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vendredi 28 mai 2010

Mes deux mois avec l'iPad

L'iPad sort aujourd'hui en France après deux mois d'exploitation aux Etats-Unis. Avec un peu moins d'engouement, apparemment. Tandis qu'outre-atlantique la tablette a dépassé en moins de deux mois le million d'exemplaires vendus.


Arrivée de l'ipad en france
envoyé par 20Minutes.

En attendant, j'entends et je lis encore depuis quelques jours les mêmes interrogations autour de la dernière création de Steve Jobs :

1) Est-il utile ou futile ?
2)Au fait ça sert à quoi, à qui ?
3) Va-t-il sauver la presse payante ?

J'ai fait partie des early adopters qui sont allés chercher l'iPad aux Etats-Unis le jour du lancement, début avril. Depuis, je vis avec cette drôle de bête au quotidien.

Dans le cadre de l'agence RevSquare, que je lance ces jours-ci avec un petit groupe d'excellents professionnels (RevSquare est un concept innovant d'agence de consulting, centrée sur la monétisation digitale) nous avons d'ailleurs monté la semaine dernière un petit événement autour de l'iPad.

Parmi nos premiers invités : le patron de RMC Sports, François Pesenti, Arnaud de Saint-Simon, Pdg de Psychologies Magazine, et Frédéric Siterle, ancien patron du Figaro.fr et fondateur du prometteur MySkreen.com, dont la nouvelle formule vient de sortir ce matin.


L'occasion pour nous de revenir sur les mirages et les vraies opportunités de cet outil clivant.

Voici donc quelques réflexions après deux mois d'utilisation intensive.

1- Ce n'est pas un ordinateur. Ce n'est pas un téléphone.
Inutile de le comparer à votre MacBook ou votre iPhone.

L'iPad, c'est effectivement un nouvel outil dans la chaîne ordinateur/ smartphone. Il ne remplace donc pas un ordinateur, encore moins un téléphone même s'il s'apparente à un gros iPhone. Il se place entre les deux.

En fait, si je devais aujourd'hui acheter un ordinateur, je laisserai sans doute mon MacBookPro pour acheter un iMac de bureau que je laisserai chez moi. Et je me déplacerai avec mon iPad. 

En fait, l'important pour moi serait d'avoir accès à tous mes dossiers depuis n'importe quel ordinateur ou tablette et qu'ils se synchronisent instantanément. C'est le stade ultime du cloud computing (l'accès aux logiciels et aux documents via Internet sans passer par votre disque dur), qui en est encore à ses balbutiements. 
Et l'iPad est construit pour le cloud computing.



2- L'iPad, comme les prochaines tablettes des concurrents d'Apple, est donc surtout le chainon manquant dans la panoplie d'outils qui marquera l'ère de la continuité des écrans. 
L'important, demain, ce ne sera pas d'avoir une tablette, un ordinateur ou un iPhone, mais de pouvoir être connecté en permanence avec ses données et de pouvoir interagir avec elles. 
L'iPad est une interface mobile. Pas un ordinateur.

3- Personnellement, comme la plupart des early adopters avec qui j'en ai discuté, je ne me sépare presque jamais de mon iPad. 

Je pourrais m'en passer, mais il a changé mes usages dans bien des domaines.

- Il est très léger, plus léger qu'un Mac Air, et plus petit. Je peux le tenir à la main comme un carnet de notes. J'ai accès à Internet depuis n'importe où, en 3G (via mon téléphone) ou en Wifi.

- Lors de mes rendez-vous, je peux faire une présentation powerpoint à mon interlocuteur en un clic. C'est beaucoup plus agréable et spontané que de le faire avec un laptop.

- Je l'utilise essentiellement pour : consulter et envoyer mes e-mails, lire mes flux RSS via une application qui se connecte sur mon Google Reader, surfer sur le Web, prendre des notes ou rédiger des textes, regarder des vidéos.

- Je ne prends mon laptop que lorsque j'ai besoin de faire des opérations complexes : faire un powerpoint, un tableau excel, écrire un texte sur lequel j'ai besoin de faire beaucoup d'éditing, travailler sur plusieurs documents (l'iPad n'est pas encore multitaches).

- J'utilise également mon laptop pour écrire sur mon blog parce que le navigateur Safari de l'iPad est incompatible avec Blogger, ma plateforme de blogs. De plus, gérer les photos (je ne peux pas uploader de photos sur Blogger depuis l'iPad), les liens, avec Safari n'est pas idéal.


4- L'iPad n'est pas vraiment un livre numérique. En tout cas, ce n'est pas un lecteur passif destiné à la consultation numérique de contenus papier. Dans ce sens, ce n'est pas un clone du Kindle d'Amazon (le lecteur de livres numérique dominant sur le marché). Pour plusieurs raisons.

L'écran est merveilleux pour regarder des photos ou des vidéos. La qualité est excellente. Surprenante, même. Il est également vraiment adapté à la lecture  des bandes dessinées.

Par contre:
- il est rétro-éclairé (ce qui n'est pas le cas du Kindle). Les yeux fatiguent donc très vite. Je peux lire un article sur le Net, mais pour un livre, je suis obligé de reposer mes yeux au bout de quelques minutes.
- en plein soleil ou à la lumière, il y a énormément de reflets (et de traces de doigts!), ce qui perturbe la lecture. Impossible de lire plus de 5mn au soleil.

5- Je ne l'utilise donc pas pour lire des journaux ou des magazines en e-paper.

Je les ai pourtant tous testés. LeMonde.fr, Les Echos.fr, Paris Match, GQ...

Transposer un magazine ou un journal sur l'iPad, comme s'il s'agissait de papier électronique est une erreur. Ce n'est pas fait pour ça. Même en implantant des mini-readers dans la feuille.

Les seules applications efficaces sont celles qui sont conçues pour l'iPad et proposent une vraie expérience d'utilisation: on joue avec les fonctions tactiles, on a accès au Net, à des infos en temps réel, à une mise en scène adaptée à l'écran, une mise en écran tactile plus qu'une mise en page.

6- Par contre, la meilleure application, c'est le navigateur Internet.
Ce qui change beaucoup de chose par rapport à l'iPhone.
La plupart des applications médias de l'iPhone se justifient parce que la navigation web n'est pas évidente. Il est plus facile de circuler sur l'appli du NYTimes que sur son site mobile.

Sur l'iPad, c'est le contraire. J'ai plus de contenus et de souplesse sur le site web du NYTimes, consulté via le navigateur de l'iPad, qu'avec l'application.

Pas simple pour les médias...


Lors de la rencontre RevSquare de la semaine dernière, le contraste était révélateur : 

RMC Sport, qui est structurée comme une agence multimédia, va lancer son appli iPad en juin prochain: "L'AppSport". Le résultat ressemble à un magazine nouvelle génération, mais complètement adapté à l'iPad, avec du contenu photo, vidéo et live. "Produire pour l'iPad ne nous coûte presque rien", car les journalistes de RMC Sport sont organisés pour produire en continu des contenus digitaux vidéo (pour BFM-TV), radio (pour RMC), et photo + texte (pour les médias en ligne du groupe). Ils produisent même des guides papier vendus en kiosque...



A l'inverse, Arnaud de Saint-Simon, qui avait organisé une journée iPad pour le Syndicat de la presse magazine, nous expliquait que produire pour l'iPad, sauf à reproduire l'imprimé sur l'écran, coûterait très cher aux magazines, "car il faudrait complètement modifier notre organisation". Une organisation tournée d'abord vers le print.


A lire sur Business Insider, une petite étude qui montre la différence d'usage entre les possesseurs d'iPad et d'iPhone. C'est plutôt encourageant. Elle positionne l'iPad davantage comme un reader et un outil de productivité.



 7- Mes applications favorites


- Evernote : le parfait exemple de la continuité des écrans. Je prends des notes sur mon iPhone, mon iPad, ou mon ordinateur. Je les retrouve instantanément sur tous les écrans.

- Wired: encore imparfait et un peu trop CD-Rom. Mais il y a eu un vrai effort de réalisé pour faire de l'appli du célèbre magazine américain une expérience digitale originale sur écran tactile.

- La suite bureautique d'Apple : un traitement de texte (Pages), un tableur (Numbers) et un powerpoint-like (Keynote).

- FeeG+: Un lecteur de flux RSS qui se branche sur Google Reader et propose une vraie appli média d'agrégation. Inutile de télécharger les applications de vos médias favoris, tous leurs contenus peuvent être réunis dans ce programme!

- Twitterrific: Pour l'instant, un des meilleurs clients twitter sur iPad.

- BFM-TV: une vrai télé de poche et des reportages à la demande. Avec un bon système de partage.

- Adobe Ideas: un outil intuitif pour faire des croquis.

8- Celles que j'aime le moins : 

- LeMonde.fr et Les Echos: ce sont de simples Pdf adaptés à l'iPad.

- Le Figaro. L'appli est incompréhensible: une sorte de cube que l'on manipule sans que l'on saisisse vraiment pourquoi. Tous les contenus sont payants. Alors qu'ils sont gratuits via le site Internet, accessible depuis le navigateur iPad !

(A lire également : le témoignage et l'analyse de Mémoires Vives sur l'iPad.)

mercredi 7 avril 2010

IPad: premières impressions d'un "early adopter"


Comme certains d'entre vous ont pu le voir sur Twitter, ou sur certaines chaînes de TV (je n'ai pas trouvé les liens vers BFM-TV, si vous avez..., merci RichardTrois pour le lien) et de radio, j'ai eu la chance de pouvoir me rendre à New York le jour du lancement du iPad, avec l'ami Geoffrey La Rocca de RMC.

Je ne vais pas m'étendre sur le déroulé des événements. De nombreux compte-rendus ont déjà été faits. Je retiens simplement l'étonnante capacité qu'ont les Américains de faire du lancement d'un produit un moment de fête.  Mais surtout le professionnalisme d'Apple. Il y avait certes moins de monde que prévu, mais l'excellente organisation a permis d'éviter les bousculades et l'attente (moins de 20mn pour être servi après l'ouverture des portes). On aime ou on n'aime pas, mais j'ai pris une belle leçon de marketing.





1) Sauveur de la presse écrite ?

Premier constat, après de nombreuses heures de prise en main: l'iPad ne va pas sauver la presse écrite.


L'idée que la sortie d'un e-book allait brutalement changer les usages, c'est à dire faire oublier aux lecteurs quinze ans de navigation libre sur le web pour revenir au format traditionnel du magazine dans le même environnement fermé que jadis, était évidemment naïve.

Elle parait encore plus saugrenue une fois que l'on a eu la tablette en main.

Certes, les premières applications presse que j'ai pu tester pourraient être améliorées.
Je passe rapidement sur celle du Monde, simple Pdf porté sur e-paper, ridicule et inutile. Celle de Paris Match est dans le même esprit: on reproduit le magazine, à l'identique, sur iPad. Time Magazine fait pire: chaque e-magazine est venu plus de 4$!

La plus réussie jusqu'ici, est l'application du Wall Street Journal. Les éditions du jour sont payantes, mais on peut consulter gratuitement une édition "live". L'expérience est plutôt agréable. L'appli reprend l'architecture d'un journal traditionnel, ce qui se marie plutôt bien avec le format de la tablette, et remplace généreusement les photos par des vidéos. Ce qui donne la drôle d'impression de se retrouver devant le Daily Prophet, le fameux journal papier de Harry Potter, dont les photos sont animées.

Seul hic: la navigation web avec Safari est très agréable et n'a rien à voir avec celle sur iPhone. Ce qui réduit l'intérêt de l'application. Pour l'instant, il est presque plus intéressant d'aller sur le site du NY Times...



...que sur son application iPad.



Pour nous ramener vers leurs applications, les médias devront donc sérieusement travailler leurs interfaces, afin d'offrir une expérience utilisateur vraiment compétitive.
Sans doute devront-ils envisager les applications comme des hors-séries, des packaging "jetables", plutôt que comme des médias tout en un. Et faire appel à des game designer (les professionnels du jeu vidéo).

A ce titre, l'application d'AP, présentée comme un album photo/vidéo, est déjà beaucoup plus ambitieuse (même si je la trouve est assez ratée, par ailleurs).



2) L'avenir des appli média est là:


Parmi la première livraison, les applications média les plus intéressantes étaient les agrégateurs.


- Newsrack, par exemple, se branche sur votre compte Google Reader pour télécharger tous vos flux RSS. L'interface, sans être révolutionnaire, est claire et agréable, avec des outils de partage et la possibilité de "sortir" pour aller sur Internet.



Je peux y lire mes blogs favoris, mais aussi les sections du NY Times et du Monde qui m'intéressent.
C'est devenu la première application que j'ouvre sur mon iPad.


- StumbleUpon: il s'agit de l'application du service du même nom, que vous connaissez peut-être déjà sur Internet. Ce méta-média s'appuie sur ce que partagent les utilisateurs pour proposer une sélection de news, de photos, de vidéos et de billets de blogs.



- Early Edition: présente vos flux RSS sous la forme d'un journal dont on tourne les pages.



On le voit bien, si l'ergonomie de l'écran nous ramène au format magazine, cela ne veut pas dire que les médias papier sont avantagés. Rien n'empêche de présenter une sélection de contenus venus de plusieurs médias en ligne et de les présenter dans une interface ergonomique à la manière d'un journal ou d'un livre.

L'iPad est finalement plus une nouvelle façon d'aborder les contenus qu'un e-book au sens où on le comprenait jusqu'ici.


3) Mais à quoi va servir l'iPad ?

L'expérience utilisateur de l'iPad est vraiment incroyable. Les actions sur l'écran tactile sont fluides, agréables, l'expérience est à la fois sensuelle et intellectuelle.
Alors, oui, on peut le voir comme un objet hybride, difficile à situer entre notre smartphone et notre ordinateur portable. On peut le voir comme une gadget de trop.
Mais on peut aussi le voir comme une nouvelle façon d'aborder l'ordinateur, les médias, et le réseau.
Comme l'explique très bien Steven Levy dans Wired, cela fait des années que les interfaces des ordinateurs n'ont pas évolué. Alors que le web a bouleversé nos usages, nous avons conservé notre vieille façon d'utiliser un ordinateur: un clavier, un écran, des logiciels, des fichiers, des prises de connection (USB, Hdmi...), des lecteurs de BlueRay, de DVD venus remplacer le lecteur de disquette...

L'iPad ne va sans doute pas assez loin, on peut penser que la vision de Google du cloud computing (logiciels directement en ligne) et du réseau devrait ringardiser l'écosystème des applications installées sur la tablette. Nous verrons. Mais l'outil nomade tactile révolutionne déjà l'antique ordinateur. C'est une première étape. Et c'est la principale innovation de l'iPad: Plus qu'un e-book ou un mini-lecteur de médias, la tablette d'Apple est un "ordinateur" nouvelle génération.



Très léger, nomade (10 heures d'autonomie!), proposant une qualité d'image fantastique, l'iPad me permet certes de télécharger et de consommer des médias (livres, films, photos, jeux...) mais surtout de produire et de partager. Je peux écrire des textes, travailler sur des tableurs ou des présentations, retoucher mes photos, faire ou d'écouter de la musique, dessiner, prendre des notes, partager mes fichiers, régler mes achats...

A ce titre, le clavier tactile est une merveille d'ergonomie. Zéro défaut!
Personnellement, je laisse désormais mon Macbook Pro chez moi et ne me déplace qu'avec mon iPad.


4) Un outil incomplet

Dans cette optique, d'ailleurs, l'iPad est loin d'être parfait. Et même assez frustrant.

- L'écran: Il est agréable, certes, mais il se comporte assez mal au soleil. Trop de reflets. Lire un livre en pleine lumière est assez fatiguant. Même dans l'obscurité, l'écran rétro-éclairé abime les yeux, contrairement au Kindle.

- La portabilité des applications iPhone: Elle est présentée comme un atout. En fait, vous vous rendre vite compte qu'elle ne présente pas beaucoup d'intérêt. Le clavier devient ridiculement petit, et la résolution est médiocre.

- Pas de multi-taches: Devoir jongler entre les appli est vite frustrant. C'est un vrai handicap.

- Pas de connection usb: Une lacune qui limite l'utilisation de l'objet comme un nouvel ordinateur portable (même si on peut le connecter à un ordinateur). Partager ses fichiers est possible (une fonction d'iTunes vous permet d'importer vos documents Word ou Excel par exemple), mais il est très compliqué de les faire naviguer entre les différentes appli. Encore un handicap qui milite pour le Cloud Computing.

- Le prix des applications : On tourne en moyenne autour de 9$ l'appli. Deux à trois fois plus cher que sur iPhone. Les livres sont assez cher aussi: premier prix à 9,9$. On trouve parfois la version papier pour moins cher!

- L'absence de webcam. Frustrant, à l'heure de Chatroulette!

- L'absence de flash: La lecture des sites Internet est sérieusement limitée. Même si de plus en plus de médias abandonnent la technologie flash pour pouvoir être lus sur iPhone et iPad.
Plus généralement, il y a encore des progrès à faire avec le navigation web. Je n'ai pas pu rédiger mon billet depuis l'iPad par exemple. L'interface de Blogger présente de vrais problèmes de compatibilité.

D'ailleurs, l'ergonomie particulière de l'iPad (tout sur un écran, absence de scrolling vertical, pas de flash, la dimension tactile) va certainement bouleverser la façon dont nous concevrons, demain, nos sites web.

D'ici là, j'attends les prochaines versions. Et les tablettes des concurrents. On verra alors si les 300.000 ventes du week-end se transformeront en ras-de-marée. Et si l'iPad est bien la première étape d'une révolution des usages.

- Pour aller plus loin: Je vous conseille la sélection de liens d'AFP Médiawatch.
- Les photos et les captures d'écran sont de moi.

mercredi 31 mars 2010

Les mirages de l'iPad


Qu'on ne s'y trompe pas : je serai l'un des premiers à faire la queue pour acheter l'iPad à 9h, samedi à New York.
Un produit créé par un homme qui est à l'origine de 4 révolutions des usages , ne peut pas être boudé. Steve Jobs est en effet le créateur du Macintosh, de l'iPod, de l'iPhone. C'est même lui qui a "fait" les studios Pixar.
Bref. Quand Steve Jobs sort un nouveau jouet, il n'est pas naïf de se dire qu'il a peut-être encore mis le doigt sur le point de rupture d'une nouvelle révolution.
Mais de quelle révolution parle-t-on?
Depuis la présentation de l'iPad lors de la dernière keynote, une sorte de frisson irrationnel parcourt la sphère des médias traditionnels: avec l'iPad, les non acheteurs de journaux et de magazines papier vont enfin se remettre à acheter nos produits.
J'ai même entendu (de mémoire): Le web, c'est fini. C'était un mauvais cauchemar. Nous allons pouvoir nous remettre au travail comme avant et vendre nos journaux. Le iPad, c'est le nouveau kiosque à journaux.

C'est tout le mal que je leur souhaite. Pas plus que vous je ne m'amuse du fameux "Papercuts" qui, faute de financement (et d'innovation) jette sur le pavé des milliers de journalistes aux US. En France, je rencontre de plus en plus de rédac-chefs papier en recherche d'emploi, de réductions d'effectifs dans les rédactions, de désarroi face à une révolution qui bouleverse les modèles sans apporter de solution économique viable.

Soit.
Je suis également impressionné par la démonstration de Sports Illustrated, ou par celle de Wired, un peu moins par celle de VIV, qui me fait penser à nos bons vieux CD Rom...

Je suis convaincu que les perspectives de micropaiement offertes par le système iTunes sur iPhone (et demain sur iPad) ouvrent une nouvelle voie pour faire payer les utilisateurs.

Je trouve également passionnant le succès (aux US) du Kindle d'Amazon: 35% des livres achetés sur Amazon sont des e-books. Ce qui est énorme. Et prouve que la digitalisation de la lecture est désormais irréversible.

On se dit que pour les journaux, l'équation serait idéale, inespérée: même si Amazon et Apple se prennent une belle commission sur les ventes, les quotidiens économiseraient le coût de la fabrication et de la distribution (soit une économie de 60 à 70%).

Sauf que...

1- Un livre n'est pas un journal. L'usage est différent. Le contenu est différent, évidemment. Mais l'usage, surtout, est différent.
Demandez vous pourquoi la vente de la version e-paper du journal Libération sur iPhone, pourtant simplifiée par le micro-paiement iTunes et une belle interface, ne marche pas. Et je ne parle pas de la future appli du Monde, sur le même modèle.

2- Il y a de plus en plus d'applications de médias. Nous passons de l'infobésité (trop d'infos) à l'appli-bésité (trop d'applications iPhone). Trop d'infos= besoin de tri. Il sera difficile de vendre un quotidien ou un magazine tout-en-un comme avant à des lecteurs habitués à picorer les contenus au fil de la journée, au fil des suggestions de leurs twitter, facebook (qui a dépassé Google News en renvoi de trafic), netvibes... Dans la Top List des applications iPhone, on voit de plus en plus d'agrégateurs d'infos qui sélectionnent les meilleurs contenus des sites et des journaux. Des sortes de Google News pour iPhone...

3- Le marketing des applications iPhone va ressembler de plus en plus à celui de l'édition des livres ou des jeux vidéos: si vous voulez vendre votre appli, vous devez la placer dans le Top10 dans les 3 première semaines. Sinon elle tombera dans les limbes de l'Appstore. Vous devrez également placer votre produit sur d'autres appli, sous forme de pub, ou d'appel contextualisé par exemple, pour essayer de tenir le plus longtemps possible. Ce phénomène va aller en s'accentuant.

4- La vraie révolution de l'iPad (et de l'iPhone), est bien celle de l'interface. Nous sommes passés de l'ère du site web, à celle du portail, puis à celle de l'info liquide. Les supports nomades tactiles signent le retour de l'interface. Une interface qui ressemble à la "vraie vie", qui nous rapproche des gestes quotidiens... Le quotidien "The Sun" ne se trompe pas quand il compare le papier à l'iPhone dans cette vidéo parodique.
Ce n'est en effet pas tant le contenu que l'on va vendre, que l'usage appliqué à ce contenu facilité par l'interface.

5- Sauf que l'iPhone et l'iPad sont des outils connectés.
Ce qui nous ramène à l'info liquide, en live, hyperdistribuée sur les médias sociaux. Mais à travers une expérience utilisateur révolutionnée par l'interface.

6- Cela veut dire que:

- Ce ne sont pas les journaux ou les magazines portés sur e-paper (avec des vidéos et une architecture CDrom) que l'on va vendre, mais des interfaces agréables et élégantes qui donneront un accès de qualité (expérience, valeur ajoutée, tri...) à une information en réseau.
- La durée de vie de ces appli va faire que ces interfaces risquent d'être "jetables", le contenu restant liquide, et qu'elles devront être en permanence packagées et repackagées, comme on le fait aujourd'hui pour des hors-séries et les verticaux.
- Il faudra penser ces interfaces tactiles connectées comme des produits en soi, qui tirent parti de ce nouvel environnement. Et pas simplement faire un portage du papier à l'iPad, ce serait reproduire l'erreur des journaux dans les premiers temps du web.
- Il faudra notamment recruter des game designers, ces professionnels de l'expérience utilisateur dans le jeu vidéo.

7 - Si la presse écrite ne fait pas ça, si elle ne comprend pas quelles révolutions des usages entraînent le succès des smartphones et des tablettes tactiles (posez vous la question: qu'est-ce qu'un produit d'info sur un device tactile nomade en réseau?), d'autres le feront. Et prendront la place des leaders, comme les pure-players l'ont fait sur le web.

Bref, l'i-Pad sauvera peut-être la presse, si la presse arrête de s'accrocher à ses anciens modèles.

jeudi 12 novembre 2009

Médias : le web sert-il vraiment à quelque chose ?


A entendre quelques patrons de médias au fil de mes rencontres ou interventions en conférence, c'est le sentiment qui domine. Puisqu'il semble acquis (sic) que le web ne servira pas à financer les budgets déficits des journaux ou les budgets des télés, ni même à remplacer le modèle, j'ai la nette impression que la tendance en France dans les médias est au repli. Et qui dit repli, dit pas d'investissement véritable. Pire: pas d'innovation. No future le web ?

Ce que j'entends :

1) "Il n'y a pas de modèle économique viable pour les médias sur Internet. Un visiteur unique rapporte dix fois moins qu'un lecteur. "

2) Donc : "Ne perdons pas d'argent sur le web, il n'y aura pas de retour sur investissement. Le web reste un complément, mais n'a pas à être au coeur de la stratégie."

3) Ce n'est pas nouveau mais ça revient très fort: "Tout ça c'est la faute à Google qui se fait de l'argent sur nos contenus. Google doit payer." Ou: "On va bloquer Google qui ne pourra plus indexer nos infos".

4) "Le Kindle d'Amazon c'est l'avenir de la presse écrite: Il faut juste attendre que ça se démocratise et on pourra à nouveau vendre nos journaux sur Internet."

5) "Le mobile est un réseau beaucoup plus viable que le web: il y a de vrais espoirs de modèles économiques puisque l'on peut faire payer les gens sans douleur, comme sur iTunes".


La réalité:

1) No pub ? Il y a plusieurs idées reçues et contre-vérités dans ce message.



- Oui, si l'on compte en visiteur unique, en passant du lecteur à l'internaute, la recette annuelle est divisée par 20.

- Non, si l'on compte en pages vues. Les calculs d'Olivier Bonsart de Ouest France montrent qu'une page sur le web rapporte plus qu'une page papier. Le problème c'est le trafic, pas assez important. Ce qui ne résout pas le problème, mais permet au moins de relativiser.

- La pub traditionnelle sur Internet est ringarde et inintéressante. Les agences et les régies pub bloquent sur ce modèle (le fameux "display") depuis des années et n'ont pas fait leur révolution, alors que de plus en plus d'annonceurs sont aujourd'hui prêts à se bouger. Il y a encore énormément à expérimenter sur Internet: transformer les marques en média, jouer les médias sociaux, faire du participatif maîtrisé, faire du clef en main, inventer inventer inventer. Mais qui osera bousculer les toutes puissantes agences ?

2) No future ? Arrêtons de considérer Internet comme un média.



Internet est une manifestation du réseau digital, dans lequel nous devons aujourd'hui inclure le mobile. Les médias doivent se mettre en réseau, mettre la digitalisation des contenus et des process au coeur de leurs stratégies. Et envisager les modèles économiques comme un ensemble. Considérer le réseau comme un accessoire, c'est signer son arrêt de mort, son bannissement de la sphère du consommateur et de l'annonceur.

3) No Google ? En 2009, la presse se cherche encore des coupables. Au lieu de s'inspirer du modèle Google, elle en fait un bouc-émissaire.



Ce mois ci Ruppert Murdoch (Wall Street Journal, Fox...) a menacé Google de ne plus rendre les contenus de ses médias accessibles par le moteur de recherche, qu'il traite de pilleur. Réponse de Google : pas de problème!
Suicide mode d'emploi...

4) No free model ? Autre option, très "Murdoch Style" aussi: faire payer les contenus actuels. Aucun modèle grand public ne fonctionne réellement, mais tout le monde en parle. Tout le monde travaille dessus. C'est évidemment très compliqué. Même Murdoch temporise...



Ce n'est pas le principe du payant qui pose problème. On peut faire payer des tas de choses sur le web, à commencer par des services. Le problème, c'est de vouloir faire payer l'info: dans un environnement où toute info est publique et accessible gratuitement (chez l'émetteur de l'info ou ailleurs) en 30 secondes, quelle est la valeur de l'info ? Que faire payer ?

En France, j'ai vu passer des projets, parmi les sociétés de journalistes, qui me font hurler de rire frémir: "Les éditeurs de presse pourraient s'accorder, au sein des associations professionnelles nationales et internationales, pour renoncer collectivement à la gratuité de l'information en ligne." Help !



La solution finale (si j'ose dire) ? Le e-paper. Là, c'est sûr, les gens vont enfin acheter le journal!
Pour preuve: le succès du Kindle d'Amazon (très relatif, aucun chiffre n'est disponible), lancé récemment en France.
Miracle en vue ?
Le problème est encore celui de la valeur de l'info, donc de son prix. La valeur d'une info, même présentée sous la forme d'un journal traditionnel sur un écran agréable, n'est pas comparable à celle d'un livre numérique dont le contenu reste (pour l'instant) difficilement soluble sur le réseau .

5) No web ? Ah, le iPhone! Le graal des patrons de médias ! D'abord parce qu'ils ont enfin entre les mains un objet qu'ils comprennent. Le iPhone est à l'Internet ce que la Wii a été au jeu-vidéo. C'est l'émergence d'une économie des "casual" internautes. Tout le monde comprend la Wii, même les séniors.



Le mobile va en effet bouleverser l'écosystème de l'info parce qu'il accélère les logiques du réseau, mais aussi parce que l'outil est beaucoup plus proche de l'utilisateur, beaucoup plus accessible que l'ordinateur.
Il est vrai que les mobinautes paient facilement les applications iPhone. Pour autant, ce n'est pas un modèle en soi, ni un modèle unique.
Et les usages mutent à vitesse Grand V sur le mobile. Pour l'instant, une appli par média. Demain: à nouveau les agrégateurs ?

Et vous, vous en pensez quoi ?

dimanche 19 juillet 2009

La note Matthew Robson (traduction française intégrale): ce que pensent les jeunes des journaux, de la télévision... et de Twitter


"Ce que pensent les ados": ils seraient nombreux à payer cher pour entrer dans la tête de ces "futurs consommateurs", à l'heure où le marché des médias est en pleine révolution, et qu'il valse encore entre le big crunch et le big bang...

C'est sans doute la raison pour laquelle Matthew Robson est devenu, en quelques jours, une vraie star chez les décideurs.
Ce jeune stagiaire de 15 ans et demi a pondu une note sur les habitudes de consommation des adolescents, pour la banque d'affaires Morgan Stanley, qui a décidé de la diffuser.
Depuis, le document a été publié en Une du Financial Times et a créé autant de polémique que d'enthousiasme (lire aussi l'article de Challenges)

Que nous dit cette note (téléchargeable ici en anglais)?

1- Les ados (environ 300 connaissances interrogées par Matthew lors de son enquête) ont le culte de la gratuité
2- Ils utilisent beaucoup leur téléphone mobile
3- Ils sont de plus en plus sélectifs devant la télévision...
4- Et ils n'aiment pas Twitter!

Je vous propose une traduction intégrale en français de ce document ( à mettre en parallèle, avec cette autre étude, relayée également sur ce blog en 2007).

Matthew Robson:
"Comment les adolescents consomment les médias"


Radio:

La plupart des ados ne sont pas des auditeurs réguliers. Ils la mettent de temps en temps, mais ils ne recherchent pas d'émission en particulier.
La principale raison pour laquelle les ados écoutent la radio: c'est la musique. Mais aujourd'hui avec les sites de streaming gratuit ils s'en fichent, puisque des services comme last.fr le font sans pub, et que les utilisateurs peuvent choisir les morceaux qu'ils veulent au lieu d'écouter ce que l'animateur ou le Dj a choisi pour eux.

Télévision:
La plupart des ados regardent la télé, mais il y a des moments dans l'année où ils la regardent plus que d'habitude. Ceci parce que les programmes fonctionnent par "saisons": ils regardent donc un programme à un certain moment pendant quelques semaines (aussi longtemps que le programme dure, en fait), mais ils peuvent ne plus regarder la télévision pendant des semaines une fois que le programme est terminé.

Les garçons regardent plus la télé pendant la saison de foot: en général deux matches et une émission sur le sujet par semaine (5 heures de visionnage au total).
Certains regardent des programmes réguliers (comme les soap operas), environ cinq fois par semaine pour une demi-heure, mais cette part est en baisse, parce qu'il est difficile de trouver du temps chaque jour.

Les ados regardent aussi moins la télévision depuis l'arrivée de services comme BBC iPlayer, lequel leur permet de regarder les émissions quand ils le veulent.

De plus, quand ils regardent la TV, ils doivent subir de nombreuses publicités (18 minutes chaque heure) et les ados ne veulent pas les regarder. Alors ils zappent ou font autre chose pendant la pub.

La majorité des ados à qui j'ai parlé utilisent Virgin Media comme bouquet de chaînes à cause des prix plus faibles et d'un contenu similaire à Sky. Une petite part d'entre eux a "Freewiew" mais ce sont de faibles consommateurs de TV (1h30/semaine), ils n'ont pas besoin des centaines de chaînes proposées par les autres.

Journaux
Aucun des jeunes que je connais ne lit un journal régulièrement: la plupart n'ont pas le temps et ne veulent pas le perdre à lire des pages et des pages de texte quand ils peuvent avoir un résumé de l'info sur Internet ou à la TV.

Les seuls journaux qui sont lus sont les tabloids ou les gratuits (Metro, London Lite...) en général à cause du prix: les ados sont très réfractaires au fait de payer pour un journal (d'où la popularité de gratuits comme Metro). Ces dernières semaines The Sun a baissé son prix de 20p, et j'ai vu de plus en plus d'ados le lire.

L'autre raison pour laquelle les tabloids sont préférés aux autres c'est que leur format compact rend la lecture plus facile dans le bus ou le train. C'est particulièrement vrai pour Metro qui est distribué dans les bus et les trains.

Jeux vidéo
Loin du stéréotype du joueur vu comme un jeune garçon, l'émergence de la Wii sur le marché provoqué l'arrivée pléthorique de joueuses filles et de très jeunes (6+) joueurs.
La console la plus utilisée est la Wii, suivie par la XBox360, puis la PS3. La plupart des ados possesseurs de console ont tendance à faire de longues sessions de jeu (plus d'une heure) plutôt que des petites parties.

Comme les consoles sont connectées à Internet, le tchat vocal est désormais possible entre les utilisateurs, ce qui a un impact sur l'utilisation du téléphone. On peut parler gratuitement avec sa console, ça pousse donc les jeunes à ne plus vouloir payer pour téléphoner...

Par contre, les jeux PC tiennent une très petite place, voire pas de place, sur le marché des ados. Sans doute par que la plupart des jeux sont disponibles sur toutes les plateformes et que pour qu'un jeu fonctionne à pleine capacité sur un PC il faut un ordinateur puissant, et donc cher.
De plus, le piratage est plus facile sur PC: on peut télécharger les jeux gratuitement, plutôt que d'acheter le jeu. En comparaison, il est quasiment impossible d'obtenir gratuitement un jeu sur console.

Internet
Tous les jeunes ont un accès à Internet, à l'école ou chez eux. A la maison, Internet est surtout utilisé pour le fun (comme les réseaux sociaux), tandis qu'à l'école (ou à la bibliothèque) il est utilisé pour le travail.
La plupart des jeunes sont très actifs sur plusieurs plateformes de réseaux sociaux en même temps.
Facebook est la plus utilisée: la plupart de ceux qui ont Internet y ont un compte et le visitent 4 fois par semaine. Facebook est populaire parce qu'il permet un interaction à grande échelle avec ses amis.
Par contre, les ados n'utilisent pas Twitter. La plupart ont créé un compte, mais ils laissent tomber le service quand ils se rendent compte qu'ils ne vont pas le mettre à jour (surtout parce qu'ils préfèrent envoyer des sms vers leurs amis que vers Twitter avec leur forfait).
De plus, ils se rendent compte que personne ne regarde leur profil, donc leurs "tweets" n'ont aucun intérêt.

En dehors du social networking, Internet est surtout utilisé comme source d'information pour différents sujets. Pour chercher sur le web, Google est l'outil le plus utilisé: tout simplement parce qu'il est connu et facile à utiliser. Certains ados achètent sur Internet (sur des sites comme eBay), mais dans un faible pourcentage, parce qu'il faut une carte de crédit pour payer et que la plupart des ados n'en ont pas.

Enfin, de nombreux jeunes utilisent YouTube pour regarder des vidéos (en général des "anime" japonais qu'il ne peuvent voir nulle part ailleurs), d'autres comme un lecteur de musique avec de la vidéo, pour écouter de la musique en fond.

Annuaires
Les ados n'utilisent jamais les vrais annuaires (comme les pages jaunes). Notamment parce qu'ils présentent des services comme les promoteurs immobiliers ou les fleuristes, qui ne leur servent à rien. Ils n'utilisent pas non plus les services de renseignement de type 118 parce qu'ils coûtent cher et que l'on peut trouver la même info gratuitement sur Internet juste en cherchant sur Google.

Marketing viral et affichage publicitaire
La plupart des ados adorent le marketing viral, parce que les contenus sont en général intéressants et amusants. Par contre, ils trouvent les pubs sur les sites Internet (bannières, pop-up) ennuyeuses et sans intérêt, ils ne leur prêtent aucune attention et ils les reçoivent tellement négativement que personne ne les suit.

L'affichage publicitaire ne suscite pas beaucoup d'intérêt chez les jeunes, mais parfois il crée un débat (comme par exemple avec les pubs Benetton). La plupart des ados ignorent les panneaux publicitaires traditionnels parce qu'ils les voient partout et que, généralement, les pubs ne leur sont pas destinées (sauf pour les films).
Cependant, des campagnes comme celle de GTA IV (un jeu vidéo, NDLT), avec les personnages peints sur la façade d'un immeuble, créent de l'intérêt parce qu'elles sont différentes et qu'elles poussent les gens à s'arrêter et à penser à la pub, les incitant peut-être à aller plus loin.

Musique
Les jeunes écoutent beaucoup de musique, en général tout en faisant autre chose (comme voyager ou utiliser leur ordinateur). Ce qui fait qu'il est difficile de savoir quelle est la part de leur temps utilisée pour cette activité.
Ils sont très réfractaires au fait de payer pour la musique ( la plupart d'entre eux n'ont jamais acheté un CD) et une grande majorité (8/10) télécharge illégalement depuis des sites de partage. Sinon, pour pour avoir de la musique gratuitement et légalement, ils écoutent la radio, regardent les chaînes musicales (pas très populaire: ces dernières ne diffusent de la musique qu'à certains horaires, qui ne sont pas toujours compatibles avec ceux des ados) et utilisent les sites de streaming (comme je les mentionné plus haut).

Presque tous les jeunes veulent avoir une copie de la chanson (un fichier qu'ils peuvent garder sur leur ordinateur et utiliser quand ils le veulent) pour pouvoir la transférer sur leur baladeur et le partager avec leurs amis.

Les outils utilisés pour écouter la musique varie selon le niveau social: les ados issus de familles aisées ont un iPod, les moins riches se servent de leur téléphone portables. Certains utilisent les deux, et il y a toujours des exceptions à la règle.

Certains vont sur iTunes (en général combiné avec leur iPod) pour acheter leur musique légalement mais, encore une fois, c'est impopulaire chez les ados en raison du prix élévé (99 centimes).

Certains utilisent plusieurs sources pour leur musique: parce que le son est meilleur sur les sites de streaming mais parce qu'ils ne peuvent pas écouter les morceaux offline, ils dowloadent le fichier de la chanson mais l'écoutent sur le site de streaming quand ils sont online.

Cinéma
Les ados vont souvent au cinéma, quel que soit le film. En général ils choisissent un film d'abord puis ils sortent pour aller le voir, mais parfois ils vont directement au cinéma et choisissent une fois sur place. C'est parce qu'aller au cinéma ce n'est pas seulement aller voir un film en particulier: c'est une expérience, et c'est aller quelque part ensemble avec ses amis.

Les jeunes vont plus souvent au cinéma quand ils ont entre 13 et 14 ans, mais après 15 ans, ils y vont beaucoup moins. Ceci en raison du prix: à partir de 15 ans, ils doivent payer le tarif adulte, qui est souvent le double du tarif enfants.

Il est aussi possible d'acheter un DVD piraté du film au moment où il sort en salles, ce qui coûte bien moins cher qu'un ticket de cinéma, ces jeunes choisissent donc souvent cette solution, plutôt que de le voir en salles.
Certains préfèrent le télécharger sur Internet, mais ils sont en général de mauvaise qualité, doivent être vus sur un petit écran d'ordinateur et il y a toujours le risque de récupérer un virus.

Téléphonie mobile:
99% des ados ont un téléphone portable, et la plupart des téléphones ont de nombreuses capacités.
De l'avis général, les Sony Ericsson sont supérieurs aux autres, en raison de leurs nombreuses fonctionnalités, du walkman inclus et de son prix (110£ pour un milieu de gamme).
Parce qu'ils savent qu'ils risquent de le perdre facilement, les ados ne dépensent pas plus de 200£ pour leur mobile.
Et ils ont des forfaits sans abonnement, parce qu'ils ne peuvent pas s'offrir un abonnement mensuel, ni souscrire à un engagement de 18 mois.

La plupart du temps, ils utilisent leur téléphone pour envoyer des textos et passer des appels. Les fonctionnalités comme appel vidéo ou message vidéo ne sont pas utilisées, parce qu'elles coûtent cher (vous pouvez avoir 4 textos normaux pour le prix d'un message vidéo).
Les services de messagerie instantanée sont utilisés, mais pas par tout le monde. Il faut pour cela que le téléphone soit compatible Wi-fi, parce que ça coûte très cher d'aller sur Internet avec son téléphone.

Comme la plupart de leurs téléphones supportent le "bluetooth", et comme le "bluetooth" est gratuit, ils l'utilisent souvent. C'est utilisé pour pour envoyer des chansons et des vidéos (même quand c'est illégal), et c'est un autre moyen pour les jeunes d'avoir des chansons gratuites.

Les jeunes n'utilisent jamais les services d'achat de sonnerie ou d'images, très populaires au début des années 2000. Ceci en raison d'une très mauvaise presse (par exemple des services à 20£ la semaine pour lesquels il était difficile de se désabonner) mais aussi parce qu'ils peuvent récupérer musique et images sur leur ordinateur et les transférer vers leur téléphone gratuitement.

Les emails mobile ne sont pas utilisés, les ados n'en ont pas besoin: ils n'ont pas besoin d'être connectés à leur boîte mail tout le temps parce qu'ils ne reçoivent pas d'emails importants.
Ils n'utilisent pas non plus les fonctionnalités Internet parce qu'elles coûtent trop cher et, généralement, s'ils attendent une heure ils pourront les utiliser chez eux sur leur ordinateur. Et ça ne leur pose pas de problème d'attendre, parce qu'ils n'ont rien de particulièrement urgent à faire sur Internet.

Enfin, les ados ne changent pas souvent de téléphone, en général tous les deux ans. Ils en changent à l'occasion de leur anniversaire quand leurs parents leur achètent un nouveau téléphone, parce qu'ils n'ont généralement pas assez d'argent pour s'en offrir un.
Télévision: la plupart des ados ont une TV, et migrent de plus en plus vers des écran plats HD. Cependant, peu d'entre eux utilisent les fonctionnalités HD, les chaînes de télé HD étant plus chères. Nombre d'entre eux ne veulent pas souscrire à ces programmes HD parce que les pubs sont diffusées en basse définition, ce qui fait qu'ils ne peuvent pas voir la différence.

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Ordinateurs:
Tous les ados ont accès à un ordinateur connecté à Internet, mais la plupart ces ordinateurs sont juste configurés pour des tâches basiques et usuelles. Presque tous ont installé Mircosoft Office, pour pouvoir faire leurs devoirs chez eux. 9 ordinateurs sur 10 possédés par les ados sont des PC, parce qu'ils sont bien moins chers que les macs et parce que les ordinateurs de l'école tournent sous Windows.

Consoles: Près d'1 tiers des ados ont une console récente (moins de 2 ans et demi): 50% ont une Wii, 40% une XBox360, 10% une PS3. La PS3 est moins bien représentée en raison de son prix élevé (300£) pour une configuration et une ludothèque équivalente à la XBox 360, beaucoup moins chère (160£). La domination de la Wii est due à la présence frères et soeurs plus jeunes dans la famille: ils ont une Wii et les parents ne sont pas prêts à payer pour une nouvelle console.

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Qu'est-ce qui est hot ?

- Tout ce qui a un écran tactile
- Les téléphones mobiles ayant d'importantes capacités pour la musique
- Les outils qui peuvent se connecter à Internet (iPhones)
- Les télés à écran géant ("Really big tellies")


Qu'est-ce qui ne l'est pas ?

- Tout ce qui a des fils
- Les téléphones avec des écrans noir et blancs
- Les téléphones "briques" encombrants...
- Les outils qui ont une batterie de moins de 10 heures....

Mise à jour 10/09/09: à lire, sur Read Write Wen, une bonne synthèse des études sur les habitudes de consommation de la "Génération Y"

lundi 10 mars 2008

La nomadisation de l'info va-t-elle tuer le lien média/lecteur?


Je remonte ici le commentaire de mon confrère Jean Abbiateci suite à mon post sur la nomadisation de l'info. Il pose beaucoup de questions, pertinentes, auxquelles je n'ai pas forcément de réponse évidente. Mais le débat est ouvert:

"Vous parliez du canon à info... Si je suis bien votre pensée, le lecteur/internaute/téléspectateur ne va plus forcément aller sur un site... Ce sera au site et au média d'aller directement sur les supports de diffusion (mobiles, blogs, mail, réseaux sociaux, télés)...

"Dans cette configuration nomade, un reportage sera donc dispatché sur ces différents canaux de diffusion... relayé par les internautes s'il le juge bon, exporté, podcasté puis commenté sur des blogs...

"Est ce que cette décentralisation de l'info ne va tuer le lien qui existe entre un média et ses lecteurs (peut-être est-ce déjà fait)...

"Comment des "marques" (c'est la mode dans le monde des médias de parler de marques) comme Le Monde par exemple ne vont se diluer dans ce flux d'information, partageant le canon avec d'autres contenus à faible valeur ajoutée.

"Est ce que cela signifie qu'on va arriver vers un marché de micro-niches éditoriales... ? Existera-t-il encore de la place pour une information à haute valeur ajoutée ?

"Si les "carrefours" que représentent les sites sont condammnés, est ce qu'on va passer d'une publicité d'audience à une publicité de sponsoring (à savoir, un annonceur va sponsoriser tel type de contenu)...

"Voilà, beaucoup de questions, à la hauteur de l'excitation provoquée par ces nouvelles technologies dans le métier de journaliste..."


La nomadisation de l'info va-t-elle tuer le rapport du média au lecteur ?
Difficile de répondre. Je suppose qu'elle est en train de "tuer", dans sa configuration actuelle, le traditionnel site d'info. Mais pas forcément la marque. Tout dépend comment elle s'organise.

Quatre pistes:

1- Tout d'abord, segmenter les contenus ne veut pas forcément dire renoncer à fidéliser une audience. Si le média assume sa porosité et organise la dispersion de ses contenus, pour apporter la bonne info à la bonne personne au bon moment, il n'y a pas de raison pour que l'internaute ne s'abonne pas à ses contenus et intègre le média dans son dispositif personnel de news (widget, netvibes, facebook, mobile...). Il ne prendra pas tout le package, mais il restera fidèle à la marque sur ce qu'il estimera être ses points forts.

Le vrai problème, pour le média, reste que la production d'un micro-contenu coûte plus cher que plusieurs contenus packagés. Ce qui pose la question de l'avenir de l'info à valeur ajoutée.


2- Nomadisation ne veut pas juste dire segmentation. C'est aussi la mobilité. Donner la possibilité à son audience d'embarquer le média avec elle, de rester connecté en permanence, est un axe non négligeable de fidélisation.

3- Une autre solution est de miser sur la communauté. L'intégrer dans la production et la gestion des contenus (ce que font iReport, et Le Post). Faire de l'info un moteur social.

4- Encore une fois, l'exception confirme la règle. Il y aura des sites d'infos qui se positionneront à l'inverse de cette nomadisation autour de contenus à forte valeur ajoutée sur des sites fermés . Et qui trouveront leur public. C'est la stratégie originale d'Arrêt-sur-Images et de Mediapart. La nomadisation est une réalité, ce qui ne veut pas dire qu'il faut l'embrasser. Juste se positionner par rapport à elle.


Enfin, sur les modèles économiques: toutes les pistes sont ouvertes. Celles du sponsoring en est-une. Il y a surtout les publicités embarquées dans les contenus. Mais il y a aussi la pub considérée comme un contenu, nomade lui aussi, mais viral et (ou) intéressant et (ou) utile. Il y a évidemment la qualification de l'audience par les contenus segmentés, et donc des tarifs plus élevés. Mais cela répondra-t-il aux besoins de campagne de masse? Pas sûr.

(Source illustration : fromdistance.com)

jeudi 6 mars 2008

Médias: après le portail d'infos, le canon à infos


Il y a plus d'un an, nous étions déjà dans l'ère de la fragmentation de l'info: celle de la toute puissance des algoryhtmes des moteurs de recherche qui torpillaient la traditionnelle hiérarchisation de l'info.

Avec le RSS et l'apparition des tags (recherche sémantique), c'est la segmentation de l'info qui a pris le relais: avec pour conséquence l'hyperpersonnalisation et le fameux phénomène de la longue traine (graal de tous les acteurs de l'internet, mais tellement compliqué à financer).

Aujourd'hui, les médias doivent faire face à une nouvelle étape dans la révolution des usages: la nomadisation de l'info. C'est la suite logique et dynamique des deux précédents phénomène.

Qu'est-ce que l'info nomade ?

C'est une info qui abandonne progressivement non seulement la notion de support physique exclusif (papier, pure web, télé, mobile) mais surtout celle de support média envisagé comme un tout packagé (un site d'infos par exemple). C'est une info qui, parce qu'elle est segmentée, va venir toucher et interagir directement, immédiatement, avec son lecteur.
Ce qui laisse entrevoir beaucoup d'opportunités, mais pose également beaucoup de problèmes.


La fragmentation brise les modèles

Les nouveaux sites d'infos qui débarquent sur le marché, connaissent tous, à des échelles variable, cette dislocation des modèles fondamentaux de publication: Chez de nombreux pure-players, notamment, seuls 20% de leurs lecteurs arrivent chez eux via la page d'accueil du site. Le reste du "lectorat" débarque directement sur les articles via les moteurs de recherche, les flux RSS, les widgets, les blogs ou les agrégateurs.
Chaque contenu devient alors une nouvelle "Une", un espace autonome de distribution.


Après le portail d'infos, le canon à infos

Conséquence : aux débuts de la fragmentation de l'info, il était coutume de conseiller aux médias de passer du simple site traditionnel à la maîtrise des points d'engorgement (des points de passage des lecteurs sur telle ou telle thématique). A l'ère du portail et des sites univers (locaux ou thématiques), on rassemblait alors l'info fragmentée en chaînes pour créer des noeuds de concentration de trafic.

On parlait, certes, déjà de moteurs d'information: une marque produisant une info multi-supports selon l'heure de la journée et son lectorat. Mais on ne sortait guère de la notion de support packagé: un journal sur papier, un site d'infos sur le web, un espace services sur mobile...

Aujourd'hui, la question n'est plus tant de façonner ces points d'engorgement que de parvenir à placer l'info sur les trajectoires de plus en plus aléatoires du lecteur.
Et, surtout, d'embarquer le plus de valeurs possibles (infos, marque, pub...) sur ces micro-contenus.

Il faut, en quelque sorte, passer du carrefour d'infos au "canon à infos". Et maintenir ce lien, en permanence, avec ceux qui nous lisent. Dans cette stratégie là, demain, le mobile (mais pas seulement) sera évidemment un outil incontournable. On le voit déjà depuis quelques semaines avec le Iphone et la généralisation des forfaits illimités.

La bonne nouvelle: la nomadisation rapproche tout

Dans l'autre sens, la nomadisation rapproche tout. Dans la temporalité comme dans le rapport à la fabrication de l'info : le canon à info peut atteindre n'importe qui n'importe où, chez lui, au travail. Comme l'explique une récente étude médiamétrie ("Media In Life 2007" à télécharger ici), "de plus en plus accros aux médias, les Français les consultent désormais n'importe où et n'importe quand grâce aux nouveaux équipements, comme internet ou le téléphone mobile", résume l'AFP .

Plus de la moitié des Français (55,3%) écoutent la radio le matin entre 6h et 9h, et 1
Français sur 5 consulte la presse. L’Internet émerge fortement le matin : entre 9h et 12h, 14 % des Français sont connectés. A l’heure du déjeuner 2 Français sur 5 (41%) sont devant leur petit écran. Le soir, entre 21 h et 22h 30, 52,4 % des 15-24 ans regardent la télévision, 17,7 % téléphonent avec leurs mobiles et 14,9 % se connectent sur Internet ; chez les 35-49 ans, 70% regardent la télévision et 10 % lisent la presse ("Média In Life 2007").

Du coup, la consommation des médias augmente. Tous supports confondus. La question n'est plus de savoir si le papier ou la télé sont morts, mais d'être connecté au lecteur. Tout le monde peut en profiter, comme le signale avec élégance Christophe Barbier, le directeur de la rédaction de l'Express.

Et le lecteur étant de plus en plus connecté, l'info devient de plus en plus instantanée. Jusqu'à devenir "live".

Plus proche, le lecteur peut aussi contribuer de plus en plus facilement à l'info. Il façonne déjà sa hiérarchisation, désormais, il intervient sur sa fabrique directement sur le contenu, via les commentaires ou le trackback (il fait buzzer l'info et la complète sur sa page perso).

L'avenir du journalisme participatif sera déterminé par la capacité des médias à rester en contact en permanence avec leurs lecteurs. Un peu comme le fait déjà aujourd'hui la radio.

L'explosion des modèles économiques

Conséquence de la nomadisation : elle remet en cause les modèles des sites médias. Pour l'instant, les grandes marques de l'info parviennent à fédérer un lectorat qui vient quotidiennement chercher l'info sur leur site, mais demain? Pour les pure-players (les nouveaux moteurs d'infos sur le Net), la guerre a déjà commencé.

Le problème c'est que s'il est facile de vendre une audience de masse sur une page d'accueil ou sur de grandes séquences thématiques, il est beaucoup plus compliqué de vendre la segmentation à l'infini de l'audience.

Même problème pour les coûts de fabrication.

Et puis, les pratiques ont changé. Le lecteur choisit son info. Il est le maître du contenu. Il n'a donc pas envie d'être passif devant la pub. Donc il clique moins, ou moins automatiquement. Même sur les liens sponsorisés, qui affichent des taux de clics en baisse...

Quoi qu'on en dise, très peu de sites médias sont prêts à inventer de nouveaux modèles.
Les agences de pub, qui ont longtemps freiné des quatres fers, ont du pain sur la planche...


Pour conclure, la problématique des médias aujourd'hui, ce n'est plus tant celle de la canibalisation des supports que celle de trouver le meilleur support et le meilleur format pour se connecter au lecteur là où il se trouve.

Le graal sera sans doute demain le mobile, média nomade par excellence. Mais pour faire quoi ?