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mercredi 22 octobre 2008

Une nouvelle architecture de l'information


Voici ma contribution, apportée hier, à l'atelier "quels contenus pour la presse écrite?" des Etats Généraux de la Presse Ecrite. Un peu décalée par rapport aux autres interventions, mais bon... certes, il y a des solutions concrètes à court et moyen terme et il faut les travailler. Mais peut-on parler de contenu pour la presse écrite sans tenir compte du contexte actuel? Internet n'est pas qu'un nouveau format, il a entraîné une profonde mutation de la société française. Et donc son rapport à l'information. 

D'abord 3 constats concernant le papier: 

1) La presse papier n'est pas victime d'érosion, elle est menacée de décrochage dans sa diffusion. Il sera dramatique. C'est déjà le cas aux Etats-Unis. En France, la presse devrait suivre la tendance, avec un an de retard. Le décrochage se fait déjà sentir en 2008 pour un certain nombre de grands quotidiens, avec des chutes entre 5 et 10%.

2) On ne  gagne plus d'argent sur la vente seule du journal papier.

3) Le gratuit n'est pas LA solution. Il répond à une demande, mais le marché est déjà saturé. Et il s'appuie sur la mobilité... qui est la grande révolution du i-Phone.

Des chercheurs de l'institut d'études du futur de Copenhague ont dressé la liste de ce qui ne fera plus partie de notre environnement en 2020. Et parmi eux:  les journaux papier.
Plus récemment, à la conférence de l'Association mondiale des journaux, on évoquait leur disparition dans 5 ans...
Difficile de jouer les mediums. Et il y a toujours des exceptions. Ce que l'on sait:  c'est un format qui va mal, qui coûte encore trop cher mais qui reste pertinent, parce qu'il n'y a pas, aujourd'hui, de réplique totale au papier. Le problème, c'est: jusqu'à quand pourrons-nous encore le financer? 

Considérons donc le comme un format comme un autre: rationalisons les couts de fabrication, mais aussi la distribution désastreuse, et les coûts éditoriaux. Mais surtout, osons nous poser la question:
Et si le papier disparaissait? Impossible? Posons nous quand même la question. 
Dans ce cas, posons nous autre question: sans papier, qu'est-ce qu'un journal?

Alors, qu'est-ce qu'un journal?
- Une relation à l'audience, comme le conseille Rob Curley, un des artisans les plus talentueux de la presse locale aux Etats-Unis? Que dit-il: dans newspaper, il y a news et il y a paper. Un jour, il faudra choisir son camp.
Choisissons les news. 
Et là encore, posons nous la question: qu'est-ce que l'information. Qu'est-ce qui a changé dans l'information aujourd'hui?
Beaucoup de choses.
Penser les contenus pour demain, c'est penser une nouvelle architecture de l'information qui tienne compte des réalités.

Voici donc deux nouvelles réalités : 

1)  Nous sommes en train d'ouvrir les yeux sur un nouveau monde et, que réalisons-nous? Qu'une partie de l'info se fait déjà sans nous, les médias traditionnels. Aux USA, même les sites des grands journaux sont en recul, ce qui n'est pas rassurant.

2) L'information s'inscrit désormais dans un réseau. Pourquoi est-ce important de réaliser cela? Parce que les revenus demain s'inscrivent également dans cette logique de réseau. Regardez Google: Google truste aujourd'hui la publicité sur le Net, et dévore la publicité locale. Il le fait sur la base de contenus qui ne lui appartiennent pas. Google met en lien contenus et lecteurs. Et a bâti un réseau de publicité dessus (lire à ce sujet les réflexions de Jeff Jarvis)

Qu'est-ce que cela veut dire? Que nous assistons aujourd'hui à la fin du mass média. Nous nous dirigeons vers une info partagée: une info hyperfragmentée, qui sera produite non plus par de grandes rédactions mais par une multitude de mini-médias, parfois personnels, et qui devra, dans la même logique, être hyper distribuée, notamment via les mobiles. Une information en réseau.

Je pense que nous ne survivrons pas si nous nous considérons seulement comme des mass médias fournisseurs de contenus, même à haute valeur ajoutée. Les journaux doivent s'inscrire dans cette logique de réseau: donner la meilleure info au meilleur moment (et j'ajouterais même: au meilleur endroit), mais ce ne sera pas forcément une info produite par la rédaction du média. 

Nous devons devenir des réseaux de valeur où transiteront, de manière filtrée, partagée, l'information infos en provenance de différentes sources et de différentes communautés. Et, bien sûr, donner à ce réseau une couche de journalisme de qualité, de journalisme d'investigation notamment, qui viendra augmenter la valeur ajoutée et l'attractivité de ces réseaux d'infos.

C'est donc une nouvelle architecture de l'information que nous devons construire, en ne jetant pas le papier dans la corbeille, mais en le repositionnant intelligemment, c'est à dire à la périphérie, et en concentrant les aides et les investissements vers la mutation et la diversification de nos industries.

Je n'ai pas parlé de contenu? Si , je n'ai fait que parler de contenu. Car ce qui précède la définition du contenu, c'est bien la question de l'usage. Pourquoi et dans quelles conditions consomme-t-on l'information aujourd'hui, et qu'est-ce ça nous dit en terme de contenus et de formats? 

(Illustration: zouzou.webodo.com

mardi 27 mai 2008

Rob Curley rejoint le Las Vegas Sun: un modèle pour la presse locale

J'ai souvent parlé sur ce blog de Rob Curley. Le fondateur du site du quotidien local américain Lawrence Journal World (pour moi LA référence des sites d'infos locaux) est l'une des personnalités les plus intéressantes du monde de la presse en ligne.

Après être passé à la division numérique Washington Post (en tant que vice-president of product development) , il vient d'annoncer sur son blog qu'il rejoignait l'équipe web du quotidien régional "Las Vegas Sun".

L'occasion pour moi de rappeler que Rob a lancé pour le Washington Post un site hyperlocal d'infos que tous les patrons de presse quotidienne régionale devraient prendre pour modèle: le Loudoun Extra.


C'est un concentré de tout ce qu'il faut faire:

- Descendre le plus bas possible dans l'info hyperlocale, jusqu'aux tout petits clubs dans les quartiers.

-... et le présenter de la façon la plus "cool" possible. Avec de la vidéo, des photos, une belle interface, comme s'il s'agissait d'info nationale.

- ... et ne pas attendre la parution du quotidien pour donner l'info sur le site.

- Bases de données, bases de données, bases de données : toutes les écoles, toutes les églises, tous les clubs de foot avec des photos panoramiques, les noms des entraîneurs, guides de la ville... tout ce que la communauté cherche près de chez elle doit se trouver chez vous.

- ... idem pour les contenus froids du journal qui donnent de la profondeur au site.

- Des blogs pour faire vivre la conversation et mettre en valeur la communauté

- Des journalistes multimédias locaux, qui ne travaillent que pour le site.

Je reste persuadé que c'est ce type de "petit" projet qui doit être privilégié par la PQR, avant de repenser toute refonte du site ou toute réorganisation globale, source de blocages et de perte d'argent (des tas de journaux en France sont dans cette situation...).

Avec un budget de 60.000 à 100.000 euros par an, salaires compris, n'importe quel journal pourrait aujourd'hui expérimenter le lancement d'un vrai site de news hyperlocal sur une ville moyenne. A condition de bien penser le projet. Un ou deux journalistes web en charge à plein temps pour faire du terrain et constituer de vraies bases de données éditoriales, et traiter en direct les news apportées par l'équipe papier.

Et là, inutile de se creuser la tête: commencez déjà par recopier le Loudoun Extra.

Mise à jour 08 juin: le Wall Street Journal vient de publier un article sur l'expérience Loudoun (relayé par Ph.Couve sur Médiachroniques). Selon le quotidien économique, le site (lancé il y a un an) ne décollerait pas et les internautes ne se bousculeraient pas pour participer à l'info. Parmi les raisons invoquées: la dimension communautaire du site est mal exploitée et la fonction agrégateur du net local (dont parle H.Guillaud dans les commentaires) souhaitée par Curley n'a pas pu être mise en place... Le Washington Post poursuit néanmoins l'expérience, et il a raison. L'intérêt de ce type d'expérience n'est pas tant de faire du chiffre tout de suite que d'expérimenter afin de conquérir un territoire encore largement inconnu. L'expérience du Lawrence Journal World construit sur le même modèle (et créé par Rob Curley), comptabilise entre 30.000 et 50.000 visiteurs uniques par jour pour une population de 89.000 habitants (je vous laisse calculer le taux de pénétration).
Attention donc, dans tous ces nouveaux projets, à ne pas tirer trop vite des conclusions. Le concept, c'est bien, monter un projet au quotidien, analyser ses erreurs, savoir faire évoluer le site, c'est autre chose. Le Net, ce n'est pas mécanique. Et pas forcément rapide. Ce sera de plus en plus difficile, d'ailleurs de monter des projets à décollage immédiat. Il faut plus que jamais expérimenter, investir le terrain de l'hyperlocal, prendre le temps pour aller du concept séduisant à la concrétisation. Un projet doit forcément démarrer léger (ce qui reste le cas du Loudoun), afin de pouvoir corriger le tir au fur et à mesure. C'est indispensable.
(Chiffres LJW: Jeff Mignon)


A lire:

- Plus d'explications sur le départ de Rob Curley (merci à Emmanuel pour le lien).
- Et la réponse de Rob Curley à l'article incendiaire du Wall Street Journal sur le "flop" du Loudoun.

mercredi 15 août 2007

Les bases de données, nouveau métier du journaliste

Ce n'est pas nouveau, et j'en ai souvent parlé sur ce blog, mais cet article de "Newspapers Next" devrait nous inciter, à l'heure où l'on s'affole pas toujours rationnellement sur l'explosion des nouvelles pratiques, à nous replonger dans les bonnes vieilles recettes. Les bases de données en font partie.

Que sont les bases de données, et en quoi peuvent-elles servir sur un média en ligne ?
Il s'agit de toutes les informations que vous pouvez entrer en base sur un sujet donné et que vous mettez à disposition des lecteurs via un moteur de recherche puissant, ou en les branchant sur une Google Map (pour localiser les données) ou toute autre base de données.
On peut faire beaucoup de choses avec les bases de données, et elles sont toujours génératrices de pages vues. Cela va de la liste des restaurants chinois de la ville, à des données plus exclusives liées à l'actualité par exemple.

Génératrices de pages vues

Newspapers Next cite un certain nombre d'initiatives intéressantes :

Le Data-center du quotidien régional Cincinnati Enquirer par exemple, a généré 40 millions de pages vues depuis son lancement en décembre dernier. Il s'agit d'un catalogue de bases de données locales allant de la liste des crimes par quartier, de celle (assez effrayantes) des déliquants sexuels locaux, en passant par la liste de salaires des employés fédéraux (gros succès). On y trouve même la liste des boîtes de croquettes pour chien rappelées par leurs fabricants...
Ce genre de projets est facilité par le fait que l'on trouve des bases de données sur tout aux Etats-Unis, et qu'il suffit souvent aux médias de se brancher sur les données fournies en ligne par les autorités.
Dans ce registre, le projet "Indy 911" est assez extraordinaire : lancé par le site d'infos locales Indystar.com, il répertorie toutes les alertes d'urgences. De toutes petites infos, qu'on ne traiterait sans doute pas dans le journal, mais qui ont le mérite de répondre à la question : "Pourquoi la sirène a-t-elle sonné dans mon quartier ?"

Utiles et inventives

En France, se brancher sur ce type de bases de données est un peu plus compliqué. Mais rien n'empêche d'être inventif.

A ce propos, une autre initiative, que je trouve particulièrement remarquable : celle du Loudoun Extra, le site hyperlocal du Washington Post, lancé en juillet dernier (je n'en ai pas parlé sur ce blog parce que j'ai manqué de temps, mais ce site est un véritable modèle pour tout quotidien régional ou hebdo local qui voudrait réussir sur le Net). Les journalistes ont référencé toutes les écoles du canton. On y trouve un tas d'infos sur les établissements, des Google Maps, mais aussi, des photos 360 de l'intérieur de l'école. Ce qui permet une visite virtuelle des classes et des équipements sportifs comme si l'on y était. Cela demande un peu de temps, mais le résultat est vraiment cool. Et donc générateur d'audience.

Participatives et interconnectables

Lourdes et éphémères sur le papier, les bases de données sont devenues un vrai métier à prendre en compte dans la constitution des nouveaux médias. Elles sont utiles, souvent hyperlocales (ce qui est un bon angle d'attaque local pour un média national), et sont une garantie d'audience sur le long terme. Mieux, elles se prêtent admirablement à la participation de l'audience : l'appel lancé par Jeff Jarvis aux médias, et relevé par Francis Pisani, peu de jours après la catastrophe de Minneapolis (un pont s'était effondré): "mettez une carte Google sur votre site, ajoutez-y Platial, (...) et invitez vos lecteurs à y indiquer les infrastructures qu’ils jugent dangereuses. Ça vous permettra d’avoir une quantité d’informations que vous n’auriez jamais autrement. Puis, faites votre métier: allez-voir sur place."

Les bases de données peuvent surtout, peuvent être croisées avec d'autres données (photos, cartes, événements, articles...), qui donnent toujours des résultats intéressants.

L'équation est simple : plus on a de bases de données, plus on génère d'audience. Et on peut toujours les ressortir lors d'une actualité chaude pour enrichir un dossier.

Avec un peu d'imagination, et en se disant que l'on peut tout mettre en base de données, vous ne devriez pas manquer d'idées pour inventer les vôtres...

dimanche 27 mai 2007

L'info comme expérience


C'est la dernière trouvaille de Rob Curley, web journaliste "geek" passé de la presse régionale au Washington Post (il en est aujourd'hui le Vice President of Product Development pour l'Internet) : "The compass" (le compas).
Je passe sur l'idée de base, assez similaire à ce que nous avions mis en place en février pour Quelcandidat.com : un quizz qui vous permet de vous situer politiquement. Non, ce qui est génial dans l'approche que Rob Curley a eu de ce quizz, c'est qu'il en a fait un jouet social.
Je m'explique. L'idée est partie de la décision de Facebook, un réseau social leader aux Etats-Unis d'ouvrir une API (une interface si vous voulez...) qui permette à tout le monde de développer de nouveaux outils exploitant toute la puissance de Facebook (si vous ne connaissez pas le terme, un réseau social sur Internet est un service qui vous permet de publier votre profil en ligne et de vous faire des relations).

Rob Curley a évidemment immédiatement travaillé sur un prototype pour le Washington Post. Mais en imposant un certain nombre de régles :

- Nous sommes là pour jouer le jeu, mais surtout pas pour permettre aux internautes de placer les derniers titres du Wahington Post sur leur profil Facebook.
- Nous voulions développer quelque chose de "cool" qui donne envie aux autres de faire encore mieux. Car ça ne sera rien face à ce que pourront faire les milliers de hackers collégiens, futurs dieux du web, et qui utilisent Facebook depuis des années.

Rob Curley a tout compris d'Internet, et comment il fallait profiter de sa richesse.

Son nouveau gadget, "The compass", permet aux internautes, en répondant à dix questions de politique générale, de voir vers quel bord politique ils penchent : progressiste, modéré ou conservateur...
Rien de nouveau, certes. Mais ce qui est intéressant, c'est que ce compas est ensuite installé sur le profil Facebook des internautes.
Une jolie façon d'amorcer le buzz. Mais ce n'est pas tout.
Une fois ce "compass" installé sur des milliers de profils, le Washington Post peut s'amuser avec les immenses possibilités du réseau social. Comme dresser une carte de la tendance politique des internautes américains, ou de vos amis sur Facebook, par exemple... Peut-être que les utilisateurs de Facebook n'auront pas les derniers titres du Washington Post sur leur profil facebook, mais les utilisateurs de Facebook qui s'intéressent à la politique auront un outil utile et amusant, et se souviendront que le Washington Post est le site ultime pour s'informer sur la poiltique nationale.



Voilà une idée simple, et qui exploite parfaitement la culture et les caractéristiques du Web.

Je me souviens d'une phrase que m'avait lancé il y a plus de sept ans un enseignant chercheur, qui obligeait ses étudiants en "multimédia" à jouer à des jeux vidéo. "Le jeu vidéo relève du domaine de l'expérience. C'est l'expérience qu'il apporte au joueur qui importe".
L'information sur Internet aussi.
Certains l'ont déjà compris.

jeudi 25 janvier 2007

Les bons conseils de Rob Curley à la presse locale


Ils sont à découvrir sur le blog de Jeff Mignon, qui restranscrit une interview donnée par le fondateur du site du quotidien américain Lawrence Journal World, une référence en matière de presse locale sur le Net, au Corriere della Serra (lire la traduction intégrale de l'interview, en anglais, sur le blog de Rob Curley).

Voici ce que dit Rob Curley :

-Ne laissez pas les autres médias donner l'info avant vous : "Dès que vous savez quelque chose, vous devez le mettre sur votre site internet. Malgré ce que peuvent penser certains journalistes "traditionnels", vous ne pouvez pas "tuer" votre propre "scoop" en le mettant d'abord en ligne."

- Local, local, hyperlocal : "C'est en "descendant" le plus bas possible, des papiers sur le sport chez les enfants de la zone de couverture jusqu'aux papiers sur la politique dans les quartiers, que les journaux gagneront.' La règle est la même sur le Net.

- Tout trouver près de chez vous : "Calendriers. Restaurants. Eglises, Impôts. Vente de maisons. PV. Crimes. Tout ce qui peut être cherché devrait être sur votre site web. Les gens veulent ce genre d'info." C'est la base d'un vrai moteur de recherche local. Les quotidiens régionaux ont un avantage extraordinaire dans ce domaine.

- Culture d'entreprise : "Si votre éditeur n'a pas entendu parler de Youtube ou iTunes, préparez votre CV."

- Contenu, contenu, re-contenu : Rob Curley fait référence au contenu "froid", qui peut rester en permanence sur votre site, et réassemblé pour le web : "Ce contenu froid peut être des choses comme : l'histoire de votre ville, toutes les infos que vous pouvez trouver à propos de quelqu'un fameux dans votre ville, peut être un résumé des meilleures saisons de vos équipes de sport locales, etc." Le web est extraordinaire pour ça.

- Mobile : "Aujourd'hui, je crois profondément que les journaux devraient se concentrer sur du contenu pour les téléphones portables." En France, la problématique est un peu plus compliquée. Le marcgé étant verrouillé par les opérateurs. Je pense de mon côté que c'est le portable qui, à terme, va s'adapter au contenu web et pas le contraire... Pas de panique, donc. Mais je me trompe peut-être.

- La conversation.

On pourrait ajouter :

- Le média social : Les internautes consomment le contenu, mais ils produisent aussi du contenu. Mieux : ils sont eux-mêmes un contenu pour les autres. Les médias de proximité n'exploitent pas suffisamment cette dimension profondément sociale du local.
Je ne vais pas sur le site uniquement pour récupérer de l'info, mais aussi pour rencontrer des gens. C'est une des clefs des modèles économiques de demain pour la presse locale en ligne : ceux de la communauté et des bases de données.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

mercredi 8 mars 2006

Face à la fragmentation: devenir indispensable au lecteur

C'est l'idée force développée par Rob Curley, pape iconoclaste du média hyperlocal, créateur du Lawrence Journal World, et "new media director" pour le "Naple Daily News".
Une stratégie expliquée par John Burke dans un article publié sur "Editors Weblogs" (ici). Le chroniqueur constate, comme tout le monde, l'affaiblissement des médias de masse sur Internet face à la fragmentation de l'audience: on ne passe pas directement par les sites des médias traditionnels pour s'informer mais par les moteurs de recherche... ou, plus récemment, via les fameux flux RSS (qui permettent de recevoir automatiquement les informations des blogs et ses médias). Citant un article du New York Times, John Bruke explique d'ailleurs comment les commerces utilisent désormais les flux RSS pour informer directement leurs clients de leurs nouvelles promos, évitant aux clients d'aller chercher sur leur journal les affaires du jour.
Même phénomène de fragmentation dans l'univers des petites annonces. Après les sites de PA gratuites, voici venir les agrégateurs de petites annonces ("tag-based classifieds"), comme Edgeio (lire mon précédent post, ici) qui permettent aux blogeurs de contourner les médias pour publier leurs messages directement sur leurs blogs...
Bref, la presse traditionnelle semble se faire plumer inexorablement chaque jour. Doit-elle se sentir menacée ? Non, répond John Burke.
"Evidemment, les journaux pourraient diffuser leurs petites annonces via Edgeio (pour accroître leur audience), mais pourquoi ne tenteraient-ils pas de proposer leurs propres outils comme Edgeio ou Craiglist ?"

Pour cela, les journaux doivent donc se rendre "indispensables" à la communauté. C'est la stratégie de Rob Curley.
Selon lui, les journaux doivent donc transformer leurs sites Internet en "Hub" (en informatique, une prise permettant de connecter plusieurs sources ou plusieurs utilisateurs entre eux) pour la communauté.
"Ils doivent devenir un "hub" d'informations locales où tout ce que la communauté a besoin de savoir doit pouvoir être facilement cherché et trouvé (par exemple, Curley travaille sur un guide des restaurants locaux)", résume John Burke.

1- INFOS : Ouvrir le site d'infos locales aux lecteurs. Rendre les journalistes accessibles aux internautes (ils pourront réagir et leur donner des idées de sujets). Mieux : permettre aux lecteurs d'ouvrir leurs blogs : cela permet non seulement aux lecteurs de publier des infos et des photos que les journalistes pourront publier ensuite, mais cela leur permet aussi de publier leurs propres petites annonces.
2- PETITES ANNONCES : permettre aux lecteurs de poster leurs petites annonces traditionnellement et gratuitement s'ils n'ont pas de blog (façon Craiglist), ou façon edegio, s'ils en ont un.
3- PUBLICITE: "les annonceurs ne voudront pas quitter un site devenu indispensable", assure John Burke, "comme aucun site ne voudrait ne pas être référencé par Google". Le site listant gratuitement tous les aspects de la vie de la communauté, les meilleurs places peuvent alors être vendues aux commerces locaux.
4- RSS : comme le Gardian et le Los Angeles Times, le media local sur Internet pourrait fournir son propre lecteur de flux RSS, integrant à côté du flux d'infos, un flux d'annonces commerciales (vendu aux annonceurs) et un autre de petites annonces.
5- PERSONNALISATION : évidemment... pour rendre le site indispensable, il faut que le lecteur puisse le personnaliser en fonction de ses propres centres d'intérêt.

Le credo de Rob Curley ? Il se présente lui-même comme un "platform agnostic", traduit John Burke :
"Peu importe le support, web ou papier, tant que le journal continue de rapporter "'histoire locale de la communauté."