaire, est-ce réaliste de penser que tu peux rester à iso-équipe ? J'ai le sentiment que dans l'organisation que tu proposes (et à laquelle je crois), qui vise à produire d'avantage de valeur, on a immanquablement une augmentation de la charge de travail, liée au fait notamment que la Google Newsromm ne produit plus des produits finis prêts à être publiés (comme c'est le cas dans de nombreux journaux suite aux vagues de rationalisation, et avec l'aide de logiciels type éditeurs wysiwyg) mais des produits "semi-finis", à mettre en scène avant publication, et donc avec une augmentation de la charge ...

Cela dit, si cette organisation est la promesse de revenus supérieurs liés à une meilleure adéquation des produits fabriqués par rapport aux attentes des lecteurs, pourquoi ne pas envisager de recommencer à recruter dans la presse, ce qui serait un sacré pied de nez à la morosité ambiante ... ;o)

Sony Nolais a dit…

C'est l'absence de reflexion de ce type qui m'ont fait quitter l'éditorial web il y a 15 ans...

Là n'est pas la question.
L'organisation doit être vue dans son ensemble. Ainsi :

1/ Les coûts de diffusion/production sont ils similaires dans le journalisme papier et dans la production web ?

Le papier est bien formaté, industriel, facilement mesurable et sur lequel il est possible d'effectuer des économies d'echelle mais le modèle doit supporter des coûts de transports et les aléas de la diffusion.
La diffusion web est rapide, mais le support est jeune et évolutif, un site se doit d'apporter de nouvelles fonctionnalités, coûteuses en R&D et développement informatique.

2/ Le frein culturel (voire l'élitisme) dans la profession n'est il pas la principale résistance au changement ?
Les journalistes apprentis son de mieux en mieux formés au techniques plurimédia, mais quand est il de leur mentors ? ou/qui sont ils ?

marsupilamima a dit…

Outre les problèmes évoqués ici, il faut aussi prendre en compte deux investissements indispensables: 1) la formation. Les journalistes papier peuvent et doivent être formés. Les autres aussi. En choisissant les bons formateurs (en interne, cela fonctionne rarement). Et en continu. Pas seulement en technique ( par exemple, la vidéo est un métier qui demande de savoir filmer et monter et aussi d'autres techniques d'interview) mais aussi en langues étrangères etc. D'ailleurs ne serait-ce qu'en Europe, on trouve les mêmes réflexions mais comme nous sommes désespérément franco français, on n'en tient pas compte....
2) Investissement en matos, ordinateurs, enregistreurs, mini-caméras mais pas n'importe lesquelles sinon, non seulement l'image mais le son sont pourris (on le voit ts les jours).
Faut-il envisager tous mojos comme on dit tous journalistes? Pas certain du tout.

Benoit Raphael a dit…

@bertrand:
- c'est une question de terminologie. Mais, oui, le super SR aura un vrai travail de création de valeur.
C'est donc effectivement beaucoup dde travail. C'est pour cela que je propose des SR avec 2 voire 3 pages chacun. Ce qui est assez pratique, parce que si l'on veut bouger une rédac papier sur ce modèle, on aura beaucoup de candidats pour la partie SR.
Après, il faut expérimenter, faire évoluer. C'est un modèle, il est fait pour être testé et adapté.
Là où il faut être absolument intransigeant, c'est sur le basculement de TOUS les rédacteurs sur le Net. Ils rédigent pour le Net. C'est leur premier média. Ce sont donc des produits finis. Pour le papier, on a effectivement des contenus à re-travailler. Mais ce n'est pas qq chose de nouveau pour le SR.

@Sony: je ne pense pas que les coûts soient plus importants, au contraire. Les coûts de production et de distribution dans le print, c'est 60 à 70% du budget. Sur le web, ça dépend de votre budget R&D, mais on est plutôt sur une tranche 10/20%.

@marsupilamima: je le répète, je ne pense pas qu'il faille former les rédacteurs à la vidéo. Qu'ils aient une petite caméra en cas d'urgence, ok. Mais la vidéo sur le Net, c'est un métier à part entière, comme à la télévision.

Cela nous ramène à la formation.
Je suis conscient des blocages dans le print, je les ai rencontrés, je connais très bien ce milieu dont je viens.
Encore une fois, il y aura des blocages, mais je pense qu'ils seront cantonnés à un pourcentage minoritaire. Il y aura aussi des journalistes qui décideront de partir.
Mais, globalement, quand vous dites à des journalistes rédacteurs qu'ils vont faire leur métier, qu'ils savent bien faire,qu'ils vont s'éclater parce qu'ils vont travailler mieux et être en relation directe avec leur lectorat, qu'ils auront plus d'impact, et qu'ils n'auront pas à faire de la vidéo, je ne crois pas que cela les rebute.
Voyez Mediapart: ce sont des journalistes venus du papier, pas les plus jeunes, ils font leur métier de journalistes. Ils sont exclusivement sur le web. Ils en sont fiers. Ils font des enquêtes. Le web les a petit a petit transformés.
C'est un message qui passe très bien.
Il suffit de les former pour leur donner une agilité web de base. Le reste ils l'apprendront.

marsupilamima a dit…

D'accord pr formation et vidéo, je viens du Monde "papier", je n'ai pas de souci avec ça. Je reviens à mon premier commentaire, 1) l'utilisation des blogueurs comme chroniqueurs, experts etc, sans rémunération. Je ne pense pas que ce soit tenable. ils seraient fous de ne pas revendiquer un statut de pigiste. 2) Et par ailleurs, a-t-on besoin d'une presse en ligne généraliste ou faut-il prévoir des "niches" , de la presse pro? L'info généraliste circule déjà. Ne doit-on pas s'orienter vers du très pointu?

Benoit Raphael a dit…

@masurpilamima:
1) Les blogueurs réguliers et validés doivent être considérés comme des chroniqueurs. Pour ce que j'en sais, les chroniqueurs ne sont pas forcément journalistes et ne revendiquent pas ce statut, encore moins celui de pigiste. Ce qui ne les empêche pas d'être payés. Ce n'est pas nouveau, et pratiqué régulièrement en radio ou en télé.

2) Oui, bien sûr, il faut aller sur les verticaux (ou les niches). C'est pour cela que je propose une organisation de la rédaction en pôles thématiques autonomes, organisés sous forme de business unit. Chaque pôle est capable de créer son propre média.

marsupilamima a dit…

alors youpie!Mais si je prends la une du monde.fr, assouline est "pigé" mais les "blogs invités" ? et les chroniques d'abonnés? Idem sur lepost, rue89 ou mediapart (j'avais 4 blogs sur des journaux, pr tenter, je ne les utilise plus).

simond a dit…

Vous considérez qu'on ne peut plus se contenter de mettre en ligne ce qui est écrit dans la version papier (ce n'est pas adapté). OK
Vous dites aussi : "A la différence des rédactions intégrées, vous avez une rédaction qui travaille uniquement sur le réseau (web, mobile etc) et en réseau. Pas pour le papier. Le papier, c'est l'affaire des secrétaires de rédaction."
En gros votre modèle se contente de faire l'inverse des rédactions actuelles. Des journalistes publient en ligne et quelques personnes (comme on le fait pur le web aujourd'hui) "mettent en scène" (je n'aime pas du tout cette formulation) pour en faire une version papier. vous n'avez fait qu'inverser le fonctionnement des rédactions intégrées d'aujourd'hui.
Le vrai problème, je pense, réside non pas dans ce côté schizo du bi-média... mais des deux mondes que l'on veut fusionner : le web et le réel. J'imagine mal un journaliste aller sur le terrain (le vrai) et passer autant voir plus de temps en faisant du web-monitoring. Quand bien même si aujourd'hui je considère qu'il soit possible d'enquêter, rendre-compte d'évènements du terrain en live grâce à des outils de plus en plus pratiques et performant (l'iphone en est un).
Je connais plein de collègues journalistes qui s'y sont convertis.

Lislandais a dit…

Au risque d'être un peu "à côté" du sujet : quel serait selon vous et dans cette configuration, la place de rédacteurs ou de chroniqueurs non professionnels issus du web (blogs, sites participatifs...) ?
Auraient-ils de par leur expérience de la "toile" l'opportunité d'intégrer cette Google Newsroom, aux côtés de journalistes officiels ?

Je profite par ailleurs de ce message pour vous demander un conseil : que recommanderiez-vous à un chroniqueur débutant souhaitant chroniquer ?

Alex a dit…

Bonjour !

J'arrive bien après la bataille, je devais poster ma contribution en commentaire... et je ne l'ai pas fait. Mais j'ai néanmoins donné mon avis sur mon blog (http://bit.ly/acAPN3). Je voulais le copier-coller ci-dessous, mais c'est apparemment trop long, blogspot ne l'accepte pas. N'hésitez pas à réagir, ici ou sur mon blog, pour que le débat se poursuive !