Affichage des articles dont le libellé est twitter. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est twitter. Afficher tous les articles

mardi 27 avril 2010

Twikio et Twitter: la fin du ranking à la Google ?


Invité par l'ami Pierre Chappaz, j'ai assisté hier soir à la présentation de Twikio, la dernière innovation des labs de Wikio.
Twikio, qui signifie Twitter+Wikio, est un nouvel algorithme qui permettra au célèbre agrégateur de médias de classer les contenus des blogs non plus seulement en fonction des backlinks (c'est à dire les liens pointant vers le contenus) mais aussi en fonction des citations sur Twitter.

Le passage du système des backlinks à celui de Twitter n'est pas anodin. L'exploitation des liens pour calculer la pertinence des contenus est la base du système du PageRank de Google.
Développé en 1998 par Larry Page et Sergei Brin (à l'époque beaucoup moins célèbres et riches qu'aujourd'hui...), le PageRank a marqué le début d'une nouvelle ère. Celle du "web 1", si vous voulez, qui permettait aux utilisateurs de trouver des informations pertinentes non plus en fonction de la hiérarchisation des annuaires ou des journalistes, mais du nombre de reprises par les sites Internet ou les blogueurs. C'est à dire en fonction du nombre de liens hypertextes (backlinks) pointant vers tel ou tel contenu.
Si les gens en parlent, c'est que ça doit être intéressant... Une vraie révolution à l'époque, qui a entrainé la fameuse fragmentation de l'information. A l'origine de la chute d'un certain modèle de presse.

Jean Véronis, le responsable de Wikio Labs, est à l'origine du fameux classement Wikio des blogs. Le chercheur, basé à Aix-en-Provence, a passé ces dernières années à analyser les liens hypertextes des blogs pour en tirer des tendances et des "buzz".

Son constat aujourd'hui est qu'il y a de moins en moins de liens.

Mais surtout que ce système de "ranking" basé sur les liens est de moins en moins efficace pour évaluer la pertinence des contenus. Pourquoi ? Parce que nous sommes passés d'un web sédimenté à un web en temps réel.

En 10 ans, on est passé de la recommandation des moteurs de recherche (le PageRank de Google) à celle des médias sociaux comme Twitter et Facebook.

Certes, après un bref passage dans la "bulle" du Web 2.0, où l'on a pensé ce serait le vote des utilisateurs (le système Digg) qui permettrait de hiérarchiser les contenus.

Avec Twitter et Facebook, nous sommes véritablement entrés dans une nouvelle ère: celle de l'Internet des réseaux. Ce fameux web+mobile en temps réel que Google a tant de mal à prendre en compte.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le géant américain multiplierait les contacts techniques avec Twitter, explique Jean Véronis. Pas seulement pour afficher de vagues tweets dans les moteurs de recherche, ce qui n'a que peu d'intérêt, mais pour prendre en compte la recommandation des contenus en temps réel dans leur pagerank.
Pas simple.
Une vraie révolution, que l'on mesure mal. Sans doute "la plus importante depuis l'apparition du web", ose le patron de Wikio Labs.
Un changement de paradigme qui fait dire aux observateurs que Facebook est en train de devenir le nouveau Google. Que, désormais, nous aurons autant besoin de SMO (Social Media Optimization) que de SEO (Search Engine Optimization) pour donner du poids à nos contenus. Notamment depuis que Facebook est passé devant Google News pour l'apport de trafic dans les sites d'infos.

Nous sommes en train de passer du référencement par sédimentation à la recommandation en temps réel.

Essentiel pour les sites d'info.

La fin du lien hyper-texte ? Peut-être pas encore. Mais l'architecture dans laquelle il s'inscrit, et qu'il a lui même contribué à créer, est complètement bouleversée. Jean Véronis se souvient du vertige qui l'avait saisi lorsque, à la fin des années 80, il avait cliqué sur son premier lien hypertexte. Imaginant encore mal la révolution que cette "simple" fonctionnalité allait entraîner. On entrait alors dans la troisième dimension de l'information. Les médias sociaux en ouvrent une nouvelle, tout aussi imprévisible.
Le lancement d'OpenGraph par Facebook la semaine dernière en est l'exemple le plus fascinant. Et effrayant...

Twikio s'appuie sur cette tendance pour proposer les contenus qui buzzent en temps réel, en combinant l'ancien système de réputation à la recommandation sur Twitter, matérialisée par le nombre de "re-tweets".  C'est à dire le nombre de fois où un contenu a été repris sur Twitter. Le résultat est ensuite comparé aux nombre de liens pointant vers ce contenu sur les blogs pour créer un nouveau ranking mixte.



Le service est encore en béta privée, il ne sera en ligne qu'en juin prochain mais j'ai pu jeter un coup d'oeil aux résultats. Ils sont assez surprenants. Twikio permet de détecter automatiquement les buzz en temps réel, grâce à une analyse poussée de Twitter. En gros, plus un lien vers un article est "re-twitté", plus il fait monter le score. Le poids de chaque membre de Twitter est pondéré en fonction de la communauté à laquelle il appartient (certaines communautés, comme les professionnels du référencement ou les blogueurs high-tech, ont tendance à re-tweeter plus facilement que d'autres, ce qui brouille le baromètre).
Demain, Twikio devrait également prendre compte le nombre de followers de chaque émetteur (c'est à dire le nombre de personnes abonnées à son fil Twitter).

Et Facebook ? C'est à l'étude. "Mais pour l'instant, les informations sont encore trop verrouillées", constate Jean Véronis. Avec OpenGraph la donne pourrait peut-être changer..

mercredi 10 mars 2010

Bruni-Biolay: les limites du bistrot Internet

Loin de moi l'idée de tirer sur Internet. Pas mon genre.
Encore moins de faire la morale aux blogueurs et aux webjournalistes qui se sont amusés autour de cette "loverumor", cette #brulaybullshit au sommet.
Ce qui est intéressant dans la façon dont cette rumeur, qui circulait dans toutes les rédactions (et qui ne s'appuie sur aucune information avérée), est devenu un buzz international via Twitter et quelques médias internationaux peu scrupuleux, c'est ce qu'elle nous dit des usages du web, de ce réseau en mutation.
Et quelles leçons que nous pouvons en tirer.

Alors que la rumeur enflamme le web (voir le graphique Google Trends, ci desssous, reproduit par le site StreetPress qui montre une montée en flèche des requêtes Google sur le sujet) tout le monde y va de son couplet: Internet aurait une nouvelle fois la démonstration de son ADN poubelle. C'est faux. Internet a fait la démonstration de sa "floutitude"... de son insaisissabilité. De son statut à part, liquide, hybride. Et cela devrait entraîner bien plus de réflexion, voir d'humilité, que de leçons de morale.


Jean-Michel Apathie en profite pour allumer le feu. Sur son blog, il s'en prend à ces "amateurs" (comprenez: les blogueurs), "certains internautes" comme il dit, colporteurs de rumeurs, qui osent critiquer les journalistes alors qu'ils feraient bien pire.

Lisez plutôt :
"Des esprits férus de modernité opposent volontiers Internet et le journalisme, les internautes et les journalistes. Les seconds seraient au mieux lourdaux ou paresseux, au pire à la solde des pouvoirs quand les premiers enfin seraient libres et courageux. Le problème des premiers c’est qu’ils ne s’embarrassent de rien, ni de règles ni même de la plus élémentaire des morale. Ils véhiculent tout, le plus drôle comme le plus bête, le vrai comme le faux, le beau comme le moche, sans réfléchir à quoi que ce soit."

Mon ami Guy Birenbaum, que l'on ne peut pas accuser d'être anti-blogueurs (il est plus... sélectif, disons), s'en désole
:
"Les défenseurs les plus acharnés du net – dont je fais partie – ne se rendent parfois pas compte du mal qu’ils lui font. Depuis quelques jours, quelques pyromanes peu inspirés utilisent toutes les ressources du net (Twitter, blogs, etc.) pour propager LA rumeur."

LA rumeur, c'est bien entendu cette prétendue love-affair au sommet de l'Etat qui, à défaut d'être vérifiée, encore moins confirmée, est passée du statut de private joke à une net-polémique.

Je vous recommande à ce propos l'excellent décryptage de Gilles Klein sur "l'itinéraire d'une rumeur". Où l'on comprend, avec un mélange de fascination et d'effroi comment une poignée de tweets (messages postés sur le site Twitter) potaches s'est transformée, outre-manche, outre-atlantique (jusqu'en Inde) en "information".

Que s'est-il passé ?
La rumeur courait dans toutes les rédactions depuis plusieurs semaines déjà. Jusqu'à ce que des journalistes l'évoquent sur Twitter, dès le 26 février.


Ce qui est intéressant, c'est qu'aucun d'entre-eux ne présente la rumeur comme une information. La plupart du temps, on est dans de la conversation entre "amis" (entre "amis Twitter" s'entend!).

Quand Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Slate.fr, que l'on ne peut pas soupçonner de chercher le caniveau tweete avec humour : "Benjamin Biolay, c'est bien le mec qui...", ou quand Salam93 du Post.fr s'amuse (sans évoquer la rumeur) des allusions cachées chez les présentateurs d'I-Télé, il n'en faut pas plus pour qu'un internaut en tire des conclusions évidemment hatives.

Sur le site de journalisme citoyen Agoravox, l'auteur recoupe ce qui, pour les intéressés, n'étaient que des clins d'oeil amusés, et en conclut qu'il s'agit d'un début d'information:
"Si l’on recoupe ce tweet avec les allusions d’une journaliste de i>télé hier soir (vidéo ci-dessus), les choses se précisent", tranche-t-il. Ce qui est complètement faux. Mais l'auteur prend Internet pour ce qu'il n'est pas. Un média.
Sauf que l'important n'est évidemment pas ce qu'est Internet en réalité, mais la façon dont il est perçu par la plupart des gens. C'est à dire, quand même, un média. Certes, chaotique, mais une forme de média.

Plus intéressant encore, ce blog sur le site du grand quotidien "Le journal du dimanche", qui est un simple contenu amateur hébergé sur la plateforme du site comme chez beaucoup de médias. Sauf que le billet amateur apparait commune une info sur Google News (qui n'est pas géré par un journaliste, mais par un algorithme) :


Depuis, le JDD a supprimé le post. Trop tard.
Il n'en faut pas plus aux médias étrangers pour évoquer un "reportage du grand quotidien français".


Faut-il les blâmer ? Oui, parce que mes confrères d'outre-manche n'ont pas pris la peine de vérifier l'information. Mais oui-et-non parce que la présentation du blog n'est pas claire. La confusion des genres est évidente.

Et, au bout du compte, que nous apprend cette histoire ? Que le web est une poubelle ? Non.
Que les journalistes web sont des inconscients ? On voit bien que la propagation de la rumeur n'a pas été le fait d'un seul tweet, d'un seul billet, mais d'un enchaînement de contenus qui, pris séparément, étaient finalement assez cryptiques, mais qui, de fil en aiguille, par le courant fou du réseau, s'est transformé en quelque chose de beaucoup plus structuré.

Bienvenue dans le monde de l'info en réseau.

Ce que l'on apprend, c'est que l'on n'a pas fini d'apprendre justement. Internet, qui n'est pas un média, est une sorte de bistrot. Mais qui n'est pas qu'un bistrot. C'est un réseau au sein duquel les frontières entre discussion privée, publique, information, publication, réseau public/privé n'est pas encore claire.
Et qu'Internet mute à une telle vitesse que les usagers n'ont pas le temps de se forger des armes pour apprécier à leur juste valeurs les contenus et les humeurs qui s'échangent sur le Net.

Tiens, Facebook, c'est quoi au fait ? Un réseau privé ou public ? Qu'est-ce que je peux dire à mes amis au bistrot que je ne peux pas dire à mes amis sur Facebook ? Oui mais si je connecte mon facebook à mon blog ? Et Twitter alors ?
Compliqué.

Ce qui est passionnant, encore, c'est que même les avis sur la propagation de la rumeur (qui est parfaitement contraire à la loi actuelle) ou même sur la simple conversation publique/privée autour du sujet, sont partagés.
Sur son blog, le journaliste Olivier Bonnet (dont le billet a bizarrement été modéré sur LePost), trouve le buzz exemplaire, pour une fois:
"Pas d’accord, Messieurs, c’est le juste retour de bâton : après avoir vendu à l’opinion la love story conte de fée entre le président et la chanteuse mannequin, complaisamment exposée dans le but d’améliorer l’image de Sarkozy et d’en tirer des bénéfices politiques, qu’il souffre aujourd’hui que la même opinion apprenne la suite (gênante) de l’histoire. Pris au piège du storytelling, confronté à la prosaïque réalité."

Je ne sais pas s'il a raison ou tort. Je pense aussi, comme Guy Birenbaum, que certains amateurs et professionnels ont joué avec le feu.
Non, ce que je trouve intéressant, c'est que le débat a eu lieu.
Et pour qu'il ait lieu, il fallait qu'il "sorte" sur Internet. Ce qui pose des problèmes de déontologie, de moralité et de légalité... certes.
Mais.

Internet n'a pas fini de nous suprendre.

Alors que faire ?

Ce que nous apprend cette histoire, c'est que nous allons devoir travailler sur la clarté du web. Internet est un espace en création, en mutation collective. Il n'est pas étonnant, il n'est pas malsain non plus, que des conversations comme celle qui agite les moteurs de recherche aujourd'hui, se retrouvent dans les réseaux sociaux et les forums. Parc qu'Internet est un réseau, pas un média. Le problème, c'est que les balises se mettent en place moins vite que les usages.

Il va falloir sans doute "baliser" Internet, à défaut de vouloir en faire à tout prix un espace de publication traditionnelle. Quand je vais dans un bistrot, je sais que je vais dans un bistrot, et je sais faire la différence entre ma station de radio et mon bistrot.
Sur le Net, c'est plus compliqué.

Qui devra créer ce balisage ? La communauté, comme cela s'est toujours fait ? L'Etat ? Les journalistes ?

La discussion est ouverte.

samedi 4 juillet 2009

Ce que nous apprend Twitter


Qui n'a pas entendu parler de Twitter ?
Twitter existe depuis 2006, mais ce n'est que depuis 2009 que, dans les rédactions, on ne parle (presque) plus que de ça (le reste du temps, on parle de la fin des journaux ou de modèle économique défaillant sur Internet...).
La "révolution Twitter"...: en juin 2009, l'expression a fait le tour des conversations sur le Web et dans les médias.

Que s'est-il passé ?

Il y a eu, bien sûr, l'élection américaine, en novembre 2008, qui a démontré la capacité de ce service de microblogging à diffuser un nombre incroyable d'informations plus rapidement que les médias traditionnels.

Juste après, il y a eu la crise terroriste à Mumbai. Laquelle a surtout montré les limites de la révolution Twitter: Twitter n'est pas un canal d'infos, c'est un bistrot mondial où s'échangent des contenus qui nécessitent une vérification.

Et puis il y a eu l'élection et la révolte iranienne en juin 2009.

Et là, on est monté d'un cran.

Pourquoi ? Parce que cette fois, les journalistes, écartés par le régime, ne pouvaient pas couvrir l'événement.
Résultat: Twitter s'est imposé comme la source d'information N°1.

A tel point que, le 18 juin, The Economist titrait "Twitter 1 - CNN 0" !

CNN qui, dans le rush du direct, a même utilisé Twitter comme source de témoignages, mais sans toujours vérifier... (CNN a également reçu près de 6000 contenus amateurs via sa plateforme participative iReport et diffusé 180 après vérification).

Privés d'infos de première main, les médias n'avaient pas le choix, constate le New York Times. Les médias sociaux étaient une source incontournable.

Près de 480.000 personnes ont participé à la conversation sur Twitter sur l'Iran, entre le 7 et le 26 juin.
Plus de 2 millions de tweets ont été partagés. Une grande partie d'entre eux étaient des "re-tweets", c'est à dire des duplications de tweets originaux (source : Web Ecology Project: "The Iranian Election on Twitter").

Twitter a également permis d'accélerer la diffusion de documents amateurs photo et vidéo. On retiendra la terrible scène de la mort de Neda Soltani, filmée par plusieurs téléphones portables.

Difficile de savoir combien, parmi les 480.000 "twitterers", tweetaient depuis l'Iran. Sans doute très peu. Plutôt des étudiants, déduit Gilles Klein sur son blog. Selon une analyse rapportée par le NY Times, il y avait 19235 utilisateurs de Twitter en Iran en juin, contre 8654 à la mi-mai.

D'ailleurs, note Francis Pisani, Twitter a surtout permis à l'info de circuler dans le monde, pas tellement aux manifestants de s'organiser... Et, tempère Slate.fr, il a aussi pu être utilisé pour désinformer...

Peut-on parler de révolution ?

C'est une vieille manie des observateurs d'Internet. Tout est "révolution". En fait, le Web procède surtout par "accélérations".

Comme le Web 2.0. avec les plateformes participatives (YouTube, blogs) et l'arrivée du haut-débit, le troisième cycle du web, via Twitter et le iPhone, n'est qu'une accélération des principes fondateurs d'Internet: la communauté, le partage et l'info en "live".

Mais c'est de cette accélération que procède la révolution qui s'opère aujourd'hui dans l'écosytème de l'info.

Quelles sont les clefs de cette révolution ?

1- Twitter = live.

Un tweet, c'est 140 signes maximum. C'est la culture du sms appliquée à l'écriture en ligne. Tout va plus vite. On écrit l'actu en live, comme elle vient, sans aucun souci de construction. La construction du contenu n'est plus grammaticale, elle s'incrit dans le temps, elle devient vivante et sociale.

2- Twitter = fragmentation.

Conséquence : Twitter pousse à l'extrême la fragmentation de l'information. On descend toujours plus bas: aux premiers temps d'Internet, c'était le site qui primait.
Mais avec le Web 2.0 (2005), dominé par l'efficacité diabolique de Google, on est descendu jusqu'au contenu: je ne cherche plus le site, mais le contenu qui m'intéresse.
Le post, l'article est devenu le centre de la navigation sur le web.

Mais Twitter nous emmène plus loin: demain, ce sont les commentaires, la mise à jour, et les liens qui prendront le dessus.

2- Twitter = partage.

Avec le micro-blogging, la notion de "site" s'efface donc devant celle de "lien", de partage.

Pourquoi Twitter a-t-il été autant utilisé pour l'Iran ? Parce qu'il échappait plus facilement à la censure parce qu'il était partout. Contrairement aux apparences, Twitter n'est pas un site de contenus, c'est un process, un système.
On peut consulter et produire ses tweets sur Twitter, évidemment, mais aussi depuis des dizaines de plateformes, de sites, de widgets, d'applications différentes...

Cela va profondément modifier l'architecture et les process des médias dans les prochaines années.

Mais aussi ceux des moteurs de recherche.

3- Twitter= hashtag.

Le hashtag est un mot clef accompagné du signe "#" (#tag), que l'on place au début de son tweet afin de créer des fils de conversation (avec un moteur de recherche, on peut alors visionner tous les articles utilisant ce mot-clef) .

Ainsi, l'article s'efface-t-il au profit du "topic" (sujet): un process communautaire où l'info est mise à jour, commentée et partagée par une communauté, à l'intérieur du "topic".

4- Twitter= copier-coller.

Twitter est le temple de ce nouvel usage de l'info: le copier-coller. On appelle ça "re-twitter", ou "RT". L'internaute reproduit à l'identique un tweet écrit par un autre, dans le seul but de le partager et d'en discuter avec sa communauté.

Les vieux médias ont le copier-coller en horreur. Notre culture même nous invite à considérer la copie comme une pratique négative (il est interdit de copier au bac...).
(Et je ne parle pas d'Hadopi...)

Et pourtant... Toute la culture d'Internet se concentre dans ce crime de lèse-droits d'auteurs: je re-copie un contenu, non pas pour le voler mais pour le partager et en parler avec mes amis.

5- Twitter= info sociale.

Car Twitter n'est pas un média. On ne lit que les contenus de ses "amis", les personnes que l'on a choisi de suivre. Il n'y a plus de mainstream. Plus d'info descendante, plus d'info de masse. C'est de l'info partagée.

De l'info sociale, c'est à dire une info qui sert de support à une sociabilisation: elle ouvre une conversation, elle me fait rencontrer d'autres personnes, elle est plus pertinente parce que prescrite par un ami.

5- Twitter = reply.

C'est une fonction essentielle de Twitter, que l'on trouvait déjà sur YouTube. Sur Twitter, on peut créer un contenu en "réponse" à un autre contenu. Ce qui crée des chaines de contenus qui échappent complètement au process classique de hiérarchisation. C'est l'accélération de la conversation. Chaque contenu est une partie d'une conversation qui, elle même, est devenue l'écosystème dans lequel l'info se distribue.

6- Twitter = info non vérifiée.

Une fois encore, je risque de choquer. Mais Twitter, comme YouTube en son temps, valide l'idée d'une information brute, qui ne procède pas du travail d'un journaliste. Une info qui, non seulement circule entre les individus, mais échappe de plus en plus à la lourde logique du journaliste vu comme "médiateur" entre l'info et le lecteur.
Une info est-elle une info si elle n'a pas été vérifiée par un journaliste? Dave Winer, l'un des inventeurs du flux RSS, pense que oui...

7- Twitter = attitude active.

Je pense que nous ne sommes pas au bout de la révolution de l'info.
Nous allons passer d'une culture de l'info certifiée à une culture de l'info partagée. C'est à dire à une culture de la désintermédiation et de l'info multi-sources.

Y-a-t-il danger ? Oui, comme dans toute transition. Et la capacité des médias à s'adapter sera déterminante dans cette phase critique de libéralisation extrême.

Nous verrons ainsi l'émergence d'une culture de la méfiance, ou (pour être plus positif) de la vigilance accrue face à l'info. Qui me dit ça ? Et pourquoi me le dit-il ?

Nous assisterons à la constitution d'un lectorat de moins en moins passif face à l'information. Chaque lecteur deviendra part du média.

Je vais trop loin ?

(Illustration: Gawker.com, sur l'utilisation de Twitter par CNN)

vendredi 5 juin 2009

Forçats de l'info, dépêches d'agence, coûts et salaires... on se pose les vraies questions ?


Je ne me suis pas exprimé sur la polémique provoquée par l'enquête édito de mon confrère du Monde sur les "forçats de l'info" (le surnom qu'il donne aux journalistes web).

Rien à ajouter au débat buzz, dont vous trouverez la plupart des éléments dans Libération (ainsi que sur le blog de "misspress", future journaliste web, et sur Rue89).

Rien à ajouter à chaud, parce que l'article qui a mis le feu aux poudres vulgarise caricature à l'extrême une situation complexe. Il simplifie trop (même s'il dit parfois vrai). Et il évite de manière trop évidente la nécessaire remise en question du vieux modèle de journalisme porté par l'industrie de la presse papier, pour nous permettre, nous professionnels de l'info sur le web, de débattre sérieusement d'un vrai sujet: qu'est-ce que le journalisme aujourd'hui ? Quels sont ses nouveaux rythmes, ses enjeux, ses frontières, ses contradictions? Quelle place donnent les médias papier, aujourd'hui dans l'impasse, à sa nécessaire mutation ?

J'ai donc préféré de rien dire (à part constater qu'il s'agissait du premier buzz orchestré (et brillamment orchestré! Sur Twitter!) par un journaliste papier du Monde. Ce qui, d'un point de vue sociologique, est assez intéressant).

Mais si on se posait les vraies questions ? Si on mettait (vraiment) les pieds dans le plat ?

1- Précarité, salaires: dire qu'un journaliste est mal payé, sans contextualiser, ne veut rien dire.
C'est tout le modèle de la presse online et offline qu'il faut prendre en compte, car les "OS" de l'info on en trouve sur le papier, en radio, en télé, comme sur le web, depuis des années. Les grilles de salaires varient selon les médias et leurs modèles d'affaire.

La vraie question à se poser aujourd'hui, pour chaque média c'est: Combien coûte, combien rapporte l'info ? Qui est payé, combien, pour faire quoi aujourd'hui? Pour quels vrais résultats, pour quelle valeur ajoutée ? Sur le web, comme ailleurs (surtout ailleurs), il y a d'importantes lignes de coûts que l'on pourrait supprimer pour les affecter ailleurs.

2- Par exemple: avons-nous besoin de payer (même mal) des journalistes pour reprendre mettre en forme des dépêches AFP ou Reuters?

Cela fait un moment que je pense que le modèle industriel sur lequel s'appuient les agences de presse est mort.

- A quoi ça sert, pour un média papier, de payer 1 million d'euros par an pour des dépêches AFP puisqu'on peut déjà les trouver sur Google ?

Je veux dire par là: pourquoi les publier puisqu'elles sont déjà accessibles (et donc dépassées), et surtout pourquoi payer la consultation sur le fil d'agences quand on peut consulter les mêmes infos, et même plus d'infos, sur Internet ?

Avec 1 million d'euros par an, on paie 15 journalistes.

Je ne dis pas que l'AFP ne sert à rien. Son travail de collecte d'info brute est indispensable. De qualité.

Je dis que la façon dont elle commercialise et distribue son info est obsolète.

Le batonnage des dépêches ne sert à rien. Ce n'est pas une mission pour des journalistes, mais pour des agrégateurs d'infos comme Yahoo ou Google News.
Qui va payer l'AFP ? Je ne sais pas. L'Etat, une taxe, Google... Mais pas les sites d'infos.
Pourquoi ? Parce que ce n'est pas leur mission.

- Un site d'infos qui se passerait des dépêches d'agence économiserait entre 10.000 et 50.000 euros par mois (si je tiens compte des salaires des journalistes chargés de mettre en forme ou d'enrichir les dépêches).

Avec 50.000 euros, on paie une petite dizaine de journalistes. On peut en affecter 1, 2 ou 3 à faire de la veille d'infos et du journalisme de liens pour produire les breaking news. Et le reste à faire : de l'enquête, de la contextualisation, du reportage, de l'animation de communauté, de la documentation etc etc

Quand j'ai arrêté l'AFP et Reuters sur le Post.fr, j'ai embauché deux journalistes et l'audience a grimpé de 25%.



3- Le paysage de l'info a encore muté ! L'info s'est accélérée, elle s'est techniquement scindée en deux.

Quel est ce paysage?

C'est Matt Thomson qui en parle (indirectement) le mieux. Matt a participé au fameux EPIC 2014 (sur l'avenir des médias) et au blog "newsless.org". J'ai eu le plaisir de croiser la semaine dernière.

Sa baseline, provocatrice (et intraduisible!):
"It's time to stop breaking the news, and start fixing it"
Je ne rentre pas dans le détail de son discours, je vous renvoie à ses travaux, mais ce qui ressort de son analyse c'est qu'il y a deux rythmes, deux valeurs d'infos, qui s'entrecroisent:

- Les breaking news, l'info en direct, remise à jour régulièrement. C'est désormais le domaine de Twitter, ce site de microblogging (petits posts de 140 signes) qui, en quelques années, s'est imposé comme le Google de l'info live.

Cela peut vouloir dire qu'il faudra remplacer ces archaïques articles-dépêches qui nous prennent tant de temps, par des "topics" (des fils de news sur un sujet) qui seront mis à jour par des micro-articles de 140 signes (brèves ou liens): par des journalistes, ou par la communauté. Ici, la valeur, ce n'est pas la mise en forme, l'illustration, mais l'immédiateté et la conversation.

- Les "wiki news", l'info façon wikipédia: sur un sujet d'actualité (aussi "chaud" que le crash d'un Airbus, ou sur une temporalité plus large comme la crise financière). Une info ressource, à forte valeur ajoutée, remise à jour avec la communauté, qui contextualise, permet d'aller plus loin, de comprendre, qui sert de ressources et éditorialise les ressources existant sur le web.
C'est aussi l'info de première main, exclusive, de l'enquête, du terrain (web et "in real life"). Le tout compris dans le cadre d'une mécanique d'info en réseau.

On passe du contenu/story au "topic", du contenu/article au process. L'info vivante, communautaire, où la mission du "journalisme" (pris comme une fonction partagée avec la communauté, pas comme un métier) est d'éditorialiser, d'enquêter, d'animer, de rassembler, de copier (si si...) et d'enrichir en permanence.

Alors, prêts à (per)muter ?

mardi 2 décembre 2008

Twitter: fiable ou pas fiable?


Je profite de la lecture d'un post très intéressant sur la fameuse rumeur qui a couru sur Twitter durant les événements de Mumbai (Bombay) pour répondre aux commentaires générés par mon dernier billet sur le sujet.

Stephane Dangel: "Comment par contre, authentifier avec un maximum de certitude une breaking news transmise par twitter ou n'importe quel autre device ?"

Emmanuel Parody "D'un autre côté Joannes a raison de pointer les erreurs et le bruit. A commencer par la pseudo intervention de la police indienne sur Twitter. A ma connaissance l'info a été démontée mais les sites qui se sont extasiés sur cette intervention ne se sont pas précipités pour corriger. L'émotion d'abord... "
Certes Joannes passe à côté du phénomène mais je crois que dans ce phénomène il est beaucoup plus question d'émotions que d'informations."

Twitter, la plateforme de micro-blogging, considérée comme "la plus réactive" sur les attaques terroristes en Inde était-elle la plus fiable? 

Sur son blog la journaliste indépendante Amy Garhan est une des rares à avoir enquêté sur cette fausse information qui, partie de Twitter, a été relayée par les plus grands médias, la BBC en tête, sans aucune vérification:

Selon le compte twitter "Mumbaiupdates", les autorités auraient demandé aux internautes de cesser de bloguer en live sur twitter afin de ne pas donner aux terroristes des informations qui pourraient leur être utiles. Le 26 novembre, sur le site de la BBC, à 11h, on pouvait lire: 

“Indian government asks for live Twitter updates from Mumbai to cease immediately. ‘ALL LIVE UPDATES - PLEASE STOP TWEETING about #Mumbai police and military operations,’ a tweet says.”

La blogueuse a donc enquêté, assez rapidement. Une simple recherche sur twitter lui a permis de retrouver la trace de l'auteur, un certain Mark Bao, habitant Boston aux Etats-Unis. Pas à Bombay...

Ce dernier précise finalement, toujours sur son compte twitter, que finalement,  l'info aurait été confirmée en vidéo par la police, mais qu'ils parlaient plus généralement de couverture en live de l'info, sans nommer spécifiquement twitter. Téléphone arabe. On en resterait donc à "couverture de l'info en live"... qui inclut la télévision. 
Sauf que personne jusque là n'a confirmé la fameuse source vidéo (Bao n'a toujours pas répondu précisément aux questions d'Amy).

Quelles leçons tirer de cette rumeur relayée par Twitter et les médias? 
La faute à Twitter... ou aux médias ?
Hum... voyons voir: 

Evidemment, Twitter, comme toute source dite "brute" sur le Net (c'est à dire générée par les internautes, les blogueurs, les citoyens...), n'est pas fiable en soi. 
Ce serait comme aller au bistrot, écouter ce qui se dit, et en conclure: "le bistrot est un média". Le bistrot est une source, les journalistes de terrain le savent bien. Pas un média. Twitter, c'est(presque) pareil.
Le problème, c'est que les journalistes traditionnels ne sont pas habitués au "fast checking" sur Internet (vérification rapide de l'information).  Nombre d'entre eux sont encore un peu perdus face au web. Qui n'est pas un média, je le rappelle, mais un réseau, où s'échangent des informations, vérifiées et non vérifiées.

Inutile de se réjouir en criant: "Vous voyez? Internet n'est pas fiable!" Ce n'est pas pour cela que toutes les sources non journalistiques ne sont pas intéressantes, de grande valeur. Au delà des capacités d'auto-correction du réseau (façon wikipédia), c'est aux journalistes de se former à la vérification de l'info "brute" sur le Net. A eux de vérifer, d'encadrer les communautés pour en tirer le meilleur. C'est leur métier. 

Enfin, pour répondre aux doutes émis par Emmanuel sur la qualité "informative" du "User generated content" (Sur Twitter, c'était de l'émotion, pas de l'info). 
Encore faut-il comprendre ce que l'on entend par info. Est-ce de l'info de première main? Il y en a eu, mais très peu (lire aussi ici). Le reste? Beaucoup de veille d'infos en live sur les médias, ce qu'on appelle le "journalisme de liens" et qu'on ose enfin appeler de l'info. 
Sur le Net, en plus de cette veille, très riche, très réactive (souvent plus réactive que celle des journalistes, c'est la force du réseau), il y avait aussi de la conversation (c'est de la valeur ajoutée d'info),  mais également des photos sur place (c'est de l'info), et de l'émotion (de l'info?). Il y a aussi des témoignages de première main sur des blogs.
Oui, il y en a eu peu. Oui, il y en aura de plus en plus (avec l'arrivée du iPhone, notamment). Imaginez le même événement, aujourd'hui, en plein New York. 

Il ne s'agit pas de remplacer l'info des agences par Twitter ou Flickr (la plateforme de photos), mais de les exploiter intelligemment, et de former les journalistes à les apréhender.

Ainsi qu'une discussion sur le sujet (en anglais): how should journalists use Twitter? (merci à Eric pour le lien)

samedi 29 novembre 2008

Mumbai-Bombay, congrès du PS, Twitter...: le live, l'arme fatale du participatif


Au moment où je m'apprétais à écrire sur le live-blogging et les expériences participatives que nous menons depuis quelques semaines sur lepost.fr, et tandis que je venais juste de former des étudiants en journalisme à la veille sur Twitter (en leur expliquant que même s'ils ne comprenaient pas pourquoi ils me remercieraient plus tard), un événement mondial faisait de cette nouvelle pratique sur le web le nouveau "must" journalistique.

Depuis deux jours, la blogosphère médias française ne parle (presque) que de ça (les Américains un peu moins, ils l'expérimentent depuis plusieurs mois déjà):

Twitter, cet outil qui permet, sur Internet, à tout citoyen, journaliste ou blogueur de poster très rapidement des micro-articles de 140 signes, façon sms, s'est montré l'outil le plus réactif pour suivre les attaques terroristes de Bombay.

- Pascal Taillandier de l'AFP s'emballe et parle de Twitter, comme d'un "nouveau média": avec "des informations tellement précises que selon certains micro-bloggeurs, la police indienne estimait que certains messages aidaient les terroristes présumés, rapporte timesonline".

- Philippe Couve, journaliste blogueur et adepte des bonnes formules, préfère voir Twitter comme "une source de sources", comprenez: pas un média, mais un accès touffu, chaotique, en live, à de multiples sources d'informations et d'opinions non filtrées, professionnelles et personnelles.

- De son côté, Laurent Suply journaliste au Figaro, raconte comment Twitter est devenu un outil indispensable pour suivre les événements en Inde:
"Rien, à ma connaissance, ne va sur cette Terre plus vite que Twitter. Ni moi, ni les télés, ni les agences."


Selon lui, il y avait très peu de témoignages, contre beaucoup d'internautes qui se contentaient de commenter et de reprendre les médias. Mais son analyse amalgame beaucoup de concepts et souffre d'un manque de compréhension de ce qu'est le participatif, l'information en réseau et le journalisme de liens.

Qu'est-ce que cela nous apprend?
Avant de se jeter sur la mode Twitter, et de n'en (re)garder que l'outil, il faut bien comprendre que ce qui est passionnant dans ce que nous venons de voir (mais que l'on avait déjà remarqué lors du passage des ouragans aux USA et lors de la campagne présidentielle américaine) c'est l'émergence d'un nouvel Internet.
Et l'émergence, en particulier, d'une nouvelle dimension de l'info sur le web. Le live, évidemment, mais surtout le live en réseau, forcément participatif, une sorte de wikipedia du live, encore extrêment chaotique mais que l'on sent déjà capable de s'organiser autour d'événements marquants et se prolongeant dans la durée comme une soirée électorale, une guerre ou... le congrès du PS (cherchez l'intrus).
Ces dernières semaines nous avons testé cette couverture "live" par la communauté sur lepost.fr. Au départ, c'était juste un test. Et j'avoue avoir été vraiment fasciné par l'étonnante machine que nous avions créée.



Je ne vais pas revenir en détail sur l'ensemble des opérations que nous avons mises en place: pour les gros événements, une "homepage" spéciale rassemblant un bloc de titres mêlé à des liens envoyés en "direct" par la rédaction et un pool d'internautes, un bloc de vidéos, un bloc twitter (nous avions demandé pendant le congrès du PS par exemple, à des représentants de chaque motion de twitter en live le congrès pour nous...), et surtout un bloc "live" géré par une équipe d'internautes et de blogueurs issus de la communauté du Post.

C'est ce dernier outil qui m'a le plus étonné... et fasciné.

Lors du deuxième tour de l'élection de la première secrétaire du PS, le 21 novembre, nous avions laissé la communauté gérer toute seule la nuit électorale.
Pour cela nous avons développé un outil s'inspirant de twitter et "live messenger": un agrégateur de micro-posts, sur lequel peuvent intervenir une dizaine d'internautes (ou plus). Chaque auteur peut poster en temps réel du texte, des liens, des photos (et bientôt de la vidéo). Chaque micro-post peut-être commenté.




Pour la soirée électorale, nous avions sélectionné des contributeurs présents sur lepost depuis plusieurs semaines et avec qui nous avions une relation de confiance: parmi eux des militants, des passionnés d'infos, un chômeur, un blogueur spécialisé en politique. Résultat: des posts presque toutes les minutes, avec énormément de liens vers d'autres blogs ou médias, vers des "twitts", des images issues de la télévision, des déclarations entendues à la radio, bloguées en live, mais aussi des résultats locaux que certains posteurs recevaient par mail, mais aussi de l'émotion, des commentaires qui corrigeaient certains posts.
A minuit, le live (qui fonctionnait comme un agrégateur collectif d'infos en direct) était plus réactif, plus riche, plus complet que la plupart des live des autres médias en ligne. Avec zéro journaliste. Et zéro débordement. Etonnant...

Pluis étonnant encore, le live a duré non-stop pendant 5 jours, 24h sur 24h, sans aucune interruption. Les posteurs se relayaient et bloguaient même à 3h du matin...

Témoignage de l'un d'eux, que j'ai joint par téléphone cette semaine. Il faisait parfois des journées "live" de 15h d'affilée. Une vraie drogue.
"Cela demande une agilité tentaculaire. Mon info je la prenais sur tous les sites d'infos. J'avais une quinzaine d'onglets ouverts sur mon navigateur, avec tous les sites réactifs. Mais je recevais aussi des infos en direct de la fédération toulousaine parce que je suis de Toulouse...
Pour le reste, j'étais en veille sur BFMtv, i-Télé, France-Info... je reçois tous ces médias sur mon ordinateur ce qui me permet de faire des captures d'écran.
Je me sentais bien sûr concerné par cette histoire de congrès du PS (je suis un ancien adhérent qui n'a pas repris sa carte), mais en même temps j'essayais de ne pas faire de posts partisans.
Quand je fais des posts j'aime bien créer le débat. Avec les commentaires qui s'accumulent (il y en a eu plus de 4000 sur le live, NDLA) on voit qu'on est lu, c'est une sorte de drogue! On est pris par le mouvement, par la réactivtié des gens qui commentent. Il y a même eu sur le live du Post, des infos de médias officiels qui étaient corrigés par les commentaires des internautes!"

Même opération avec les événements en Inde. Pendant 3 jours, non-stop, une petite dizaine de posteurs, aidés cette fois (en journée) par la rédaction, se sont chargés de la couverture en live. Avec beaucoup de liens vers twitter, beaucoup de photos capturées à la télévision, de l'émotion aussi (l'un des posteurs avait son fils en vacances en Inde)...



Evidemment, nous n'aurions pas obtenu ce résultat si la rédaction du post (des journalistes, donc) n'avait pas derrière elle un long et patient travail d'animation de sa communauté, et si elle s'était contentée de dire: on vous ouvre un espace "live".
Les internautes présents sur le live sont en contact avec la rédaction depuis plusieurs mois. Les journalistes les connaissent, les encadrent, les forment parfois. C'est une des nouvelles fonctions du journaliste en réseau. Animer une communauté.

L'objectif, ici, n'est pas de produire une information low-cost sans journalistes, mais de travailler intelligemment dans le cadre d'une info en réseau. Produire une info plus pertinente par rapport aux attentes des lecteurs: hyper réactive, moins conventionnelle dans ses choix, plus "live", plus libre, avec plus de ton, de conversation, beaucoup d'émotion.
Je me souviens du live de la nuit électorale américaine, pendant le discours d'Obama, un posteur a écrit: "je suis en train de pleurer". En relisant le live le lendemain, on avait non seulement une idée de ce qui s'était passé, mais aussi de l'émotion qui a saisi la France cette nuit là...

D'aucuns répondront qu'il ne s'agit que de "veille d'info". Mais sur Internet, le journalisme de liens (qui trie et donne du sens) est une vraie fonction d'info. Une fonction journalistique, qui peut être assumée par des non-journalistes (le journalisme est alors vu comme une fonction, non plus comme un métier). On peut être non journaliste et excellent lecteur et decrypteur d'info.
D'ailleurs, journaliste ou pas journaliste, peu importe. C'est la force du réseau qui constitue la richesse du live "participatif".

Pourquoi y-a-t-il aussi peu de témoignages directs dans tous ces "live"? D'abord, il y en a eu: ce live étonnant sur Twitter (par un journaliste indien), mais aussi cette série de photos sur Flickr envoyée par un internaute photographe.

Il y en a eu, assez peu cependant, mais il y en aura de plus en plus. Ce n'est pas une question de "vacuité", c'est d'abord une question d'équipement. Avec l'explosion des iPhone, nous allons vers un monde connecté en permanence. Et donc un potentiel de témoignage en direct de plus en plus conséquent, qui pourrait bien s'emballer, une fois le "tipping point" passé.

Au lieu de s'élever un peu rapidement contre la vacuité du "peuple" non journaliste, Alain Joannes ferait mieux de réflechir à la place du journaliste dans cette nouvelle mécanique de l'info live. Il y a du boulot!

A voir également sur ce sujet:
- Un bon outil pour monitorer plusieurs flux twitter: monitter.com
- Un autre outil pour faire des recherches sur Twitter: search.twitter.com (ici, le canal "mumbai" sur les attentats)
- Une agrégation de différents flux live sur les attentats (twitter et flickr, notamment)
- Un article du magazine américain Wired sur la couverture de l'événement via Twitter.

lundi 6 octobre 2008

L'article en réseau


J'ai eu une discussion passionnante cette semaine avec Francis Pisani ("Transnets", un blog du Monde.fr) sur de la meilleure façon de couvrir la crise financière.

Ce thème de la crise financière constitue presque un cas d'école pour le web: c'est un événement majeur, persistant, hyper-présent sur la toile. Cela fait plus d'une semaine que tous les médias et les blogueurs en parlent. Et le web se remplit chaque jour d'une masse d'informations colossale: des infos, des opinions, des analyses contradictoires arrivent de partout, toutes les minutes, jour et nuit.

Quels outils offre Internet pour aider les lecteurs à mieux suivre et comprendre la crise? Et qu'est-ce que ça nous apprend sur nos pratiques?

La crise financière est l'événement idéal pour nous aider à envisager l'info non plus comme un produit, un contenu (l'article, le reportage) mais comme un flux.

Je veux dire : pas seulement un article ou un reportage vidéo que je publierais sur le web une fois écrit.

Mais un flux continu d'infos, d'infos fragmentées (des brèves qui s'enchainent, ou se répondent), apportant au lecteur les meilleurs éléments sur le sujet en temps réel.

Francis m'a expliqué par exemple comment il avait (sur un autre sujet que la crise) demandé à ses étudiants d'utiliser différents outils de micro-blogging pour travailler leurs reportages dans une logique de flux.

Ils ont créé plusieurs comptes twitter (par exemple ici) où ils postaient des mini articles (on appelle ça le micro-blogging) en temps réel, sur le sujet qu'ils couvraient. Ces mini-posts sont également des espaces de conversation puisque, sur twitter, chacun peut se répondre. Ils disposaient également de compte "tumblr" (un outil révolutionnaire et hyper simplifié de micro-blogging), comme celui d'Isabelle ici. Pour chaque événement, il suffit de créer une "room" (un espace) sur le site d'agrégation de flux Friendfeed. Vous avez un fil d'info interactif, vivant, mélant commentaires, reportages en live, citations et journalisme de liens (voir la room des étudiants en journalisme de Science-Po Paris ici. Le fil s'est un peu dégradé depuis le lancement, mais c'est toujours intéressant d'observer la mécanique)

Sur Lepost.fr, nous avons expérimenté cette semaine un bloc live mixant les derniers posts de la rédaction et de la communauté sur le sujet, et une liste de liens présentés sous forme de citation, envoyés en live sur Tumblr par une journaliste et des blogueurs éco. Voici le résultat:

De tous ces exemples je vois deux pratiques émerger, et se croiser:

1- L'info comme un flux : pas un produit, mais un process. Qu'il s'agisse de micro-blogging (via twitter par exemple) pour de gros événements (avec beaucoup de mises à jour et d'infos sur une courte durée de temps, voir par exemple ici le fil "élections USA" de Twitter), ou d'un post considéré comme un "work-in-progress", une sorte de chantier permanent avec des mises-à-jour plusieurs fois dans la journée.

Cette notion de flux, de process, va plus loin qu'on ne l'imagine. Il ne s'agit pas seulement de couvrir en direct : cela pousse les journalistes à envisager l'article comme un contenu inachevé, vivant, mais aussi une conversation: info en temps réel, fragmentée et interactive. On met à jour l'info le plus souvent possible (sur le même post, via plusieurs posts éclatés que l'on agrège, ou en micro-blogging), on agrège les news et les ressources publiés par les autres médias, on converse avec les lecteurs: on lit leurs commentaires, leurs corrections, leurs infos, on peut leur demander d'apporter de nouveaux documents sur le sujet. Les blogueurs peuvent aussi réagir à l'article et créer une nouvelle boucle de conversation... On est déjà dans le réseau.

2- L'info comme un réseau. "Link to the best": couvrir un événement, ce n'est pas juste écrire son propre reportage ou analyse sur le sujet. Les infos sont des infos en réseau. Si vous considérez que le journalisme c'est "donner la meilleure info au meilleur moment", alors vous devez aider vos lecteurs à accéder aux meilleurs ressources publiées sur le sujet sur le Net, au moment où elles sont mises en ligne... (Le Washington Post fait ça très bien depuis quelques jours)

Ces deux pratiques modernes fondent ce que j'appelle "l'article en réseau" ("networked article").

Le blogueur Jeff Jarvis vient juste d'écrire un post sur le sujet. Evoquant "la meilleure manière d'écrire un article", il ne dit pas autre chose (et il le dit mieux que moi) :

"1. Curated aggregation. Do what you do best, link to the rest. Here’s the best of the rest. See: MoneyMeltDown. (Faites ce que vous savez faire, faites des liens vers le reste)

2. A blog that treats the story as a process, not a product, with continuing coverage and conversation, asking and answering questions, giving updates, filling in gaps: a reporter showing her work." (Traitez l'info comme un process, pas comme un produit, avec une couverture en continu et une conversation...)

(Illustration: la carte de l'info sur le Net)