dimanche 10 septembre 2006

MySpace, moteur à business ?

Avec ses cent millions d'utilisateurs, ses 45 millions de visiteurs uniques et ses 25 milliards de pages vues par mois, le phénomène MySpace -qui vient de débarquer en France- n'en finit pas d'interroger les observateurs. Pour ceux qui auraient raté le train, ce service propose aux internautes de publier leur espace personnel en ligne en y agrégeant, de façon assez sommaire, photos, vidéo, musique, blogs, listes d'amis et commentaires. C'est sommaire, mais ça marche.
Visionnaire, le patron de News Corp., Rupert Murdoch, en quête d'un nouveau graal sur Internet, l'a racheté l'été dernier pour 580 millions de dollars. Depuis, on ne cesse de s'interroger sur le modèle économique de MySpace. Coûteux et pas très rassurant pour les annonceurs, malgré les milliards de pages vues. Le contenu étant généré par ses seuls utilisateurs (essentiellement des adolescents) on peut comprendre la crainte de certaines marques de retrouver leurs publicités affichées, au hasard, sur la page perso d'un adepte du sexe ou d'un sataniste, quand il ne s'agit pas d'un dangereux pédophile.
Mais si l'on regardait les choses autrement ? Si l'on cessait de voir MySpace comme un service en ligne gratuit, condamné à séduire les annonceurs pour survivre ?
Isolé, MySpace ne présente peut-être qu'un intérêt financier limité (et encore...). Mais pris comme le coeur d'un système, c'est d'une autre dimension. Ce n'est pas ce qu'est MySpace qui est intéressant. C'est ce qu'il permet. Avec ses quarante millions d'internautes qui restent chaque mois en moyenne plus de deux heures sur le site à socialiser et à crier ce qu'ils aiment ou n'aiment pas, MySpace est un moteur à business en puissance. Une machine sur laquelle on devrait pouvoir brancher toute une série de services, de médias et surtout de nouveaux projets.
Avant de développer son empire médiatique sur Internet, Murdoch s'est donc d'abord créé une communauté. Mieux, un moteur social. A une époque, l'an passé, où les médias ne parlaient que de contenu, de CPM et de millions de pages vues, je trouve ça plutôt intelligent.
Même si la communauté en question est, pour l'heure, encore difficile à cerner et à maîtriser en terme de comportement, elle est là, elle s'exprime. Et elle est légion...
Nous verrons d'ailleurs si les nouveaux services de vidéo à la demande, bientôt de télévision et de vente de mp3 fonctionneront sur MySpace (quoique... avec Universal qui le propose désormais gratuitement, on peut s'interroger), mais ce n'est encore que marginal. Surtout, demain, tout le monde voudra être dans la "place". A l'heure de la fragmentation des supports de masse, tout le monde cherchera à se brancher sur ce moteur social hyper-personnalisé.
A commencer par les marques (Columbia Pictures, Burger King, Volkswagen...) qui sont prêtes à débourser entre 100.000 et un million de dollars pour avoir leur page personnelle sur MySpace (lire ici, en anglais). Le plus intéressant, c'est que ça marche : la mascotte des restaurants Wendys a désormais plus de 80.000 amis (ici). Ce qui veut dire que 80.000 internautes ont décidé de mettre la marque Wendy's dans leur liste d'amis !
MySpace permet aussi aux utilisateurs de faire partie de la liste d'amis de leurs groupes préférés. et de converser avec leurs idoles.
Le site est d'ailleurs en train de devenir un espace recherché d'annonces de concerts et d'infos/promotion.
Les internautes vont également bientôt bénéficier d'un service de news entièrement personnalisé, basé sur leur page personnelle.
Car finalement, et c'est là la force extraordinaire de ce service, MySpace est surtout une façon ludique de faire remplir à des millions de gens un formulaire d'une rare profondeur sur ses goûts, ses choix, ses relations. Une précieuse base de données.

1 commentaire:

jf farny a dit…

Il faut garder à l'esprit que les développement sont séquentiels : chaque chose en son temps et toujours du plus simple au plus velu...

D'abord on va taper les actionnaires (ça c'est fait...) ensuite on s'occupe des annonceurs (leurs agences sont vraiment efficaces et Newton serait vraiment bluffé par la force de gravité qu'elles imposent sur les tarifs...) et après on imagine faire payer des services (j'upsell, tu upsell, il upsell...), et c'est là ou le quidam du début (l'actionnaire) déchante ;) . Mais c'est pas grave, il y a toujours un marché de l'occasion pour les zinzins qui marchent pas !

Comme nous sommes toujours dans une période ou la prime revient à l'audience, a grand coup de gratuit leurs équipes s'occupent d'agglomérer des utilisateurs mais après on manque cruellement de visibilité (d'ailleurs, c'est pas le propos puisqu'il faut être le champion de l'audience).

Finalement les nouvelles techno c'est un peu le psychotrope du marché boursier... ça modifie le comportement ;)