mercredi 27 septembre 2006

Quelle presse demain ?

Pendant que la presse francophone se bat contre ses angoisses (le conseil d'administration de Libération doit se pencher aujourd'hui sur la survie du quotidien national français), le débat sur l'avenir de la presse écrite n'en finit plus d'agiter microcosmes et macrocosmes (le quotidien Aujourd'hui en France/ Le Parisien consacre d'ailleurs aujourd'hui son dossier de page 2 à l'avenir de la presse écrite).

Deux visions de l'avenir croisées cette semaine sur les blogs :

Juan Antonio Giner, consultant chez Innovations, fait le bilan de la conférence européenne de l'International Newspaper Marketing Association qui vient de s'achever à Barcelone (ici) : il ne croit pas en la crise des journaux.

"- Le journal papier va devenir plus petit pour s'adapter aux nouveaux modes de vie des consommateurs : moins de pages, des pages plus petites, des articles plus courts (un gratuit, en fait, mais payant...)
- Le journalisme de qualité, dense, va émigrer et se développer sur le Net.
- Le nouveau produit phare sera customisable, interactif et à la demande.
- Avec la multiplication des options numériques, on pourra avoir son "journal" n'importe où, n'importe quand, sous n'importe quelle forme.
- La distribution de l'info se fera de façon segmentée grâce au micro-paiement façon I-Tunes.
- Le "journalisme citoyen" sera une nouvelle source d'informations, comme Reuters (...)".

De son côté, Olivier Niquet relève sur son blog les posts (ici et ici en anglais) du journaliste Hayden Shaugnessy sur le sombre avenir de la presse et de la télévision :

"1. D’ici cinq ans, les journaux se seront débarassés de la plus grande partie de leurs employés pour miser en ligne sur des rédacteurs qui leur offriront du contenu gratuit.
2. Les journaux prendront moins de place dans les kiosques, et plus de place en ligne. Leur influence diminuera.
3. Wikipédia ou un équivalent deviendra l’autorité pour agréger le contenu qui proviendra des journaux et des blogueurs.
4. Ce que vous connaissez relèvera de ce que vous pouvez croire et de qui d’autre croit.
5. L’affiliation sera cruciale pour juger de la justesse de l’information, et elle sera inscrite dans des mondes virtuels comme Second Life.
6. Comme toute l’information sera gratuite, tous devront se tourner uniquement vers la publicité pour survivre. De nombreux bureaux de nouvelles fermeront et le groupe des blogueurs locaux deviendra la source d’information primaire.
7. La télévision se concentrera sur le vedettariat et le bizarre et l’offre de qualité se déplacera vers le Web.
8. La télévision deviendra un mode d’interaction créative et de collaboration.
9. Toute organisation aura ses propres moyens de production et de diffusion. Par exemple, le réseau sportif pourra être exploité par Adidas, Puma ou Nike sans aucun intermédiaire.
10. Le “recommendeur” deviendra une nouvelle profession."
Qu'en pensez-vous ?

5 commentaires:

Emmanuel a dit…

Petit jeu: l'un des deux analystes est tombé dans saladier plein de cocaïne. A votre avis lequel?

Blague à part à force d'avoir le nez dans les technologies on fini par manquer de recul et s'imaginer que le monde se balade avec des lunettes virtuelles. C'est sympa mais pas sérieux. Je préfère l'analyse de Giner. Concernant le second je partage juste une part de l'inquiétude sur la notion "d'influence" de la presse qui restera en effet une question vitale. Je pense que dans l'univers chaotique du web les marques et les titres de presse capables de construire une crédibilité de long terme deviendront un pôle naturel d'attraction de l'audience.

En revanche le blabla sur wikipedia et second life relève de la fumette de fin de soirée.

haydn a dit…

Oui c'est spéculation, mais j'aime bien l'idée de tomber dans une saladier de cocaine.

Well, I like the idea of dreaming things up in a salad of cocaine. Really what I said was speculative but to think rationally about the future is to miss the point that change is disruptive.

Most English language newspapers continue to sack journalists and continue to reduce their commitment to journalistic values so for sure we're headed south.

la plupart des journaux réduisent leur engagement avec les valuers journalistique.

emmanuel a dit…

Hi Haydn,

What you describe is a chaotic environment. It's easy to imagine Wikipedia, second Life, Myspace etc like a dead end. In ten years covering technology and online world I saw many killer apps who drove large audience and caught huge market share. Most of them disapeared from the radar few years after. It's hard to say what will stay and change the world.

Concerning our industry I fully agree: rules are changing and there is no way back. This is not about fashion.

But i m still optimistic because I think in a chaotic world people need trusted sources and brands. Press industry should learn how to share content and, yes, being a "recommender", that's part of the new rules but they will keep their influence because citizen journalism already failed to be an alternative and a trusted source.

Oelita a dit…

Ce n'est pas parce que certains journaux réagissent à leur crise (qui date d'un bon moment) en virant leurs journalistes que c'est la bonne solution ! Ne font-ils pas qu'accélérer leur perte ? Face au déferlement d'information peu qualifiée du net, ne devraient-ils pas, bien au contraire, se concentrer sur l'expertise et la compétence de leurs journalistes ? Même s'ils les recruteront sur le net.
La presse gratuite réussit-elle parce qu'elle propose un format pratique, des contenus courts, etc... ou bien parce qu'elle est gratuite ? L'évolution de la presse ne doit pas forcément passer par l'imitation du numérique ou du gratuit, mais par des nouveautés à creuser en jouant sur les attraits (esthétique, toucher) et qualités (portable, pliable, découpable, affichable, gribouillable...) du support papier.

Chrys | GreBlog MonGrenoble a dit…

Personnellement, j'ai toujours eu du mal avec les journaux papier de grandes tailles.

J'ouvre Le Monde.... 3 pages plus tard.... ca y est..... je dois replacer chacune d'elles et les recentrer dans le bon sens pour pouvoir continuer ma lecture... sous peine de voir les pages suivantes s'éparpiller.

je préfère les formats reduits, "nomades", moins chers, adoptés par de nombreux magazines. Le format "pocket" me plaît :-)

Ou le nouveau format du DL, plus souple et maniable :-)