samedi 9 juin 2007

Les journalistes doivent-ils devenir programmeurs ?


La question semble incongrue mais les responsables de formations et les éditeurs de presse commencent à se la poser.
Journalism.co.uk évoque le cas de Adrian Holovaty, un développeur devenu responsable éditorial chargé de l'innovation rédactionnelle au Washington Post/Newsweek Interactive et lance le débat: les reporters doivent-ils apprendre à coder en plus de leurs compétences habituelles ?
La Northwestern University, dans l'Illinois, a lancé une formation de journalisme pour les développeurs. Un exemple à suivre pour les écoles de journalisme françaises ?
David Cohn, un jeune reporter de 25 ans, en est persuadé : le journaliste de demain devra apprendre à coder.
Pas d'accord, Dan Gillmor, le père du "citizen journalism", pense surtout que les journalistes devront apprendre à travailler main dans la main avec les équipes de développement.
Enfin, Alfred Hermida, formateur et anciennement journaliste à la BBC, reconnait que tous les journalistes n'ont pas apprendre à programmer, mais que l'industrie des médias a besoin de "geeks", de personnes qui comprennent les nouvelles technologies pour développer les nouvelles formes de journalisme.

Il manque aujourd'hui cruellement de passerelles entre le monde du développement et celui de la presse. Et amener des hackers aux métiers du journalisme est une très bonne chose. La profession s'est toujours nourrie d'éclectismes et de souplesse. Les nouveaux outils de l'info sur le Web restent encore à inventer. Ce sont ces "geeks" là qui, sans doute, aideront à défricher les médias de demain.

Mais l'Internet est d'abord une question d'usage plus que de technologie. Et il le sera de plus en plus. La révolution du Web2.0, qui est d'abord une mutation sociale, en est le meilleur exemple. Bien comprendre les usages, tout l'enjeu est là.

La crise des médias d'aujourd'hui n'est-elle pas d'abord une crise de générations ?

12 commentaires:

Philippe a dit…

La question est effectivement posée comme je le signalais il y a quelque temps.

Je suis plutôt sur la position de Dan Gillmor d'une manière générale. En effet, mon expérience personnelle me conduit à penser que les journalistes doivent apprendre à travailler avec les développeurs, ce qui est loin d'être une chose évidente dans beaucoup de cas tant les cultures, les langages, les temporalités sont différentes entre les deux métiers. Cela est source d'incompréhension, de quiproquo et de tensions alors qu'une compréhension des outils, méthodes, contraintes et jargon de l'autre permet de mettre en oeuvre des développements y compris dans des contextes difficiles.

Ceci dit, l'exemple de Holovaty est peut-être un signe avant-coureur de l'émergence d'une nouvelle génération qui intégrerait dès l'origine la double compétence.

Il semble en tout état de cause que la tendance soit à l'intégration progressive des développeurs informatiques au sein des rédactions.

emmanuel a dit…

D'accord avec Philippe. En fait le terme "développeur" me semble mal choisi.
La question est de savoir quel type de connaissance technologique peut permettre au journaliste d'être autonome sur un support numérique. Les connaissances de base du HTML doivent suffire avedc des notions de traitements d'image peut être.
A vrai dire l'essentiel concerne beaucoup plus la maitrise de l'outil infotmatique que du développement. Au delà cela deviendrait probablement improductif.
La question cruciale c'est surtout comment se répartissent les compétences au sein de la rédaction. Je crois par exemple fermement que le secrétaire de rédaction du futur (proche) devra maitriser le HTML. Travailler avec les designers et les programmeurs autour, par exemple, d'un cahier des charges me paraît le vrai défi.

Philippe a dit…

@ Emmanuel

Je crois que nous parlons pas exactement de la même chose. Des connaissances en HTML ne sont ni nécessaires (même si ça ne fait pas de mal), ni suffisantes.

L'enjeu, je crois, est ailleurs. D'abord il s'agit de faire en sorte que la dimension éditoriale reste maîtresse des sites d'info. Pour cela, comme disait je ne sais plus qui, "il faut dominer la technique sinon la technique te dominera".

Plus important, peut-être, il s'agit d'ouvrir un nouveau sillon en faisant en sorte d'exploiter éditorialement des bases de données d'information, ce qui nécessite de comprendre la logique de ce genre d'exercice.

Pour illustrer mon propos, je dois dire que j'ai été surpris que, sauf erreur de ma part, personne ne se soit saisi des parrainages des candidats à la présidentielle (diffusé en pdf par le Conseil constitutionnel) pour constituer une base de données dans laquelle on puisse faire des recherche. Rechercher par exemple tous les "parrains" d'un candidat dans une région ou un département. Rechercher via le nom de son maire ou de son conseiller général pour savoir qui il a parrainé, etc.

Les exemple de ce type sont multiples de données structurées ou facilement structurables qui ne sont pas exploitées à plein. Sans compter les données que les journalistes, avec l'appui d'une communauté, peuvent collecter et ensuite mettre en forme de la sorte.

Pour créer de telles applications éditoriales, il n'est pas nécessaires d'être soi-même développeur informatique mais il faut avoir conscience de ce qui est faisable et de la manière d'y parvenir. C'est ce que j'appelle un "développeur éditorial" même si l'appelation apparemment n'est pas très bien comprise.

Si quelqu'un a une idée sur la terminologie, je suis preneur.

Erwan a dit…

tout dépend ce qu'on appelle aujourd'hui programmer. un certain nombre de languages de programmation n'ont pas forcément été créé uniquement à destination des purs informations, tel que php, python, et nombre de développeemnts autour du web/html/javascript vise à laisser à des utilisateurs néophytes en la matière la possibilité de prototyper voire de réaliser ce qu'ils ont en tête.

Il n'y a pas de raison que le journaliste ne se décie pas à en faire autant, et il semble plus dur de faire comprendre un besoin à un développeur que pour un spécialiste du langage comme un journaliste, de rajouter une corde à son arc.

je dis ça entre autre parce que je fait les deux (journaliste et un peu de programmation pour aider mon travail de journaliste en tant qu'outil pour moi comme pour mes lecteurs).

Emmanuel a dit…

Philippe, je sais que tu tiens au terme de "développeur éditorial", j'en partage l'intérêt mais le choix du mot développeur me parait très confusant. On parle bien ici de "coder" donc je comprends le terme dans son acceptation informatique.
Au fond il y a deux sortes de besoins: celui du journaliste qui doit penser dasn un environnement multimedia et qui peut concevoir le cahier des charges d'une application (mashup ou autre).
De l'autre côté on attend de plus en plus du développeur (informatique) qu'il s'adapte aux besoins édtoriaux.
Au fond le mariage des deux est-il très différent de celui que l'on voit déjà avec les infographistes?

chris a dit…

Problème générationnel bien sur...Comme si les entreprises de presse (magazine en tout cas en ce qui me concerne) devait scinder leur offre en deux : pour les plus de 40 ans et pour les moins de 40. Et toutes les études en cours ici nous prouvent que les moins de 40 sont même prêts à abandonner leur magazine papier, alors que certains plus vieux utilisent à peine l'Internet. Comment créer une vraie stratégie dans ces conditions ?

Philippe a dit…

@ Emmanuel,

Je crois que nous sommes d'accord sur le fait qu'un rapprochement va avoir lieu entre les deux métiers: journaliste et développeurs informatiques.

Cette évolution concerne un nombre très limité de postes dans les rédactions (à l'heure actuelle en tout cas). Reste à savoir où se situera le point de rencontre entre les deux. L'avenir en décidera.

PS. L'appellation "développeur éditorial" n'est manifestement pas très intelligible. J'en cherche une autre. Si quelqu'un a des idées, elles sont bienvenues -et seront créditées ;-)

guillaume a dit…

Le rapprochement entre les métiers de l'informatique et les rédactions n'a pas attendu l'avènement d'internet dans la presse pour se matérialiser.
Le métier de journaliste a profondément été modifié ces dernières années au fil des évolutions technologiques des systèmes rédactionnels.
Aujourd'hui il est commun d'entendre parler de formes, de tourne, de styles et même de métadonnées au sein des rédactions
Néanmoins, il faut reconnaitre qu'internet agit comme un réel catalyseur dans ce rapprochement des métiers du journalisme et de la technique. Alors oui, il est tout à fait probable que le niveau d'expertise des journalistes en informatique va continuer à s'accroitre, mais en suivant très probablement une courbe asymptotique limitée par les fondements même du génie logiciel et des technologies backoffice propres métier de l’architecte technique.
En tout état de cause le rapprochement entre différents corps de métiers est, de part ses échanges, une véritable richesse, à la fois pour les employés et l'entreprise.

alex de referencement blog a dit…

Alors c’est définitif tout le monde est développeur ?

Aujourd’hui la moindre personne installant un blog ou bidouillant quelques scripts PHP se dit développeur. Heureusement pour les développeurs (ceux qui ont fait plusieurs années d’études pour atteindre ce statut) ce n’est pas si facile et il est évident qu’un journaliste comme un développeur ne pourra pas obtenir la double compétence (à égalité).

C’est d’autant plus vrai que ces métiers sont très éloignés : Le développement fait appel à l’analyse et à tendance à "enfermer" le spécialiste dans ce secteur de l’informatique, alors que le journalisme est au contraire un synthétique, qui doit être très ouvert sur de nombreux secteurs d’activités.

Donc hors de question qu’un journaliste devienne développeur ou inversement, par contre il peut exister un nouveau métier Développeur-Editorial, qui serait un développeur comprenant les problématiques de informations des journalistes pour leurs créer des outils adaptés.

En ce qui concerne le besoin de technicité chez les journalistes, elle doit aller dans 2 sens :

- au niveau de la faisabilité de tel ou tel recherche, car aujourd’hui avec les outils de veilles et les informations disponibles sur le web, il est possible d’améliorer la productivité de la recherche d’information et même d’anticiper certaines informations (brevet + achat de l’entreprise X = nouveau service)

- au niveau de la rédaction pour la recherche, très triste problème mais les moteurs ne sont pas encore adaptés à comprendre toutes nos expressions, jeux de mots et synonymes, il faut donc que les journalistes se demandent de quelle manière l’internaute pourrait arriver sur cette page et si les principaux contenus (Titres, Title, Chapo..) sont adaptés.

Stefan a dit…

Ne mélangeons pas les genres.

Le journaliste travaille sur le contenu. Pour que celui-ci soit de qualité, c'est sur lui que le journaliste doit concentrer son temps, son talent et ses compétences.

Le codeur travaille sur le contenant - à l'instar d'un imprimeur en presse écrite ou d'un ingénieur du son en radio - et doit lui aussi lui appliquer l'essentiel de son talent.

Entre les deux, il reste de la place pour un secrétaire de rédaction ou un directeur artistique, pour faire une liaison de qualité.

Evidemment, il reste la possibilité d'être homme-orchestre et de tou faire soi-même, mais dans un secteur aussi réactif et aussi exigeant que la presse, cela amène à constituer une structure d'une extrême fragilité.

Il y a quelques années (avant l'Internet généralisé), je réalisais seul une newsletter professionnelle mensuelle. Reporter, SR, DA, Editeur, Imprimeur, Routeur, Comptable et Standardiste, je faisais tout et l'affaire roulait même si ma vie de famille en souffrait quelque peu. Et puis je suis tombé malade...

L'animation d'un simple blogue, peut devenir aujourd'hui un travail à plein temps. Comment le journaliste peut-il se donner à fond dans ses enquêtes et ses analyses s'il doit en parallèle passer le plus clair de son temps à régler des problèmes d'intendance de son support ?

Un travail d'équipe (motivée) apporte une plus grande souplesse et une plus grande robustesse à la publication, qu'elle soit sur Internet ou ailleurs.

Jean-Pierre a dit…

Pour créer et maintenir un site web aujourd'hui, il faut nécessairement avoir les deux compétences journalistique et technique.
Et si le fossé tent à se réduire entre les journalistes –essentiellement web users– et les développeurs -web doers- c'est parce que ces deux pôles de compétence interagissent et s'enrichissent quotidiennement.

La question d'un journaliste programmeur appelle une réponse manichéenne à mon goût. Je préfère parler de journaliste multimédia ou technicien.
Je m'accorde avec Emmanuel sur la nécessaire autonomie du journaliste qui nécessite une certaine maîtrise des outils et de l'HTML (acquisition / édition d'images, de sons ou de vidéos, création de fichiers pdf, ajoût ça et là de code html, copié-collé d'un code testé et livré par un développeur pour ajouter une vidéo). Cela s'apparente plus aux notions de JRI ou de technicien, mais dans la pratique, les demandes des rédacteurs web concernent principalement le fonctionnement immédiat ou un développement fonctionnel et non l'innovation –ajout de mashup, création d'un univers Netvibes– qui est plutôt le fait d'un concepteur ou développeur technique.

Le CUEJ avait lancé un DESS Gestion Technologique de l'Information, une formation intéressante que j'avais alors suivi, mais le programme s'est arrêté faute de recevoir des candidatures suffisament éditoriales ET techniques.
Les formations de journalistes en ligne, si ce n'est le cas, doivent aujourd'hui transmettre à leurs étudiants un savoir technique et une SENSIBILITÉ web, mais celle-ci se développe surtout dans la pratique de leur site perso ou de leur activité.
Dans le cadre d'un quotidien national, pour lequel j'occupais une fonction technique –mais qui incluait des pans rédactionnels : gestion éditoriale, conception du CMS–, j'ai ainsi transmis mon savoir-faire "technico-journalistique" aux webjournalistes, leur expliquant comment "penser web" dans leur titraille, leurs liens, nommages d'images ou d'URLs... Il a fallu parfois insister mais les résultats étaient visibles.

melanie a dit…

mouais... j'y crois moyen. j'ai bcp d'amis informaticiens, je les aime bien, mais de là à ce qu'ils deviennent journalistes, faut pas rêver et vice-versa. Moi je peux bidouiller un blog, tapper direct mes articles sur le net ou monter un article dans spip. De la à faire de la pgmmation, je suis pas sûre d'être au point ! ça me plairait bien, mais c'est vraiment un savoir différent du journalisme. ceci dit, il faudrait que les écoles aussi s'y mettent et qu'en plus des cours de mise en page (voire même à la place des cours de mise en page) elles proposent des cours d'informatique plus poussés... Pourquoi pas.