lundi 20 octobre 2008

Etats-Généraux: Vers la fin du papier? Quelles aides?


Je remonte ici les réponses récupérées via ce blog et celui de Mediachroniques à propos des Etats-Généraux de la Presse Ecrite, auxquels je participe.
Il nous était demandé de répondre à 5 questions concernant l'avenir de la diffusion print et les aides de l'Etat que l'on pouvait envisager pour aider le secteur.

Voici une sélection de vos réponses, auxquelles je rajoute les miennes et celles, envoyées par mail, par Jeff Mignon (qui participe également aux Etats-Généraux).

1) Doit-on s'attendre à un recul de moitié de la diffusion des quotidiens français, si oui à quelle échéance ?

Yann : 
La baisse de la diffusion, n'est pas forcement inéluctable, elle est simplement le produit de la rencontre entre une inadéquation de l'offre à la demande et d'un système de distribution défaillant.
Le parfait exemple d'une diffusion en hausse depuis plusieurs années c'est Le Parisien / Aujourd'hui en France qui sait séduire de nouveaux lecteurs chaque année et qui dispose de son propre système de distribution.
Le Télégramme à Brest est un autre exemple du genre.
Pour les autres, la question de la baisse de moitié, pourrait être formulée sous l'angle à quel moment le point d'inflexion sera si important qu'il y aura un décrochage de 50 à 80% en 3 ans ?
Mon avis, c'est que cela devrait se produire avant 5 ans pour une grande partie des quotidiens nationaux.
Jeff Mignon (consultant 5W Mignon-media):
J'ai bien peur qu'un simple recul de quelques % de la diffusion (et du revenu publicitaire) sera suffisant à atteindre  bien des titres papier de la presse quotidienne payante nationale ou locale. 
- Message essentiel : Localisation ou spécialisation sont des atouts de taille pour la presse occupant ces créneaux. Pour autant, la rentabilité de l'information seule semble de plus en plus difficile à atteindre. La diversification est indispensable pour la presse quotidenne payante. Diversification non seulement des produits, mais diversification/création des services. Les généralistes payants d'opinion sont, sans aucun doute, face à un challenge immense pour faire survivre leur version papier (et même numérique). En effet, il va être difficile de leur trouver une "unique value proposition" qui sera transférable dans un monde multimédia déjà bien encombré.

Claude Droussent (ancien de L'Equipe): 
Si on s'en tient à l'arithmétique et à la tendance des toutes dernières années, les échéances pourraient être de cinq à huit ans pour les titres de PQN, de dix à douze ans pour les titres de PQR les plus touchés. Mais il n'existe ni logique ni fatalité dans ces tendances, devenues "lourdes" depuis deux ans. Sans compter qu'on ne peut présager ni d'une nouvelle accélération de la consommation de l'info vers le numérique, ni de la capacité des titres print à relever le défi.
Ne pas oublier néanmoins qu'à la prédiction, en 2000, d'un expert américain selon lequel la presse quotidienne payante disparaîtrait avant 2040, toute l'Europe avait crié "au fou!" Et maintenant ?..

Christophe Coquis (consultant "Secteur Public"): 
Avec l'émergence de nouveaux lecteurs epaper/elink je pense que la diffusion ne va pas baisser tant que cela, notamment pour la PQN. Elle va changer de mode de diffusion et c'est à la santé des diffuseurs de presse qu'il faut s'inquiéter.

Jacques: 
Le papier est là pour durer. En revanche, je ne parierait pas sur la fréquence quotidienne très longtemps.
Ma réponse: 
La courbe diffusion en France devrait suivre, avec un an de retard, celle des USA, où l'on observe un décrochage dramatique. Ce décrochage semble s'amorcer cette année, mais dans une moindre mesure, pour un certain nombre de quotidiens nationaux (on parle de -7% et -9% déjà pour certains gros titres).
Même si l'exemple d'Aujourd'hui en France prouve que l'on peut encore gagner des parts de marché (sur la PQR, semble-t-il) et monter la diffusion en s'appuyant sur un marketing éditorial efficace (exclusivité et proximité de l'info), et en jouant sur la transversalité des services (éditorial, marketing/distribution, commercial).
La presse locale, elle, bénéficiera sans doute d'un léger sursis: elle dispose encore d'une (large) exclusivité de l'info locale et d'une (faible) marge de progression dans certains secteurs, à condition de se concentrer sur sa valeur ajoutée.
Anticiper une chute de la diffusion de moitié dans les 5 ans ans pour la presse nationale payante française ne me semble pas irréaliste. C'est un rééquilibrage auquel nous n'échapperons pas, ce qui ne veut pas dire qu'il mènera automatiquement vers une extinction du format. La question, c'est donc aussi : à partir de quel seuil les journaux n'auront plus les moyens d'imprimer et de distribuer ?

2-3) Avez-vous en tête un "pays modèle" dont la France pourrait s'inspirer ?

Où les contenus de la presse écrite vous semblent-ils bien meilleurs?

Yann : 
Dans la presse magazine US, en particulier, les titres du groupe Condé Nast
Jeff Mignon: 
- La couverture de l'information locale aux États-Unis (mais ça ne l'empêche pas de voir sa diffusion/pénétration reculer à vitesse grand V)
- L'explication/mise en perspective/analyse/info pratique/visualisation dans la presse Italienne et Ibérique.
- L'infornation visuelle dans la presse d'Amérique du Sud.
Claude Droussent:
Difficile d'importer des modèles d'ailleurs, en raison d'approches culturelles différentes. L'offre la plus valorisante semblait venir ces dernières années des pays anglo-saxons. Mais en Grande-Bretagne par exemple, The Guardian et The Daily Telegraph, précurseurs depuis 2004 en terme de synergies print/web, vont connaître au terme de cette année leur premier recul significatif (-5%) quant à leur diffusion papier payante...
Des modèles intéressants pour la PQR: les équivalents dans les pays scandinaves, qui profitent de leurs avancées en terme de consommation du numérique pour se montrer très innovants, et créer de nouvelles sources de profit tout en enrayant le déclin du papier.
Aller voir aussi du coté de l'Espagne et de l'Argentine, où l'influence d'un design intelligent rend le papier plus attractif. De toute manière, le seul vrai recours face au déclin du papier est bien dans la pertinence de ses contenus, tant sur le fond que sur la forme.

Christophe Coquis : 
Je trouve les journaux espagnols souvent bien fait et riches en informations. A voir les journaux andalous du groupe Joly par exemple. Un exemple à suivre pour la PQR.
Ma réponse: 
- La presse quotidienne aux USA, même si cela n'a pas empêché le décrochage de la diffusion papier (ce qui est « intéressant » en soi)
- Les pays scandinaves, rois de la diversification (le quotidien VG en norvège, le groupe Stampen en Suède)
- La presse locale autrichienne (l'exemple du Vorarlberg Nachrichten, notamment)

4) Où l'Etat oriente-t-il efficacement ses aides vers de meilleurs contenus?

Yann: 
La notion de "meilleurs contenus" me semble sujette à caution, en particulier, quand il s'agit d'aide d'état et de journalisme

Jeff Mignon:
Aucune idée. Mais la question DOULOUREUSE qu'il me semble indispensable de poser : est-ce que les aides à la presse ont vraiment AIDÉ le secteur des médias ou ont-elles ralenti l'innovation/transition indispensable à la survie de ce secteur d'activité ? 
Il me semble indispensable de rediriger les aides de l'État vers un soutien à l'innovation et à l'entrepreneurship. Non seulement pour soutenir l'innovation et "l'intrapreneurship" chez les actuels players mais aussi pour attirer de nouveaux entrepreneurs. Le modèle de la fondation américaine "Knight Ridder Foundation" me semble très intéressante sur le principe. Aider pour s'adapter au marché et aux nouveaux enjeux, pas aider pour faire survivre à tout prix des marques qui pour une partie ne veulent même pas changer.

Claude Droussent: 
On sera tous d'accord pour mettre en garde contre une association "aide de l'Etat" et "contenus". En France, le print a tout simplement besoin de se remettre en cause sur les contenus qu'il offre, toujours en toute indépendance. Et l'Etat d'offrir des solutions pragmatiques de nature à aider la presse à relever le défi qui l'attend en terme de distribution et de législation sociale (ex. droits d'auteur) notamment.
Ma réponse: 
Je n'ai pas d'exemple.
Il est clair qu'il reste encore quelques marges de manœuvre sur le format papier et que les groupes de presse doivent continuer à se réorganiser, rationaliser les contenus et surtout la distribution pour faire vivre un format qui continue, pour l'instant, d'être pertinent (il n'y a pas de réplique au papier),  mais qui coûte encore trop cher
Je vois deux types d'aides :
- Aider à réduire les coûts de fabrication et de distribution pour aider les groupes de presse à respirer et à transiter vers des univers industriels où les chiffres d'affaires sont (pour l'instant) moins importants
- Mais, en retour, les aides doivent essentiellement aller à l'innovation : aux projets concrets allant dans le sens de la mutation et de la diversification.

Le débat reste ouvert. Je vous tiendrais au courant de la suite... N'hésitez pas à laisser de nouvelles réponses dans les commentaires.

1 commentaire:

Rotatives a dit…

J'ai quand même l'impression que toutes ces analyses, "prédictions", perspectives, annonces ne se focalisent (aller, à 95%) QUE sur la presse quotidienne, ou en tous cas QUE de la presse d'information. Alors, le reste, la presse magazine, la presse de "centres d'intérêts" comme disent les NMPP, qu'en est-il ? Personne n'en parle, pourtant il me semble que ces publication représentent largement la majorité du chiffre d'affaires des éditeurs, des massageries et des diffuseurs. Les Etats Généraux de la Presse écrite sont ils seulement ceux de la PQN ?