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dimanche 25 octobre 2009

Pages vues web/pages vues papier : qu'est-ce qui rapporte le plus?


Je reviens de la conférence "Outlook 2010" de l'ONA/INMA (deux associations d'éditeurs de quotidiens print et en ligne) qui se tenait jeudi et vendredi derniers à Liverpool.

J'y étais venu présenter le modèle du Post.fr, mais aussi tater le pouls du dynamisme de la presse écrite en Europe. J'avais même l'espoir de trouver de nouvelles idées. Je repars avec la vision d'une presse à deux vitesses. Mais dont la plus grande partie est encore coincée dans le virage du web. Un virage psychologique, que la crise et l'âge grandissant des éditeurs ne sont pas venus adoucir.

On a même eu droit à un discours surréaliste tonitruant sur le Papier, support d'avenir, par un éditeur flamand (De Persgroep), fraîchement entré dans la bataille, qui reconnaissait ne pas avoir de stratégie web, encore moins mobile, parce qu'il "vaut mieux être bon sur une seule chose à la fois". Le groupe s'était déjà fait remarquer en septembre en traitant les blogueurs de "poubelle de l'Internet" (ça me rappelle quelque chose)...

De l'autre côté, il y a quelques médias qui, dans leur coin, tentent de faire bouger les choses (les Polonais de Gazetta, par exemple, toujours aussi renversants). Même sur le papier ! (Et encore, les plus belles innovations de ce côté sont apportées par un jeune de 23 ans).
Mais l'ensemble manque terriblement de souffle.

Et la crise, la chute des revenus (sur le papier comme en ligne), associée au ralentissement du trafic des sites d'infos traditionnels (l'effet saturation), ont fait se replier les moins frileux sur leurs vieux réflexes.

Jusqu'à nous donner une bouillie incohérente de discours sur le constat et la stratégie à adopter:

"Le papier n'est pas mort (répétez après moi: le papier n'est pas mort), Internet ne nous fera jamais gagner d'argent. On vous a hypnotisés avec de belles paroles mais regardez: ça ne marche pas, d'ailleurs on le savait, Internet c'est la mort du journalisme et la poubelle de l'info.
A moins de vendre nos contenus que personne ne veut acheter il n'y a pas d'avenir sur le web."

Je résume un peu violemment... mais je ne suis pas loin.
Je ne résiste d'ailleurs pas à vous donner le texte d'une chanson écrite spécialement pour l'occasion par l'organisateur de la conférence, le INMA (qui dit aussi des choses intéressantes quand elle n'écrit pas des chansons) sur l'air de YMCA: "News folks, Circulation is bad... Too few ads make you sad... Will you ever feel glad..." Hum...



Bon.

Il y avait aussi du bon.

Je retiens notamment (avec les bonnes idées des Polonais, dont j'avais déjà parlé sur ce blog l'an passé), la réflexion posée par Olivier Bonsart, de Ouest France.
Pas un des plus jeunes, mais pas le plus irrationnel. Loin de là.
Histoire de faire tomber quelques idées reçues sur le web gratuit et la pub, le directeur délégué du groupe SIPA/Ouest France a interrogé ses collègues éditeurs européens et américains pour leur demander leurs résultats publicitaires sur le web et sur le print.

Et de commencer par poser la bonne question : quand on dit que le potentiel du web par rapport au print est défaillant (1 visiteur unique rapporte 1€ , un lecteur papier 10€), encore faut il utiliser les bons critères.

Or, explique-t-il, cela fait des années que l'on calcule la performance des sites web des journaux en visiteurs uniques (c'est le sacro- saint panel Nielsen/Mediamétrie) alors que les deux mesures (lecteurs/ visiteurs) sont incomparables.

Et Olivier Bonsart de proposer de comparer ce qui est comparable, c'est à dire les pages vues.

Et là, sur la base de ces informations inédites, il arrive à des résultats plus qu'intéressants:

Un journal papier moyen:

- 300.000 exemplaires, 36 pages, 70% lues/vues, en semaine

- 900.000 lecteurs par jour, 25 mintes
- 45 millions d'euros de revenus publicitaires

Un site web de journal moyen:

- 4,4 millions de visiteurs uniques, 11,7 millions de visites/ mois
- 5,4 pages vues et 6,3 minutes/ visite
- 8 millions d'euros de revenus publicitaires

Ce qui donne:

Le ratio nombre de pages vues web et nombre de pages vues papier / mois (sur la base des chiffres qu'il a pu récupérer de 12 quotidiens en France et dans le monde) est de 11% (580M de pages vues sur le papier contre 63M sur le Net). Il est de 50% pour le nombre de visites (papier: 23M visites contre 11,7M pour le web) . Et de 13% pour le temps passé.

Pour les revenus publicitaires sur le web, le ratio est de 19% par rapport au papier. Ce qui n'est pas si mauvais: il est inférieur à celui du nombre de visites, mais si on le compare aux pages vues et au temps passé, il est au dessus...

Et de conclure :

1) Les sites de journaux sont moins puissants que leur version papier.
2) Si l'on retire les petites annonces des revenus pub, le revenu par page est supérieur sur Internet que dans les éditions papier.

"Le problème, ce n'est pas la pub, mais l'audience!"

Bonne conclusion.
Maintenant, on fait comment pour monter l'audience des sites web d'info ?

(Et pour trouver une alternative aux bannières ?)

- Télécharger la présentation d'Olivier Bonsart.
- Illustration: Forum 4 Editors

jeudi 10 septembre 2009

Google veut révolutionner l'info payante: mais que vendre ?


Oubliez l'Apple Keynote d'hier soir (toujours rien sur l'Apple Tablet...), cette semaine, c'est Google qui fait l'événement. Et en mettant justement les pieds dans l'un des bastions les plus prometteurs d'Apple: le micropaiement.

Que propose Google ?
Tous les contenus doivent être accessibles, continue de plaider le géant américain, mais cela ne veut pas dire qu'ils doivent être gratuits.
Google va donc proposer dès l'année prochaine un système de micropaiement aux internautes.

Cherchez avec Google, payez avec "Google Checkout" (le nom de ce nouveau service).

Les applications envisagées iront de l'abonnement mensuel, à l'achat à l'unité jusqu'au paiement de packs de contenus émanant de plusieurs publications. Par exemple: un Top 10 des contenus éco du jour.

Comme Apple avec AppStore, ou comme avec son propre "Android Market" (le service d'applications mobile de Google) Google prendra 30% sur ces transactions.

Cette annonce, qui est en fait une réponse à une requête lancée par la NAA (Newspapers Association of American) sur la monétisation des contenus des journaux sur Internet, pourrait bien annoncer une vraie révolution.

Pourquoi ? Parce que le modèle du tout gratuit sur Internet est en crise.
Mais surtout parce que la proposition émane de Google. Et que Google est l'une des rares firmes (avec Apple sur le mobile) à pouvoir proposer un système unitaire de micro-paiement = Google organise l'information sur Internet, Google démocratise le système du "single-sign-on" (un seul compte pour plusieurs services), demain Google proposera le système de paiement sur les contenus qu'elle organise.

Voici le document envoyé par Google à la NAA:

Google's proposal to the Newspaper Association of America

J'avais déjà évoqué ce débat du gratuit/payant il y a trois ans sur ce blog, à la suite d'une discussion que j'avais eu en juin 2006 avec Nathan Stoll, le patron de Google News, à l'issue d'une conférence. Il nous disait: "Je ne suis pas pour le tout gratuit. Si payer est pratique pour les gens, alors il faut faire payer. Mais rien ne bougera tant que payer 1$ sur Internet sera compliqué pour le client".

Je n'ai pas changé d'avis.

Si Google démocratise le micro-paiement, et l'inclut de façon "indolore" dans le parcours de recherche de l'internaute, il y a fort à parier que cela entraînera une nouvelle mutation de l'écosystème de l'info.

Une question demeure : que peut-on vraiment vendre ?
Le parallèle avec iTunes a ses limites. Un morceau de musique est un contenu indivisible, qu'il faut pirater si on veut l'écouter sans payer, et dont on profitera toute sa vie. Une info, c'est beaucoup moins concret. Une info, une fois qu'elle est entrée dans le domaine public, perd sa valeur et peut être partagée gratuitement sans passer par la case copier-coller. Difficile de la vendre, même avec un système aussi "indolore" que le micro-paiement.

Le modèle payant dominant aujourd'hui est celui de l'abonnement premium. Un vrai come-back, même s'il a plus de dix ans.
Mais il relève en fait du modèle "freemium": il ne repose pas spécifiquement sur la vente de contenus mais plutôt l'appartenance à un club, le soutien à une cause, l'achat de services.
On crée du trafic en mettant à disposition gratuitement des contenus, et on fait payer des services.

Mais pas, à proprement parler, de vente de contenus d'info.


Y-a-t-il d'autres pistes ?
Revenons à la révolution Apple, qui semble se faire couper l'herbe sous les pieds avec le projet de Google.

Sur quoi repose cette révolution ? Avec le iPhone, Apple a bouleversé l'écosystème de l'info sur mobile. Et donc de l'info online puisque la mobilité est la prochaine étape du Net.

Revoyons ces étapes :
1- Années 90: l'ère WWW. L'info est organisée en rubriques sur le site Internet du média
2- Années 2000: l'ère Yahoo. L'info est rassemblée non plus sur des sites mais sur des portails
3- Années 2002-2008: l'ère Google et le web 2.0. L'info est fragmentée et s'organise autour des contenus organisés par Google.
4- Années 2010: l'ère iPhone et NetPC. L'info s'organise autour des applications téléchargées sur votre device mobile (Net PC, iPhone ou GooglePhone).

On pourrait s'amuser à faire un classement des médias pour voir à quelle étape ils sont restés... Et vous, à quelle étape vous situez vous ?

L'étape 4, c'est donc celle de l'application.
Elle s'est démocratisée avec l'iPhone et Android. Elles sont en train de se développer sur les Net PC. C'est l'une des grandes idées de Jolicloud (par Tariq Krim, fondateur de Netvibes), dont la version béta vient d'être lancée.

Et l'on se rend compte que ces applications se vendent plutôt bien, grâce au micro-paiement d'Apple (le modèle iTunes) et qu'elles vont également permettre (depuis cet été) d'acheter en un seul click des services et des contenus.

Et si nous pensions les contenus d'info de demain comme des applications ? A quoi pourrait ressembler une appli-documentaire, par exemple ?

Nous n'avons pas fini de re-penser l'info sur le réseau.

mardi 30 septembre 2008

Etats Généraux de la presse: et si on laissait tomber le papier?


Question provocatrice, évidemment... Certains quotidiens ont encore de la marge (mais pas tous!).  
Et, au vu du rapport Giazzi (préambule Etats Généraux de la presse du 2 octobre voulus par Nicolas Sarkozy) qui veut laisser croire (mais qui y croit?) que l'on va régler la crise des médias face à la révolution numérique en favorisant les concentrations, on peut se demander s'il ne serait pas aussi sérieux de juste soupeser la question. Juste comme ça. Pour savoir.

Si, demain, comme la finance aujourd'hui, l'industrie de la presse papier s'effondrait... Si elle n'était plus capable de financer son outil de production. 
Impossible bien sûr... mais au cas où. Disons que... peut-être.

Alors que les rédactions papier accélèrent leur régime minceur aux Etats-Unis (dans un an en France? deux ans?) en fermant bureau sur bureau, en entamant un long et douloureux processus de licenciements massifs (plus de 8000 cette année), et en continuant de perdre des recettes publicitairs (-77 millions de $ sur le print vs + 6 millions de $ sur le web pour le Washington Post en 200è) où faut-il investir? Sur quel modèle se construiront les médias de demain? 

Il y a évidemment une révolution à faire, qui n 'est pas encore faite, et de courageux investissements à engager sur le Net pour éviter la catastrophe. Mais la question qui bloque  reste la même: le modèle économique est-il solide? Aujourd'hui, près de 70% du budget des quotidiens papier va dans la fabrication et la distribution... On pourrait même calculer qu'un certain nombre de postes éditoriaux sont directement liés au modèle papier. Et que (même si les revenus publicitaires du print sont 10 fois supérieurs à ceux du web) on pourrait donc économiser énormément de coûts en se passant de ce vieux support. 
Alors imaginons, juste pour provoquer: Et si l'on décidait d'arrêter le papier pour se consacrer uniquement au web? Est-ce ce que ça serait réaliste? A court terme? Non? Et à moyen terme?

Dans sa dernière chronique, Frédéric Filloux, s'essaie à un exercice audacieux de calcul.
Un peu aléatoire... mais qui a le mérite de poser concrètement le débat.


Il se demande: pourrait-on basculer la rédaction de 400 journalistes d'un grand quotidien national sur un site pure-web ? En gros, peut-on transposer le budget de production d'un média print vers un média web? 
A l'heure où l'on se demande comment la presse papier franchira le rubicon (hausse des coûts de prod, baisse de la diffusion et de l'investissement pub...) dans les deux prochaines années (ce n'est pas moi qui le dit mais la Deutsche Bank) les équations de l'ancien directeur de la rédaction de 20minutes.fr  pourraient en intéresser quelques-uns: 

1- Les coûts?
Filloux calcule : un  média sur le web peut produire une info de qualité équivalente à un grand quotidien papier avec une rédaction d'une centaine de journalistes (plus de la moitié de la rédaction du Monde, par exemple). Soit...

100 journalistes = 6 millions d'euros par an (60.000 € par personne).
Il ajoute, à la louche : 1 million pour la technique et l'infrastructure + 2 millions pour le marketing + 1 million pour l'administratif et le reste. 
Résultat= 10 millions par an.
C'est assez faible comme coûts de production, si je compare aux structures moins lourdes que je connais,  mais soit... considérons que l'on parvienne à trouver une organisation efficace à 10 millions impliquant une centaine de journalistes, en économisant lourdement sur les frais techniques, et externalisant au maximum.

2- Quelle audience pour générer plus de 10 millions de CA/ an?
Nouveau calcul de Filloux: 1 visiteur rapporte en moyenne 0,1 et 0,25€/mois. Pour obtenir 850.000 € par mois (10 millions/an), "il faudrait 8,3 millions de VU par mois". Ce qui est assez approximatif: on peut obtenir un CA pub équivalent avec beaucoup moins de VU, tout dépend du créneau, de la force de la marque et de la position du média sur le marché. 
En même temps, le réservoir pub n'est pas non plus extensible. La pub sur le Net pour les sites de news est encore instable. Et même 8,3 millions de VU Nielsen (ce qui est déjà énorme pour la France) ne seraient pas transformés automatiquement en 850.000 euros...

C'est donc très compliqué. Et Frédéric Filloux d'apporter deux pistes: 
- Ne pas se développer sur un grand média généraliste multithèmes mais plutôt sur le modèle : 1 thématique, 1 site. Avec des rédactions plus réduites mais un potentiel de développement plus important (ex: le Huffington Post, spécialisé dans la politique, qui dépasse le Los Angeles Times, généraliste).
- Diversifier ses revenus: s'appuyer sur le site d'infos pour développer des services. Ce n'est pas nouveau, mais toujours pertinent.

Trois bémols, cependant: 
 Et c'est la limite de l'exercice des chiffres.
1- S'il faut entre 4 et 8 millions de VU rapidement pour éponger les coûts, difficile de le faire sans marque. lefigaro.fr et lemonde.fr ne sont pas en tête uniquement parce que ce sont de bons sites d'infos.
2- Basculer sa rédaction sur le Net? Théoriquement, oui, mais quelle rédaction? Les journalistes print? Je ne connais pas de rédaction papier qui soit en mesure aujourd'hui de faire travailler tous ses journalistes sur Internet (mais je me trompe peut-être...).
3- Enfin, pourquoi une aussi grosse rédaction? 100 journalistes= 100 fois plus d'audience que 10 journalistes ? Certainement pas. Il faut aussi prendre la mesure de la nouvelle mécanique qu'implique Internet. C'est un nouveau journalisme qui émerge sur le web, mais pas forcément qu'avec des journalistes.

lundi 14 juillet 2008

La nouvelle économie des rédactions du futur

Et si l'on confiait à Google la distribution des contenus des journaux? "Comme ça les groupes de presse se concentreraient sur ce qu'ils savent faire: du journalisme."

C'est le nouveau pavé dans la mare jeté ce week-end par Jeff Jarvis, blogueur new-yorkais et spécialiste renommé des médias sur Internet.

Deux jours plus tôt, il proposait également une white list et une black list de ce qu'il faudrait supprimer dans les rédactions, et ce sur quoi il faudrait investir (Eric Scherer en a fait une excellent synthèse sur son blog "AFP Mediawatch"). Décoiffant!

De quoi s'agit-il?

- Google est très bon en technologie, les journaux non. La culture industrielle est bien ancrée: ils ont touours imprimé et distribué leurs journaux. Ils font pareil sur Internet.
Il faut qu'ils sortent de la logique de la distribution, insiste Jarvis: "Google est déjà le distributeur de contenus incontournable du Net". La distribution échappe déjà aux journaux: leur audience sur le Net dépend de plus en plus des moteurs de recherche et passe de moins en moins par la sacro-sainte "Une".

Puisque c'est le contenu plus que le site web qui compte ("si l'information est importante, elle saura me trouver") laissons donc Google, les agrégateurs et les réseaux sociaux s'occuper de leur métier: la technologie et la distribution. Logique? Révolutionnaire! "Cessons donc de nous différencier par la technologie, mais par le contenu".

Jarvis rebondit en fait sur un commentaire de Bob Wyman, qui travaille chez Google :" Puisque Google est capable d'héberger les journalistes citoyens gratuitement, ils doivent pouvoir le faire également gratuitement pour les journaux (...), ils ont tous les outils nécessaires pour ça."
"Voici mon conseil, journaux ("papers") : Sortez le plus vite possible du buisiness de la fabrication, de la distribution et de la technologie. Eteignez les rotatives. Externalisez les ordinateurs. Externalisez l'editing en Inde ou chez vos lecteurs. Collaborez avec le public. Et, ensuite, demandez vous qui vous êtes. La réponse importe vraiment..." (J.Jarvis)

"Il faut choisir son business, son métier", résume le blogueur. "Le nôtre c'est le journalisme."
L'argent économisé sur la fabrication et la distribution irait donc au journalisme, mais quel journalisme?

Dans un autre post, Jeff Jarvis propose une liste de ce qu'il faut supprimer, alléger ou enrichir dans les rédactions. A lire (et à compléter ici)

(Le résumé en français est ici)

Que préconise-t-il ?

1- Faites ce que vous savez faire bien, et faites des liens vers le reste.


2- Les journalistes doivent accompagner et éduquer les lecteurs et les citoyens pour les aider à remonter leurs propres reportages, témoignages et opinions.


3- Payez des blogueurs.


4- Que restera-t-il aux journalistes, demain? L'investigation notamment. Mais ça coûte cher. D'où l'intérêt d'économiser sur le reste (editing, breaking news, chroniques, technologie...). Mais le journalisme d'investigation est l'un des rares secteurs où les médias doivent pouvoir faire appel aux contributions du public, voire au mécénat.


En résumé: puisqu'il y aura moins d'argent demain dans les médias (moins de journalistes, mais pas moins d'information), devons-nous, comme le suggère Jarvis, prioriser à l'extrême?


Avec une seule question clef: quel est votre métier?

samedi 11 août 2007

City Tools invente le réseau social pour les journaux

Décidément, Internet n'en finit pas de bousculer nos repères. Voici venir un service qui permet aux journaux de se mettre en réseau, de partager des contenus et des petites annonces, et de créer automatiquement des rubriques collaboratives.

"Hub éditorial"

Moyennant un abonnement mensuel (650 dollars, c'est à dire bien moins cher qu'un abonnement à une agence de presse), City Tools offre aux journaux l'accès à un réseau social d'un nouveau genre : chaque éditeur choisit les contenus qu'il met en commun ainsi que ses partenaires éditoriaux. Surtout, il peut créer un service thématique collectif, inviter les autres membres du réseau à y déverser leurs contenus spécialisés. Le réseau peut être fermé (seuls les médias partenaires participent) ou ouvert (tout le monde peut y participer).
C'est une sorte de "hub" éditorial, qui permet aux médias de développer en commun de puissants contenus verticaux et d'aller chercher des marchés de niche.
Par exemple, vous avez besoin de créer un service sur l'économie agricole ou sur les collections de petites voitures, mais vous manquez de contenus. Vos créez le "hub" qui permettra à chacun d'y ajouter ses articles et photos sur ce thème. Tout le monde profitera alors du pot commun.

Le service fonctionne ensuite comme une agence de presse. Chacun se sert et distribue les contenus comme bon lui semble (papier, web, mobile, gratuit, payant...). Pour l'instant, le service ne semble proposer que des textes et photos. Pas encore de vidéos.

Le même système fonctionne avec les petites annonces. Un moyen intéressant, pour les journaux isolés, de créer la masse critique nécessaire pour lutter contre les géants de la petite annonce, sans avoir à vendre leur âme.

Journalisme citoyen local

Mais City Tools va encore plus loin : non content de rassembler les éditeurs, le service s'ouvre également aux internautes, et leur propose de rejoindre la danse. Chaque internaute peut soumettre ses informations. Leur motivation ? Avoir la chance d'être remarqué et publié par les grands journaux participant au réseau social.
Mais pas seulement. Pour éviter que les infos se perdent dans l'océan des news, l'internaute est invité à créer son propre groupe de contributeurs : par localité, par centre d'intérêt (par exemple un groupe consacré au football), ou par association. Le service est, à mon avis, un peu complexe et aride, mais il permet également de publier et partager des infos hyperlocales pratiques.
Ingénieux : l'audience peut créer ses propres listes sur tout et n'importe quoi. Les meilleures films d'action, les quartiers les plus dangereux, les plus beaux acteurs, les meilleurs restaurants dans ma ville... On peut relier les listes entre-elles ou les combiner pour créer des super-listes collectives sur un même sujet. La magie du réseau...
L'idée est passionnante, mais l'interface encore trop floue.

L'alchimie est complexe, mais inventive. Reste à savoir si la magie fonctionnera. Le Washington Post est déjà en train de tester le service.

Un monde poreux

Quel que soit son avenir, ce nouveau concept pose un tas de questions : dans un monde où la "page d'accueil", la force du média descendant, est en train de disparaître au profit de la fragmentation des contenus et de la circulation en réseau d'amis (l'effet Facebook) dans quelle mesure, les médias d'aujourd'hui savent-ils s'ouvrir au réseau ? Comment s'exportent-ils ? Sont-ils capables de se concentrer sur autre chose que leur Une ou leurs rubriques pour créer de nouveaux services sur d'autres plateformes comme MySpace, Netvibes ou Facebook ? Ou, inversement, ouvrir leurs sites à d'autres services ?
Mais comment asseoir son identité éditoriale dans un monde poreux ?

mardi 8 mai 2007

La diffusion mondiale des journaux en hausse de près de 2%


L'objectif de cette étude de l'Association mondiale des journaux (WAN) est de démontrer la bonne santé de ses adhérents. C'est réussi. La presse écrite se porte bien, affirme le rapport "WAN capital market 2007". La diffusion des journaux payants a augmenté de 1,9% dans le monde. En Europe, cependant, cette progression est beaucoup plus limitée : 0,7%. Tandis qu'aux Etats-Unis, la baisse continue : -1,97%.

Le nombre de titre payants a également augmenté de 3,1%. (+5,6% en Europe).

Les journaux du dimanche ont, eux, connu une baisse de 3,4% l'an passé, mais une progression de 15,7% en cinq ans.

De leur côté, les journaux gratuits voient leur diffusion doubler de volume. 40,8 millions d'exemplaires sont désormais distribués dans le monde. L'Europe en tête avec 66% du marché, contre 15% pour les Etats-Unis et 16% pour l'Asie.

Dans les 18 derniers mois, la presse papier a investi 600 milliards de dollars dans de nouveaux équipements d'impression et de production.

Publicité :

- Les journaux représentent aujourd'hui 29,4% du marché publicitaire mondial, contre 37,7% pour la télévision, 12,9% pour les magazines, 8,3% pour la radio, 5,9% pour l'affichage et 5,7% pour l'Internet (en France, la part de marché d'Internet dépasse les 10%). Ce qui fait 42,3% de part de marché pour le papier.
- Les revenus publicitaires des journaux ont augmenté de 4% en un an (3,04% en Europe) et de 15,6% en cinq ans (11,1%). Ces revenus pourraient progresser de 17% d'ici 2010, prophétise l'étude (14,2% en Europe).
Les revenus publicitaires globaux devraient, eux, augmenter de 6,2%. Internet devrait récupérer 20,4% de cette hausse, contre 18,2% pour les journaux et 39,6% pour la télévision.


L'âge des lecteurs :
- 15-34 ans : 31,5% (32,6% en 2002)
- 35-54 ans : 34,5% (34,9%)
- 54 et plus : 34,1% (32,4%)

Sur Internet :

- 44% du temps passé par les utilisateurs sur Internet sont consacrés aux contenus, 33% pour communiquer (messageries mail et instantanées), 5% pour les moteurs de recherche.

- Internet permet d'augmenter l'audience des journaux. Le NY TImes a ainsi augmenté son audience de 12%. 7% pour le Washington Post.

(Télécharger l'étude en Pdf)


Mise à jour : les chiffres de la presse française tombés le 24 mai 2007 sont beaucoup moins rassurants, comme le précise cette dépêche AFP :

"Les ventes de la presse payante française ont reculé de 2,26% en 2006 par rapport à 2005, avec plus de 4,5 milliards d'exemplaires vendus, selon les chiffres rendus publics jeudi lors du 17e Observatoire de la presse, organisé par l'OJD.
Au sein de la presse grand public, les magazines représentent 44,5% des ventes réalisées en France, la presse quotidienne régionale et départementale 36,6%, la presse quotidienne nationale 12%, la presse quotidienne du septième jour (journaux paraissant le dimanche, ndlr) 4,94% et la presse hebdomadaire régionale 1,90%.
La presse quotidienne poursuit son recul, avec une baisse de 1,49%, après un déclin de 1,60% en 2005.
Au palmarès des quotidiens, Ouest France reste en tête avec 761.065 exemplaires vendus chaque jour en moyenne, suivi par l'édition générale de l'Equipe (groupe Amaury, 350.528 exemplaires), le quotidien régional le Parisien (groupe Amaury, 336.337 exemplaires), le Figaro (322.497 ex.) et le Monde (312.265 ex.).
La presse quotidienne nationale baisse de 1,30%, la presse quotidienne régionale et départementale de 1,55%, la presse quotidienne du 7e jour de 0,41% et la presse hebdomadaire régionale de 0,93%.
De son côté, la presse magazine enregistre un recul de 2,90%."
(Source : AFP)

mercredi 7 mars 2007

A lire : "les médias d'information bousculés par Internet"

A lire ou à télécharger (en pdf) le dernier numéro de l'Aquitaine numérique consacré à la révolution du web dans les médias. Les lecteurs de "Demain tous journalistes?" (l'auteur du dossier, Eric Culnaërt, en fait partie) y retrouveront un assez bon résumé des thèses développées sur ce blog depuis plus d'un an.

En voici quelques extraits :

Temps passé sur Internet :

"On observe par ailleurs des usages en consolidation: l’INSEE annonçait en 2006 que le cap était franchi des 25% de Français consultant internet quotidiennement, et le dernier état de la consommation média des Français publié par Médiamétrie//NetRatings comptabilise un temps mensuel passé en ligne en augmentation de plus de deux heures entre décembre 2005 et décembre 2006 :avec un pic à 24 heures en novembre 2006, il a été multiplié par quatre depuis 2002."

Spécificité du web :

"Les palmarès de fréquentation des sites internet placent régulièrement aufeminin.com et doctissimo.fr (sites de presse féminine et santé respectivement), tous deux des pure players sans version imprimée, loin devant tous leurs concurrents issus du papier. Leur force? des contenus spécifiquement taillés pour le web, et la place belle faite à l’expression des visiteurs sur les forums."

Vidéo :

"Un rapport Screen Digest (janvier 2007) évalue à 47% fin 2006 la part des contenus utilisateurs dans la masse explosive de la vidéo en ligne, et table sur 55% à l’horizon 2010, avec un bémol sur lequel on reviendra: cette masse ne génèrera selon les auteurs que 15% des revenus associés à la vidéo en ligne."

"De la même façon que les élections américaines de 2004 ont consacré l’influence des blogueurs, la présidentielle française est en passe de devenir celle de la vidéo en ligne."

Blogs :

"Selon Médiamétrie (novembre 2006), 8,7 millions d’internautes français consultent des blogs chaque mois (soit 30% de plus en un an); ils sont 4,5 millions à y poster des commentaires et 3,6 millions à avoir créé un blog (+60% en un an)"

Modèles économiques du journalisme citoyen :

"Les prédictions 2007 du cabinet Deloitte spécialisé dans les médias font du contenu utilisateur une tendance durable, mais le modèle économique n’est pas celui d’une rentabilité directe, plutôt celui d’un rachat ou d’un adossement à un groupe média classique, une opinion largement partagée par les acteurs les entrepreneurs de l’UGC (user-generated content) eux-mêmes."

Petites annonces :

"Les services de ce type se multiplient en France, un véritable défi pour la presse quand on sait qu’un quotidien comme Ouest France, dont le niveau de rentabilité est inférieur à 5%, en tire 20% de ses ressources"

Gratuit/ payant :

"Début février, on a vu apparaître Congoo.com: l’idée est de proposer à ceux qui désirent de temps à autre accéder en ligne à des contenus d’information payants, de rassembler en un abonnement unique et économique 300 sources exigeant d’ordinaire chacune un abonnement spécifique (...).
"Les stratégies divergent notablement, au moins peut-on observer que le modèle dominant sur internet est celui de la monétisation du trafic par la publicité. Le secteur de la pub sur internet, s’il reste derrière les médias traditionnels, croît en France 5 fois plus vite: l’étude annuelle Internet Advertising Bureau France et TNS Media Intelligence vient de mettre en évidence une croissance de presque 50% du secteur sur 2006; avec plus de 2 milliards d’euros, il atteint 10% de la pub tous secteurs confondus et le nombre de nouveaux annonceurs y a progressé de 27%."

La presse expérimente :

"Les sites d’information en ligne intègrent progressivement quelques outils technologiques, certains majeurs comme la possibilité de se créer un portail personnalisé via RSS (Time Magazine, Wall Street Journal), d’autres plus anecdotiques comme la transposition audio des articles par synthèse vocale (Washington Times, ZDNet) – le site de La Tribune permet aux abonnés d’annoter et de surligner les articles et d’en conserver une sauvegarde ainsi personnalisée. Mais l’évolution majeure réside dans l’ouverture des contenus à la communauté.
Cela se traduit en particulier par la possibilité de commenter les articles (...).
"Les plateformes de blogs s’inscrivent dans la même démarche, avec (...) un bénéfice généralement sensible en termes de contenus et d’audience: Nielsen//NetRatings vient de révéler que les blogs des dix plus grands journaux américains avaient triplé leur audience entre décembre 2005 et décembre 2006, contre une croissance de seulement 10% des sites eux-mêmes."

dimanche 14 janvier 2007

Presse écrite : peut-on croire au retour à l'équilibre ?


Une récente étude (lire l'article ici et ici en anglais) a révélé une halte dans la dramatique chute des ventes de quotidiens aux Etats-Unis. Le lectorat régulier était passé de 47% en 2002 à 44% en 2004, mais ce chiffre n'a plus bougé depuis. Une nouvelle qui, après des années de catastrophisme, a l'air de générer, outre-atlantique, une vague inattendue d'enthousiasme...

Mais aussi en France : jeudi dernier, le président du quotidien français Sud Ouest, Jean Claude Bonnaud, s'est dit "convaincu que la baisse de la diffusion de la Presse quotidienne régionale n'est en aucun cas une fatalité" (lire l'article ici). Le journal local prépare une nouvelle formule pour 2008.

Du coup, on se prend à croire à la fin du déclin. Méthode Coué ou vraie vision ? D'un point de vue purement théorique, l'idée n'est pas complètement irréaliste. La chute relative (tous les journaux ne chutent pas) a peut-être une limite. On peut en effet imaginer que, après avoir perdu un certain nombre de lecteurs, la presse écrite finisse par atteindre un seuil en deça duquel elle ne descendrait pas. Une sorte de noyau dur. Pourquoi ?
Qu'observe-t-on aux Etats-Unis ? Le lectorat quotidien d'Internet est de 22%, contre 44% pour la presse écrite. Or, après une hausse phénoménale (on partait de zéro), la tendance sur le Net est naturellement au ralentissement. En face, la chute des ventes papier a explosé, avant de ralentir puis de stagner. On pourrait donc conclure qu'un équilibre est en train de s'opérer.
On a d'ailleurs quelques exemples de quotidiens lancés récemment sur le marché, qui semblent avoir trouvé leur public.

Tout bon produit se vend, à condition de bien cibler son lectorat, de lui offrir ce dont il a besoin et de concentrer les coûts sur ces objectifs.
Il n'y a donc pas de raison que la presse écrite échappe à cette règle. Il n'y a pas de transfert à 100% du lectorat papier vers le Net. Les usages n'y sont pas les mêmes. Par contre, avec le vieillissement de la population internaute, le lectorat a tendance à se confondre. Il faut donc aujourd'hui cerner les usages plus que les populations.

Et vous, pensez-vous que la baisse de la diffusion des journaux peut être durablement enrayée?

mercredi 20 décembre 2006

Presse locale : comment embrasser la révolution Internet

J'évoquais dans mon précédent post l'analyse d'Antoine de Tarlé, Dga de Ouest France, sur l'attitude de la presse quotidienne régionale face à l'Internet.
Analyse perspicace, mais qui ne répond pas à la récurrente question du "comment on fait".
Les enjeux, et donc les chantiers, sont de taille. Mais ils effrayent les patrons de presse. Le vrai péril n'est pourtant pas niché dans la révolution Internet, mais dans le fait de ne pas appréhender les changements qu'elle impose à leur juste dimension.

- Comment réorganiser les rédactions autour de la production multimédia et notamment de la production vidéo ?

La vidéo est l'avenir de la locale sur le Net.
Comment le prendre en compte sans embaucher des dizaines de reporters télé ?
En révolutionnant l'organisation des rédactions autour de la production multimédia : distribuer des appareils photo/vidéo aux localiers, organiser l'envoi de vidéos par les correspondants locaux, inventer des fonctions de secrétaires de rédaction du web...
Les journalistes locaux (qui sont déjà polyvalents), et les photographes professionnels, sont moins réticents à manier une caméra qu'on ne le pense.

- Comment prendre en compte la volonté des internautes de participer à l'information ?

Cette volonté n'est pas une mode accrochée au phénomène du web2.0. Elle est profonde. Elle peut permettre à la presse locale, qui a l'expérience de l'animation des correspondants amateurs, d'enrichir son contenu et de renforcer ses liens avec la population, sans dépenser des fortunes.
Comment ? En transformant concrètement le média local en média participatif. C'est à dire en organisant cette conversation en profondeur grâce, encore une fois, à une nouvelle organisation au sein des rédactions, et à la mise en place de process de participation sur le Web, animés par la rédaction, et valorisants pour l'internaute.

- Comment créer des communautés ?

Le média local doit (re)devenir média social. Il doit héberger et animer les communautés locales sur le Net. C'est le meilleur moyen de qualifier une audience, d'aller sereinement vers le média à la carte, et de lancer facilement de nouveaux produits innovants sur le Net.
Les internautes doivent avoir envie de venir sur le site du journal pour y trouver l'information utile, mais aussi pour rencontrer d'autres internautes. Il doit donc disposer d'outils pour se présenter aux autres, pour se sentir valorisé, et pour interagir avec la communauté.

Deux règles : l'utilisateur est fournisseur de contenu, mais il est aussi lui-même un contenu.

- Comment prendre en compte toute la dimension d'Internet et générer des contenus spécifiques sans débourser des millions ?

1) En résolvant le problème de la masse critique d'infos locales gratuites adaptées au lectorat du Net : breaking news envoyées par une rédaction intégrée mais aussi par les correspondants locaux, création d'une véritable base de données locales associée à un moteur de recherche, et recrutement de blogueurs, nouveaux correspondants locaux du Web.
2) En organisant, encore une fois, la participation des internautes à l'info locale. Il ne suffit pas d'ouvrir les vannes. Il faut animer.


- Quel modèle payant efficace ?

Dites vous déjà qu'Internet ne fonctionne pas comme le papier.
Ce n'est pas parce que l'on vend un média d'information chez le marchand de journaux, qu'on le vendra également en le numérisant sur Internet.
Cela ne veut pas dire que l'on ne peut rien vendre sur Internet.
- Mais il faudra d'abord régler la question du micro-paiement.
-Il faudra inventer de nouveaux contenus adaptés au web, utiles et exclusifs (donc indispensables...), et payables à la carte en un seul clic.
- Les internautes sont également prêts à payer un abonnement pour de vrais services sur Internet, comme le dating (les sites de rencontre) par exemple, mais pas seulement.
Question : la presse régionale est-elle, sinon organisée, prête à offrir ce nouveaux type de services spécifiques au web ? C'est à dire à créer de nouveaux métiers ?


Et vous, quelles sont vos idées ?

samedi 28 octobre 2006

World digital publishing conference : le temps des travaux pratiques

L'édition 2006 de la World digital publishing conference, qui réunissait depuis jeudi matin à Londres, les décideurs multimedia des quotidiens papier du monde entier, s'est achevée hier à Londres.
Première impression à l'issue de ces deux journées particulièrement denses : la sensation d'un bouillonnement, plus intense encore que lors du congrès mondial des journaux de Moscou en juin dernier.
La presse écrite est désormais pleinement entrée dans la logique du multi-plateformes (papier, TV, radio, Internet, mobile). Aux portes de la France, partout où les journaux se sont engagés de manière audacieuse dans des stratégie Internet et mobile, on ne se demande plus s'il faut se transformer en entreprise multimedia ou pas. On se réjouit de l'être, de s'être éloigné enfin du rivage. Les indicateurs de croissance sont tous au vert dans ce secteur, et porteurs de bonnes nouvelles. On n'est même presque plus perturbé par les vieux démons de la profession : cannibalisation et débat gratuit/payant.
Bref, la conférence avait des allures d'ateliers pratiques, où l'on aurait recyclé le "faut-il y aller ?" en "comment on fait ?".
Au vu de l'incroyable multiplicité des expériences présentées lors de ces deux jours, il y aurait presque de quoi s'angoisser. Par quel bout faut-il donc prendre le problème ? Par quoi commencer ? Tout le journal sur Internet et même plus ? La vidéo, la vidéo et encore la vidéo ? Les réseaux sociaux ? Un Myspace local ? Le journalisme citoyen ? L'intégration des rédactions papier et internet ? Celle des services publicité ? La refonte totale des outils d'édition et de publication ? Les petites annonces ? Du e-commerce ? Les pages jaunes ? Les jeunes ? Les vieux ? De quoi devenir fou.
Bob Benz, general manager of interactive media chez Scripps Newspapers, conseille de ne pas voir trop grand :
"Lancez de petits projets, et observez ce que font les consommateurs et ce qu'ils veulent. Démarrez simplement, limitez l'investissement pour voir ce qui marche et ce qui ne marche pas."
Les autres intervenants, ne disaient pas autre chose : personne n'a la solution. Nous sommes dans l'ère de l'expérimentation. "Personne ne peut connaître le futur", assure Carolyn Mc Call du Guardian. "Il faut essayer".
"90% des innovations qui ont réussi ont démarré en suivant la mauvaise stratégie", précise à son tour Bob Benz. Il faut donc se donner les moyens de pouvoir changer de stratégie en cours de route. Si le projet est trop lourd, il sera difficile de faire marche arrière.

(A propos de l'intervention de Bob Benz, lire également le post de Paid Content)

mardi 24 octobre 2006

Des journalistes papier avec une caméra sur la tête

Le Net est en train de révolutionner le monde de la vidéo. Et c'est la presse écrite qui pourrait être la mieux placée pour participer à cette mutation. Avec son immersion sur le terrain supérieure aux médias audiovisuels, et son réseau de correspondants pro et amateurs, les entreprises de presse devraient investir un maximum sur la vidéo.
C'est ce que fait l'Evening Herald de Plymouth sur son site Internet (ici). Le quotidien régional britanique a équipé l'un de ses reporters d'une caméra utilisée par les policiers pour la surveillance (voir ici la description du matériel).
Il s'agit d'une caméra miniature reliée à une console de la taille d'un gros IPod, qui se glisse au dessus de l'oreille. L'effet d'immersion dans l'événement est total. Même le journaliste finit par oublier qu'il a une caméra. Les images sont brutes, le reporter ne cherche pas à cadrer, il regarde, il vit l'événement. Une exploitation de la vidéo très excitante et abordable pour un journaliste écrit peu habitué à la vidéo.
Le reporter du Herald, Tristan Nichols, est parti en Sierra Leone, où il a utilisé sa "headcam" pour réaliser des interviews et enregistrer en brut les opérations des unités de Plymouth actuellement en exercice dans l'Ouest africain (visionner les reportages ici). A voir une séquence particulièrement marquante, où l'unité tombe dans une embuscade. Décoiffant !
Ce parti-pris de l'image brute et de l'immersion dans l'événément (comme si vous y étiez) est une piste très intéressante pour la presse écrite : peu ou pas d'éditing professionnel, une approche du reportage très naturelle (on oublie la caméra et le bloc-notes) et un rendu brut qui plait aux internautes.
"C'est un travail où l'on peut tout faire soi-même, et où il suffit de se promener au milieu des gens pour faire ses interviews. C'est vraiment le futur", explique Tristan Nichols.
Lorsqu'on les interroge, ces derniers déclarent préférer les vidéos peu retouchées des quotidiens, plus sincères (elles montrent l'envers du décor), plus immersives, plutôt que les reportages édités façon TV proposés en ligne par les chaînes de télévision.

(Sources : Press Gazette et Editors Weblog)

mercredi 11 octobre 2006

Pourquoi YouTube et pas le New York Times ?

Pourquoi Google n'a-t-il pas acheté le New York Times online au lieu de YouTube ? C'est, à mon avis, la vraie question que devraient se poser les patrons de presse après la secousse sismique provoquée par le jackpot web 2.0 de l'année.

YouTube : 12 millions de visiteurs par mois. Le NY Times : 29 millions de visiteurs (un chiffre d'affaires de 832 millions de dollars, et plein de projets).

Susan Mernit le constate sur son blog :
"Si Google cherchait un lieu pour placer ses pubs adwords, ils auraient réfléchi à l'idée de racheter le NYTimes.com. Mais ils ne l'ont pas fait. Et le fait qu'ils aient choisi YouTube montre que le cercueil des médias de masse est déjà au bord de la tombe... (...) Le miracle de YouTube vient du fait que YouTube est une plateforme où la crème (les vidéos générées par les utilisateurs) déborde de la tasse pour être savourée par le monde, pendant que l'entreprise NY TImes est une organisation d'informations qui paie des milliers de journalistes, designers, commerciaux pour créer un contenu d'experts qui dit aux gens ce qu'il faut aimer et penser. Mais ça, c'était le passé."

Les producteurs de contenu n'intéresseraient-ils donc plus grand monde ?
Alors ?

Juste avant l'annonce du rachat de YouTube par Google j'étais en train de préparer un post où je résumais ce qui me semblait être les cinq clefs de l'avenir des médias online de proximité :

- Contenu généré par l'utilisateur
- Profil utilisateur
- Communauté
- Bases de données
- Vidéo vidéo vidéo

Pas de panique, d'accord. Mais il est temps de s'interroger, non ?