
Je remonte ici le commentaire de mon confrère Jean Abbiateci suite à mon post sur la nomadisation de l'info. Il pose beaucoup de questions, pertinentes, auxquelles je n'ai pas forcément de réponse évidente. Mais le débat est ouvert:
"Vous parliez du canon à info... Si je suis bien votre pensée, le lecteur/internaute/téléspectateur ne va plus forcément aller sur un site... Ce sera au site et au média d'aller directement sur les supports de diffusion (mobiles, blogs, mail, réseaux sociaux, télés)...
"Dans cette configuration nomade, un reportage sera donc dispatché sur ces différents canaux de diffusion... relayé par les internautes s'il le juge bon, exporté, podcasté puis commenté sur des blogs...
"Est ce que cette décentralisation de l'info ne va tuer le lien qui existe entre un média et ses lecteurs (peut-être est-ce déjà fait)...
"Comment des "marques" (c'est la mode dans le monde des médias de parler de marques) comme Le Monde par exemple ne vont se diluer dans ce flux d'information, partageant le canon avec d'autres contenus à faible valeur ajoutée.
"Est ce que cela signifie qu'on va arriver vers un marché de micro-niches éditoriales... ? Existera-t-il encore de la place pour une information à haute valeur ajoutée ?
"Si les "carrefours" que représentent les sites sont condammnés, est ce qu'on va passer d'une publicité d'audience à une publicité de sponsoring (à savoir, un annonceur va sponsoriser tel type de contenu)...
"Voilà, beaucoup de questions, à la hauteur de l'excitation provoquée par ces nouvelles technologies dans le métier de journaliste..."
La nomadisation de l'info va-t-elle tuer le rapport du média au lecteur ?
Difficile de répondre. Je suppose qu'elle est en train de "tuer", dans sa configuration actuelle, le traditionnel site d'info. Mais pas forcément la marque. Tout dépend comment elle s'organise.
Quatre pistes:
1- Tout d'abord, segmenter les contenus ne veut pas forcément dire renoncer à fidéliser une audience. Si le média assume sa porosité et organise la dispersion de ses contenus, pour apporter la bonne info à la bonne personne au bon moment, il n'y a pas de raison pour que l'internaute ne s'abonne pas à ses contenus et intègre le média dans son dispositif personnel de news (widget, netvibes, facebook, mobile...). Il ne prendra pas tout le package, mais il restera fidèle à la marque sur ce qu'il estimera être ses points forts.
Le vrai problème, pour le média, reste que la production d'un micro-contenu coûte plus cher que plusieurs contenus packagés. Ce qui pose la question de l'avenir de l'info à valeur ajoutée.
2- Nomadisation ne veut pas juste dire segmentation. C'est aussi la mobilité. Donner la possibilité à son audience d'embarquer le média avec elle, de rester connecté en permanence, est un axe non négligeable de fidélisation.
3- Une autre solution est de miser sur la communauté. L'intégrer dans la production et la gestion des contenus (ce que font iReport, et Le Post). Faire de l'info un moteur social.
4- Encore une fois, l'exception confirme la règle. Il y aura des sites d'infos qui se positionneront à l'inverse de cette nomadisation autour de contenus à forte valeur ajoutée sur des sites fermés . Et qui trouveront leur public. C'est la stratégie originale d'Arrêt-sur-Images et de Mediapart. La nomadisation est une réalité, ce qui ne veut pas dire qu'il faut l'embrasser. Juste se positionner par rapport à elle.
Enfin, sur les modèles économiques: toutes les pistes sont ouvertes. Celles du sponsoring en est-une. Il y a surtout les publicités embarquées dans les contenus. Mais il y a aussi la pub considérée comme un contenu, nomade lui aussi, mais viral et (ou) intéressant et (ou) utile. Il y a évidemment la qualification de l'audience par les contenus segmentés, et donc des tarifs plus élevés. Mais cela répondra-t-il aux besoins de campagne de masse? Pas sûr.
(Source illustration : fromdistance.com)