mercredi 25 juin 2008

Télé sur le web: et si FullHdReady avait raison?


La nouvelle a fait rapidement le tour du Net: FullHdReady, le zappeur le plus célèbre du web (plus de 11 millions de téléchargements de vidéos en 72 jours, et plus de 80.000 par jour) a été banni de la plateforme vidéo Dailymotion, mardi 24 juin.

Informaticien de 47 ans, FullHdReady avait publié sur son compte Dailymotion plus de 2300 extraits d'émissions de télévision (parmi elles, la fameuse annonce de la fausse-mort de Pascal Sevran par Laurent Ruquier sur France 2). Une activité intense (plus de 6 heures par jour) et très appréciée des internautes, notamment des blogueurs. Ces derniers pouvaient en effet, grâce au lecteur embarqué de Dailymotion, publier sur leurs blogs des séquences d'actu filmée ou de plateaux tv afin d'en débattre avec leurs lecteurs.

On comprend évidemment la situation délicate dont découle l'argumentaire normatif de Dailymotion: afin de monétiser leur audience acquise en grande partie grâce aux internautes rippeurs d'émissions de télé - comme FullHdReady ou Hakim93200 (dont le compte vient aussi d'être supprimé)-, les plateformes historiques d'hébergement sacrifient désormais leurs anciens "alliés" pour survivre. Elles n'ont pas le choix.
"Certaines chaînes ne veulent pas que leur contenu soit repris et diffusé, d'autres s'en accommodent. Dans le cas de FullHdReady, nous avons reçu beaucoup de notifications et nous avons supprimé son compte", rapporte le Pdg de cette start-up française, concurrente de YouTube.

Cependant, doit-on s'arrêter là?
Finalement, que nous révèle le phénomène FullHdReady? Lisez plutôt les réactions de soutien largement majoritaires des internautes à l'annonce de son bannissement :


"Merci FullhdReady pour tous ces bons moments enregistrés !" (Ozap)

"Ce que je comprends pas c'est que les chaines se plaignent alors que ce sont des 'extraits' des émissions et jamais des émissions en intégralité. A ce compte là on devrait interdire "Le Zapping" de Canal et autres principes du genre. Et puis surtout ça fait selon moi plus la pub des émissions qu'autre chose. Par exemple à force de voir des vidéos de Zemmour, l'internaute pourrait être tenté de regarder l'émission de Ruquier en entier... Enfin bref, la seule chose que j'ai vraiment envie de dire, c'est merci pour le boulot et les vidéos misent à disposition. Bravo fullhdready, et j'éspère à bientôt sur le net ;)" (Ozap)

"Dailymachintruc n'applique pas la loi, mais, l'interprète. Et la notion du droit à l'information ? Pas un mot. Dailybidule se moquerait-il d'un des piliers de la DÉMOCRATIE ?" (Le Post)


c'est lamentable ! Grâce au St Bernard, nous avions toute" l'actualité à portée d'oeil ! je n'arrive pas ^à accepter ce genre de punitions/privations ! Zyva Full HDReady ! ” (Le Post)





A observer le succès de FullHdReady et les témoignages de soutien qui ont accompagné son éviction, on ne peut que constater que cet informaticien passionné de télé répond à un véritable besoin d'information. Il remplit un vide. L'actu est n'est pas seulement devenue télévisuelle, c'est la télévision elle-même qui est devenue génératrice d'actualité.

Lorsqu'une personnalité fait une déclaration tonitruante sur un plateau de télévision, lorsqu'une chaîne d'info en continu diffuse des images d'une catastrophe, ou l'interpellation du président par un marin-pêcheur, l'internaute a pris l'habitude d'aller sur Internet pour en voir un extrait, et en débattre dans les commentaires ou les forums.
Et il va chez FullHdReady parce que les médias traditionnels ne proposent pas ce service d'information.

Sur Internet, les médias et les blogueurs (ils sont nombreux) qui pratiquent le zapping ne rentrent pas "légalement" dans le cadre du droit de citation. Sans accord des ayant-droits (les télévisions, notamment), ils se heurteront toujours à l'épineuse question des droits de diffusion. Et pourtant... ne remplissent-ils pas, à leur manière, une mission d'information? Leur tort est d'être en avance sur les pratiques de demain. Mais c'est souvent ainsi que les choses avancent. Quand les médias piétinent, les usages bousculent.

Ce n'est pas le seul exemple sur le Net.

Le débat mérite donc d'être posé, sinon on continuera à reculer. En interne, les professionnels de la vidéo sur le Net (y compris ceux qui modèrent sur leurs plateformes) reconnaissent la réalité et la pertinence de ces usages, tout en regrettant l'incohérence de la situation. Alors?

Lorsqu'un événement survient sur les chaînes de télévision, les internautes ont-ils droit à l'information ou est-ce le droit de diffusion qui prend le dessus?

Le site d'infos Le Post, qui a vocation à étudier les nouveaux usages en matière d'information pour expérimenter de nouveaux formats a décidé, depuis un mois, d'accompagner l'activité de FullHdReady.

A sa manière, FullHdReady a certainement contribué à la promotion de certaines émissions de télévision, en livrant en pâture à la viralité du Net les extraits les plus croustillants, les phrases polémiques, les images marquantes, amusantes ou choquantes... Son immense succès montre qu'il répond à un vrai besoin.

Pour le Post, il offre aux lecteurs son regard sur le paysage audiovisuel français, sa sélection, son zapping. Un peu comme celui de Canal+, mais adapté aux formats du web: pas un seul zapping monté, mais des exraits fragmentés, éclatés sur la toile.

Il suit désormais, sur les conseils de la rédaction du Post, un format clairement défini et respectueux du média (court extrait, citation systématique des sources...).

C'est un format que Le Post voudrait poser comme modèle de base, dans le but de travailler, avec les ayant-droits, à une normalisation de cette pratique désormais couramment pratiquée par les sites d'info.

Les médias d'information sur le Net n'ont pas intérêt à piller les télévisions. Par contre, leur mission d'information dans ce nouvel environnement qu'est le Net, les amène à répondre à la demande des internautes. Pourquoi ne pas travailler sur des accords? Tout le monde serait gagnant.

L'intérêt des chaînes de télévision, dans leur bataille contre ceux qu'elles appellent les "pilleurs" d'images est, on peut le comprendre, de maîtriser la dispersion de leurs contenus.
Mais leur intérêt est également de participer à la conversation sur Internet. Le tout est de le faire de façon plus encadrée.
LCI et TF1 commencent à prendre en compte ce nouvel écosystème: ils diffusent désormais sur leur plateforme Wat.tv des extraits de leurs programmes, qu'ils mettent ainsi à disposition des blogueurs pour faire "buzzer" leurs contenus.

(Disclaimer : je suis rédacteur-en-chef du Post, filiale du Monde Interactif)
(Ce Post a été également publié sur Le Post.fr)

dimanche 15 juin 2008

Quand les journalistes apprennent aux blogueurs à devenir des médias


Tandis qu'en France, crise oblige, les journalistes continuent de regarder d'un oeil méfiant les blogueurs, ces "médias amateurs", aux Etats-Unis, la société des journalistes professionnels (society of professional journalists) organise des sessions à 25$ la journée pour former les blogueurs aux bases... de leur métier!

L'objectif est avant tout de les aider à se protéger légalement: s'ils ne sont pas professionnels, ils n'en sont pas moins des "publishers", des médias. Ces trois dernières années, plus de 100 jugements ont été rendus contre des blogueurs pour un total de 17 millions de dollars, rapporte Robert Cox, president de la "Media Bloggers Association". 60% pour diffamation, 25% pour des infractions aux droits d'auteur, et 10% pour des atteintes à la vie privée.

L'autre objectif est également de les sensibiliser sur leurs droits, sur la liberté d'informer, mais aussi de leur apprendre les techniques de base du métier de journaliste.

Cinq sessions au programme donc:

  1. L'éthique journalistique
  2. La loi
  3. Où trouver les bonnes infos, les bonnes sources
  4. Les techniques de base du reportage
  5. Tour d'horizon des technologies à utiliser

Autrement dit, tous les outils pour faire de ces blogueurs amateurs et potentiellement concurrents des médias dignes de confiance.

Voici le crédo de la société des journalistes professionnels (SPJ):

"Plus il y aura de couverture de l'information, mieux le monde se portera. Avec l'Académie du journalisme citoyen, la SPJ veut aider à toute personne voulant pratiquer le métier, de le faire efficacement, et de façon responsable.
La SPJ entend aider les participants à comprendre comment les pratiques responsables les aideront à atteindre leurs objectifs et les aideront à gagner une solide réputation journalistique au sein de leurs communauté et dans le monde."

D'aucuns diront que ces journalistes se tirent une balle dans le pied. D'autres répondront qu'ils refusent au contraire de se mettre des oeillères et essaient d'apporter une pierre au nouvel édifice de l'information.

A l'heure où les grandes rédactions commencent à licencier leurs journalistes après avoir taillé autant qu'elles le pouvaient (syndicalement) dans les effectifs techniques, où 40% des grands journaux américains perdent aujourd'hui de l'argent (Jeff Jarvis), et où l'on commence à se dire que cette masse grossissante de journalistes sur le bord de la route ne pourra jamais être absorbée par Internet, l'initiative de la SPJ est particulièrement intéressante... et symptomatique du changement profond, très profond, qui est en train de s'opérer dans la profession.

A lire (et voir) également, la session de formation en ligne pour les "journalistes citoyens" sur le site de Knight Citizens News Network, ainsi que la vidéo d'introduction de Jeff Jarvis, professeur de journalisme et blogueur. Il explique en substance que les blogueurs doivent apprendre à rester "safe" (à se sécuriser) et qu'ils doivent surtout continuer de publier toujours plus...

Enfin, un exemple intéressant de journalisme citoyen local est à découvrir sur ce site d'infos à but non lucratif: sur ChiTown Daily News, 77 bénévoles relaient l'info hyperlocale à Chicago. Le fondateur fait participer ses journalistes citoyens aux sessions de formation de la SPJ...

Quel rôle reste-t-il donc aux journalistes ?
On peut déjà se dire que:

  • Il y aura sans doute plus d'infos, mais moins de journalistes qu'avant
  • L'apport et la distribution d'informations sera de plus en plus partagée entre les citoyens et ce que nous appellons aujourd'hui "médias"
  • La notion même de média va encore évoluer profondément
  • Les journalistes, qui n'ont plus le monopole de l'info, n'auront peut-être plus le monopole du tri et de la vérification.
  • Ils perdront aussi le monopole de ce nouveau rôle qu'on veut leur faire jouer: animer des communautés, faire circuler les infos de la communauté. La communauté s'en charge parfois toute seule. Des outils comme Friendfeed vont dans ce sens.

Et s'il fallait raisonner autrement? Ne pas se demander s'il reste encore un métier de journaliste, mais considérer dans sa globalité ce nouvel environnement d'informations. Et s'interroger sur la meilleure manière de le faire fonctionner pour que la liberté d'informer en sorte renforcée. Une chose est sûre, semblent-dire Jeff Jarvis et la SPJ: plus ils y aura de citoyens pour couvrir l'information, mieux le monde se portera. Une fois que l'on a posé cela, quelles nouvelles règles, quel nouvel écosystème mettre en place pour que cette liberté ne se transforme pas en brouillard, source de toutes les manipulations ?

Que pensez-vous de tout ça?

mardi 27 mai 2008

Rob Curley rejoint le Las Vegas Sun: un modèle pour la presse locale

J'ai souvent parlé sur ce blog de Rob Curley. Le fondateur du site du quotidien local américain Lawrence Journal World (pour moi LA référence des sites d'infos locaux) est l'une des personnalités les plus intéressantes du monde de la presse en ligne.

Après être passé à la division numérique Washington Post (en tant que vice-president of product development) , il vient d'annoncer sur son blog qu'il rejoignait l'équipe web du quotidien régional "Las Vegas Sun".

L'occasion pour moi de rappeler que Rob a lancé pour le Washington Post un site hyperlocal d'infos que tous les patrons de presse quotidienne régionale devraient prendre pour modèle: le Loudoun Extra.


C'est un concentré de tout ce qu'il faut faire:

- Descendre le plus bas possible dans l'info hyperlocale, jusqu'aux tout petits clubs dans les quartiers.

-... et le présenter de la façon la plus "cool" possible. Avec de la vidéo, des photos, une belle interface, comme s'il s'agissait d'info nationale.

- ... et ne pas attendre la parution du quotidien pour donner l'info sur le site.

- Bases de données, bases de données, bases de données : toutes les écoles, toutes les églises, tous les clubs de foot avec des photos panoramiques, les noms des entraîneurs, guides de la ville... tout ce que la communauté cherche près de chez elle doit se trouver chez vous.

- ... idem pour les contenus froids du journal qui donnent de la profondeur au site.

- Des blogs pour faire vivre la conversation et mettre en valeur la communauté

- Des journalistes multimédias locaux, qui ne travaillent que pour le site.

Je reste persuadé que c'est ce type de "petit" projet qui doit être privilégié par la PQR, avant de repenser toute refonte du site ou toute réorganisation globale, source de blocages et de perte d'argent (des tas de journaux en France sont dans cette situation...).

Avec un budget de 60.000 à 100.000 euros par an, salaires compris, n'importe quel journal pourrait aujourd'hui expérimenter le lancement d'un vrai site de news hyperlocal sur une ville moyenne. A condition de bien penser le projet. Un ou deux journalistes web en charge à plein temps pour faire du terrain et constituer de vraies bases de données éditoriales, et traiter en direct les news apportées par l'équipe papier.

Et là, inutile de se creuser la tête: commencez déjà par recopier le Loudoun Extra.

Mise à jour 08 juin: le Wall Street Journal vient de publier un article sur l'expérience Loudoun (relayé par Ph.Couve sur Médiachroniques). Selon le quotidien économique, le site (lancé il y a un an) ne décollerait pas et les internautes ne se bousculeraient pas pour participer à l'info. Parmi les raisons invoquées: la dimension communautaire du site est mal exploitée et la fonction agrégateur du net local (dont parle H.Guillaud dans les commentaires) souhaitée par Curley n'a pas pu être mise en place... Le Washington Post poursuit néanmoins l'expérience, et il a raison. L'intérêt de ce type d'expérience n'est pas tant de faire du chiffre tout de suite que d'expérimenter afin de conquérir un territoire encore largement inconnu. L'expérience du Lawrence Journal World construit sur le même modèle (et créé par Rob Curley), comptabilise entre 30.000 et 50.000 visiteurs uniques par jour pour une population de 89.000 habitants (je vous laisse calculer le taux de pénétration).
Attention donc, dans tous ces nouveaux projets, à ne pas tirer trop vite des conclusions. Le concept, c'est bien, monter un projet au quotidien, analyser ses erreurs, savoir faire évoluer le site, c'est autre chose. Le Net, ce n'est pas mécanique. Et pas forcément rapide. Ce sera de plus en plus difficile, d'ailleurs de monter des projets à décollage immédiat. Il faut plus que jamais expérimenter, investir le terrain de l'hyperlocal, prendre le temps pour aller du concept séduisant à la concrétisation. Un projet doit forcément démarrer léger (ce qui reste le cas du Loudoun), afin de pouvoir corriger le tir au fur et à mesure. C'est indispensable.
(Chiffres LJW: Jeff Mignon)


A lire:

- Plus d'explications sur le départ de Rob Curley (merci à Emmanuel pour le lien).
- Et la réponse de Rob Curley à l'article incendiaire du Wall Street Journal sur le "flop" du Loudoun.

dimanche 25 mai 2008

Journalistes: révolution ou choléra?

Je reviens des Assises internationales du journalisme de Lille (où j'intervenais sur le journalisme participatif).

Sur son blog (et sur Médiachroniques) Philippe Couve (l'un des animateurs de ces journées) n'est pas tendre avec la profession. Le bilan est morose:
"Ce sont le désarroi et la tentation du repli qui dominent"

Le constat est là. Après deux années où, dans les débats sur la révolution des médias, il était surtout question des nouvelles pratiques et des moyens d'y arriver, avec en toile de fond cette vague menace apocalyptique de l'effondrement du papier (mais personne n'aime les apocalypses), l'heure est aujourd'hui à une véritable crise existentielle.

C'est l'angoisse d'une profession qui commence aujourd'hui à réaliser concrètement que les temps ont changé. Que l''argent n'arrive plus. Que les plans sociaux s'enchaînent dans la presse traditionnelle. Que les coupes dans les grosses rédactions ne font que commencer.

Révolution ou choléra (pour reprendre l'expression de la présidente de l'Association des rédacteurs en chef aux Etats-Unis)? Cette sale ambiance s'alourdira encore dans les prochaines années en France, comme c'est déjà le cas aux Etats-Unis. La presse nationale surfe dangereusement sur l'effondrement. La presse régionale suivra.

C'est une révolution avant d'être un choléra. Une révolution d'autant plus angoissante pour les journalistes des "vieux médias" que l'univers d'Internet ne ressemble pas du tout au leur.
On essaie de se rassurer avec les expériences de Rue89 ou Médiapart qui plaquent sur le Net les fondamentaux du journalisme traditionnel (le reportage sur le terrain, la signature, l'analyse et, pour Mediapart, même si ça ne fonctionne pas, le modèle payant...), mais l'angoisse reste. Il n'y a plus de repères.

A côté du gros point d'interrogation économique (qui aura besoin de journalistes demain?), 2008 semble être, plus que jamais, le point d'interrogation existentiel de toute une profession.

"A quoi sert un journaliste ?" C'était la question leitmotiv des Assises du journalisme. Sous-entendu: un journaliste sert-il encore à quelque chose?

Dans "l'atelier des médias" sur RFI (à laquelle je participais vendredi dernier), Philippe Couve pose lui aussi la question. Vous pouvez y écouter les réponses d'une poignée de spécialistes . Et lire nombre de contributions sur le site des Assises.

Le débat est encore largement ouvert.

- Il semble clair que le journaliste est en train de perdre son rôle d'intermédiaire entre les faits (l'événement) et l'individu, entre les "grands" de ce monde et les citoyens. Internet, qui n'est pas un média, mais un réseau, a permis à l'information d'échapper au filtre des médias pour atteindre directement le public. C'est, sur le fond, une bonne chose (ça a permis à certaines infos de sortir), mais cela pose également très souvent un problème de validité de l'info. Et donc un risque de désinformation.

- L'un des premiers rôles du journaliste reste donc celui de la vérification, de la contextualisation et de l'édition de l'information. Par contre, la hiérarchisation lui échappe de plus en plus.
- L'un des ses rôles les plus fondateurs ne disparait pas non plus : celui de l'investigation. C'est un métier spécifique, qui n'est pas celui de tous les journalistes (même si tout journaliste fait quotidiennement un travail d'enquête sommaire). Même s'il est le plus romantique avec celui de reporter de guerre. Mais c'est un métier qui coûte cher.

- A côté, le journaliste perd peu à peu son rôle de témoin de l'info (les témoins directs pouvant désormais s'exprimer et envoyer leurs documents sur le Net). Il perd également sa fonction d'analyse (les experts s'expriment de plus en plus facilement sur leurs blogs ou sur les sites participatifs)

- Il y gagne un rôle d'animateur de conversations, qui ne plait pas à toute la profession, mais qui ne peut être fait que par un journaliste: animer un réseau d'informateurs, éditer et recouper les témoignages et la participation des internautes puisqu'ils sont désormais témoins et experts de leur propre actualité.

- Un autre rôle, dont on parle assez peu et que je trouve primordial aujourd'hui: le journaliste doit, plus que jamais, rendre l'information accessible au lecteur. Il doit la trier, la synthétiser, mais aussi rassembler ce qui se dit de plus intéressant sur tel ou tel sujet. La jungle d'Internet qui n'est pas seulement un réseau de médias, mais un nouveau terrain factuel à côté de la vie réelle, appelle la formation de journalistes dotés de nouveaux réflexes et de nouvelles compétences pour aider le public à s'y retrouver.

Un certain nombre de choses ont changé pour le journaliste, mais le changement n'est pas définitif. Tout évolue, et Internet tel qu'il se pratique aujourd'hui par les journalistes ne peut pas donner une idée sérieuse de ce que sera le journalisme sur le Net demain. L'une des principales raisons est que l'info est encore aujourd'hui produite essentiellement par les rédactions papier et télé. Le web joue donc aujourd'hui un rôle d'agrégation et de conversation qui devrait naturellement évoluer. Vers quoi ? Difficile à dire. Quand les grosses rédactions papier auront disparu, qui fournira l'info? De grosses rédactions sur le Net?

A moins que l'avenir du journalisme passe par un éclatement des rédactions au profit de petites unités de production, qui coûtent moins cher aux rédactions, et qui vendront leurs infos sur plusieurs médias. C'est une évolution déjà en marche en télévision.

dimanche 4 mai 2008

Comment les blogueurs ont révolutionné le journalisme

On a beaucoup écrit sur l'affrontement blogueurs/ Journalistes, et sur la question de savoir si un blogueur pouvait être considéré ou non comme un journaliste.
Au delà de ce débat (qui n'en est plus vraiment un) on s'est rarement interrogé (en tout cas du côté des journalistes) sur ce que les blogueurs avaient apporté à la profession.

Pourtant, lorsque l'on observe les pratiques éditoriales qui se développent aujourd'hui sur le web (et même ponctuellement sur les supports traditionnels), il est difficile de nier. Les pionniers du blog, ces "non journalistes" ont révolutionné notre approche de l'info.

La nature a horreur du vide. Tandis que, pendant des années, les journalistes ont tourné le dos au web, les blogueurs ont investi ce nouvel espace d'informations. Ils en ont intégré parfaitement les règles et les pièges. Ils sont d'ailleurs à l'origine d'un certain nombre d'entre-eux.

J'ai retenu 10 apports majeurs (à vous de compléter... ou contester):

1- La conversation: c'était (et c'est toujours) la baseline du blog de Loïc Le Meur, l'un des premiers gros blogueurs français: "Les médias traditionnels envoient des messages, les blogs démarrent des conversations". Aujourd'hui, très peu de médias traditionnels envisagent sérieusement de ne pas ouvrir leurs articles aux commentaires. Cette généralisation a profondément modifié la façon dont les journalistes -mais surtout les lecteurs- abordent l'information. Un article, aujourd'hui, ce n'est plus seulement le billet du journaliste, mais le billet+les réactions des lecteurs. Ces derniers y apportent leur éclairage, leurs corrections, leur témoignage ou leur analyse. Ce bouleversement touche également l'écriture. On n'écrit pas de la même manière un article qui ouvre une conversation, qu'un article traditionnel.

2- L'info perfectible, ou l'info "work in progress": c'est la conséquence du premier. Un article qui ouvre une conversation n'a pas besoin d'être bouclé, les fondamentaux qualitatifs ne sont plus les mêmes. Il peut s'enrichir avec le temps, et les apports de la communauté. Il y a du positif et du négatif dans cette évolution. Négatif: on peut être tenté de lancer n'importe quel sujet avant de l'avoir verrouillé. Positif : l'info se fait moins démonstrative (les témoignages recueillis par le journaliste pour illustrer et justifier son propos) et s'ouvre sur la surprise.

3- Le buzz: il est quasiment né avec le blog. Il venait casser la hiérarchie des médias traditionnels. Après le scoop, le buzz: une sorte de bouche à oreille sur le Net qui transforme une "petite info", peu ou non relayée par les médias, en sujet dont tout le monde parle. Du coup, un journaliste sur le web pense désormais "buzz".

4- L'info antéchronologique et pas hiérarchisée: regardez la plupart des nouvelles formules de sites (20minutes, Le Figaro). Toutes commencent à intégrer ce qu'on appelle le "fleuve". Un "flow" de news, qui s'inspire du fil antechronologique des blogs (l'info en Une est la dernière info publiée). Aujourd'hui, cependant (à part Le Post.fr), tous hiérarchisent leur fil d'infos.

5- Le référencement: l'info est donc déhiérarchisée sur les blogs: on lit la dernière news publiée ou on fait une recherche sémantique. Par contre, l'info blog s'inscrit complètement dans la dynamique des moteurs de recherche. Un bon blogueur sait travailler ses titres, ses entames de texte, ses liens et ses tags de façon à être bien référencé. Ce qui ne veut pas dire que tout journaliste doit écrire uniquement pour être référencé. Mais intégrer ce nouveau compromis référencement/ précision de l'information dans sa logique d'accroche.

6- L'info tremplin: l'info se construit différement. Antéchronologique, elle peut être plus courte et feuilletonnée. On peut passer d'un post long et construit à un post simple qui montre juste du doigt: regardez cettte vidéo, allez lire ceci ou cela... Car l'info blog sert aussi de plateforme vers d'autres news vues ailleurs, grâce aux liens hypertexte: c'est la particularité du web.

On a ainsi vu se développer de nouveaux formats:

7 - L'agrégation, la veille d'infos: avec la révolution des liens hypertexte, les blogueurs ont réinventé un vieux format éditorial: la revue de presse. Dans leur grande majorité, les blogs n'apportent pas de nouvelle information, mais effectuent une veille de l'info (leurs sources sont généralement plus larges et moins rigoureuses que les médias traditionnels).
C'est une revue de presse, souvent pertinente, où le blogueur dépasse le copier-coller pour ouvrir une conversation ou pointer du doigt un détail important. Le Huffington Post, média pure-web américain, a fondé sa stratégie éditoriale (et son immense succès) sur la syndication de contenus, à la manière des blogueurs.

8- La liste : c'est un des formats éditoriaux les plus efficaces inventés par la blogosphère. Un article peut être composé d'une seule liste ("les 10 plus...", "10 idées pour", ...). Chaque entrée renvoie généralement vers un lien, mais on peut aussi avoir des listes d'images ou de vidéos. C'est un moyen de synthétiser l'info très efficace.

9- L'écriture à tiroirs: elle joue sur les liens qui permettent d'écrire plus court (on clique pour en savoir plus), mais aussi sur l'iconographie ou les vidéos qui viennent s'intégrer dans l'écriture même de l'article, pas seulement en illustration. Les blogueurs ont également intégré un certain nombre de jeux typographiques dans l'écriture: utilisation du gras, mais aussi du mot barré (qui indique qu'une correction a été faite après mise-à-jour).

10- Un ton nouveau: il est celui de la conversation. Plus libre, souvent plus proche du langage parlé, il intègre également cette écriture à tiroirs et la dimension interactive du web.


J'en ai évidemment oublié. D'autres exemples?

(Illustration : newyorkpersonalinjuryattorneyblog.com)

lundi 28 avril 2008

L'info va-t-elle trop vite?

Pas beaucoup de temps pour bloguer ces derniers jours, mais j'ai trouvé quelques minutes pour causer dans le poste (sans mauvais jeu de mots) cette semaine. Pour un reportage diffusé sur Canal+, dans l'émission + Clair, samedi dernier. Un document consacré à l'affaire de la vraie fausse mort de Pascal Sevran annoncée par erreur sur Europe 1.


samedi 5 avril 2008

Publicité: "Le consommateur n'est plus passif, il a tout simplement pris le pouvoir"

Une citation du publicitaire Maurice Levy, président du directoire de Publicis, et grand "gourou" de la pub, interviewé dans l'Express cette semaine.

"Avec l'explosion des médias, notamment électroniques, et l'hypersegmentation des publics, il est devenu très difficile de délivrer le bon message à l'ensemble des "cibles" que nous visons (...). De même que les modèles de la télévision et de la presse sont à réinventer, parce qu'en voie d'extinction, nos modèles sont également condamnés à être revus, de fond en comble".
Sur quel socle?
"Il ne suffit plus, pour comprendre les grandes tendances consuméristes, d'avoir de bonnes intuitions. Citoyen du monde, le consommateur n'est plus passif, il a tout simplement pris le pouvoir. Le pouvoir de choisir à une échelle beaucoup plus grande jamais imaginée. Mais, surtout, le pouvoir d'intervenir dans le débat et d'envoyer, quand il le veut, des messages viraux susceptibles de mettre à mal ces grandes marques que l'on pensait à l'abri de tout."

Cela implique un changement radical dans la manière d'envisager la pub. Changement explosif, mais indispensable pour éviter l'implosion qui s'annonce.

Sur le Net l'évolution de la pub, malgré des investissements en hausse au détriment du papier et de la télé, n'a rien pour rassurer les annonceurs et les médias:

  • Vendue au rabais
  • De moins en moins efficace (moins de clics sur les pubs)
  • Pas du tout adaptée à la segmentation et à la fragmentation des médias

Des pistes? L'une d'entre elles est peut-être à trouver dans ce constat: "Le consommateur a tous les pouvoir, le pouvoir d'intervenir dans le débat".

De quoi inciter les médias à densifier leurs communautés sur le Net, et à expérimenter des formats de conversation, d'interaction sincère et/ou passionnantes entre les marques et les internautes.
Une piste pour sortir de la dictature du clic, dangereuse et, à long terme, implosive...

Tandis qu'Internet continue d'effacer les règles de base du marketing en forçant les marques à une relation transparente et directe avec leurs consomateurs, la pub va devoir, de la même manière, passer de l'ère de la conviction (je touche une cible) à celle de la relation (je converse avec un individu et/ou une communauté).

samedi 29 mars 2008

La mort des journaux... et d'un certain journalisme?

A lire, si vous avez du temps ce week-end, ce (très) long article du New Yorker annonçant la mort des journaux papiers et de leurs modèles: économiques et éditoriaux.

La crise est d'abord financière : les revenus des grands journaux s'effondrent aux Etat-Unis. Les rédactions subissent les coupes dans leurs effectifs comme une peau de chagrin.
"Pas encore morts" (titre du Guardian à propos de la presse écrite), certes, mais pas loin, "les journaux ont perdu 42% de leur valeur en trois ans", constate Eric Alterman du New Yorker.

Moyenne d'âge (en hausse) du lectorat américain : 55 ans. Seuls 19% des 18-34 ans déclarent ouvrir un journal de temps en temps.

La crise est également morale :
Moins de 20% des Américains déclarent croire la plupart des infos que publient les médias. Ils étaient 27% cinq ans plus tôt.

Dans le même temps, le Huffington Post, un média "pure-web" lancé en 2005 par Arianna Huffington, truste les places d'honneur de la presse en ligne (il annonce 11 millions de visiteurs uniques par mois). Il dépasse même d'une courte tête le Los Angeles Times, mais avec 40 fois moins de journalistes...

Le principe du Huffington Post: syndication et conversation. Ouvert aux commentaires, le site agrège le meilleur de ce qui se dit dans les médias, et fait reposer sa force éditoriale sur le débat, grâce à une escouade de blogueurs politiques.

La suite?
“Si l'argent de la pub continue de migrer vers le Online (et il continuera), HuffPost proposera de plus en plus de reportages en ligne (...) Des reportages vigoureux qui inclueront du 'distributed journalism' (participatif)", prédit Arianna Huffington qui croit à une convergence des modèles papier et web.

Le New Yorker raconte comment Internet est en train de faire ressurgir un vieux combat qui, dans la première moitié du vingtième siècle, avait vu s'affronter deux concepts de l'information et de l'opinion publique:

Walter Lippman, grand journaliste, militait pour une sorte de "despotisme éclairé" du journalisme. Une élite révélant, à un lectorat considéré comme passif face à l'actualité (et donc facilement manipulable par le pouvoir), les coulisses et les mécanismes des événements.

En face, le philosophe John Dewey, s'il ne croyait pas non plus à la sagesse populaire innée, croyait aux vertus du débat et de la conversation.
"Alors que Lippman voyait l'opinion publique comme une somme d'opinions individuelles, un peu comme un sondage, Dewey l'abordait plutôt comme un focus group", ajoute le New Yorker.

Surtout, Dewey remettait en cause le savoir des élites, trop éloignées des préoccupations quotidiennes de ceux qui ne sont pas de leur caste.
"L'homme qui porte les chaussures sait mieux que quiconque là où elles lui font mal, même si l'expert en chaussure est sans doute le mieux placé pour savoir comment résoudre le problème."

70 ans plus tard, Internet a fait vaciller le journalisme du modèle Lippman (info descendante, expertise), modèle dominant jusqu'ici, vers une vision plus proche de celle de Dewey (conversation et partage d'expérience).

Et donc fait vaciller le modèle de la presse écrite.

Et ouvert un vrai débat:

50 journalistes + 1 communauté peuvent-ils remplacer 500 journalistes?

- Dessin: Arianna Huffington terrassant la presse écrite - source The New Yorker)
- Lire également, sur le même sujet, l'article d'AFP-Media Watch sur la "mullet strategy" du Huffington Post

(Merci à JF)

mardi 25 mars 2008

Média participatif: le modèle de "Now Public"


Si vous ne connaissez pas "Now Public", je vous conseille d'aller y jeter un oeil. Ce site d'infos canadien est sans doute le média participatif le plus abouti du moment.
Principal fait d'armes : des contributions de l'intérieur de l’aéroport londonien d’Heathrow, lors d’une alerte à la bombe durant l'été 2006.
Il est depuis régulièrement cité parmi les sites de référence par de grands médias comme le Times ou le Guardian...

Now Public ne diffuse que des news envoyées par les internautes, revendique plus de 120.000 cyber-reporters témoins aux quatre coins du pays, et dans le monde. Avec un taux de croissance affiché de 35% par mois, relevait Libération cet été.


- Une rédaction qui sélectionne les meilleurs contenus (et les passe en "top stories" à la Une). Cependant, leur rôle n'est pas clairement affiché.

- Mais cette sélection s'appuie essentiellement sur le pouvoir de la communauté. Les membres peuvent monter en grade et accéder à différents statuts qui leur permettent de modérer, émettre un doute sur la qualité d'une info ou encore mettre en avant les news des autres. A la fin de chaque post, les membres sont invités à "flaguer" l'info : bonne info, mérite plus de détails, à améliorer etc...



- Il y a ainsi deux "Une": les contenus "top stories" sélectionnés par la rédaction (appuyée par les choix des internautes), et les contenus "crowd powered" (managés par la communauté) remonté par les membres "plus" du site.



- Plusieurs moyens d'envoyer ses infos : on peut écrire un article, évidemment, mais aussi se contenter d'envoyer une photo avec son portable ou une vidéo ("1 photo vaut 1000 mots" peut-on lire sur la Une du site). Chaque format peut-être consulté séparément.

Bonne idée : un téléphone rouge qui permet de laisser son info oralement, "en direct", sur un répondeur.



- Autre forme de participation, la veille de l'info. "Highlight a story", permet, grâce à un plugin à télécharger, de remonter et partager sur le site n'importe quelle news vue sur le Net, en un seul clic...



- Enfin, une des dimensions les plus originales de ce site, le "crowdpower". Il s'agit d'une application du principe du crowdsourcing à la mécanique de l'info (le crowdsourcing permet à une communauté d'internautes de se partager le travail sur un même sujet, chacun s'occupe d'une partie ou y consacre un pourcentage de son temps). Ici, vous pouvez faire appel à la communauté pour obtenir plus d'infos sur un début d'info. De même, n'importe quel internaute peut proposer une photo ou une vidéo à votre news.
Et vous pouvez également piocher librement dans les photos et les vidéos mises à disposition par la communauté sur le site... et sur le web (FlickR, Youtube). Très malin!

samedi 22 mars 2008

Presse sur le web: pourquoi ça coince dans les vieux médias

J'ai animé un stage cette semaine auprès de confrères issus pour la plupart de rédactions papier ou télé (très motivés d'ailleurs). Et j'ai été ramené brusquement à de vieilles réalités.
Après 10 mois passés dans un "pure player", j'avais oublié combien nombres de rédactions sont encore paralysées par des blocages internes absurdes et se retrouvent comme impuissantes face aux opportunités du Net.

En sortant, je suis allé prendre un verre avec un autre confrère, d'une télé nationale cette fois, qui m'a dressé un tableau guère moins ubuesque de la situation sur son média.

Il y a plusieurs raisons à ces blocages (si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas à les mettre dans les commentaires):

- d'abord, une méconnaissance de l'Internet, assaisonnée de fantasmes (le net, dénoncé à tort comme la "poubelle de l'info", a mauvaise presse). L'affaire du sms et du Nouvel Obs n'a rien arrangé.

- de la peur chez les cadres (mais aussi des reporters). Celle de voir évoluer leur média vers des domaines de compétences qu'ils ne maîtrisent pas (et donc d'être mis de côté). Parallèlement, d'autres cadres et journalistes sont hyper-motivés, ont plein d'idées et ne demandent qu'à être formés pour évoluer : ces gens risquent de quitter ces rédactions.

- l'âge de certains cadres qui, passés 50-55 ans, freinent des quatre fers en espérant arriver à la retraite avant l'apocalypse...

- des patrons de médias qui, n'y connaissant rien, se retrouvent amputés de leur meilleure arme: l'intuition. Capables d'investir sans hésiter dans un support papier ou télé, mais désemparés à l'idée de sortir plus de 10.000 euros dans un projet Internet.

- des modèles économiques pas encore complètement calés. Il y a de l'argent, mais les tarifs pubs sont trop bas, et la pub n'est pas aussi efficace qu'on pourrait l'espérer.

- des baronnies internes impossibles à dévisser, des placardisés qu'on retrouve dans les services internet...

- des patrons de l'Internet souvent incompétents (ils ne le sont pas tous) , placés là pour d'autres raisons, qui échappent... à la raison.

- des questions de droits d'auteur en suspens (alors qu'on en parle depuis 10 ans, de nombreux journaux n'ont toujours pas réglé avec les syndicats ces accords qui permettraient aux journalistes d'écrire ou d'envoyer leurs photos sur le web).

- des discours globalisants et donc tétanisants : vous devez devenir "plurimédia".

- dans les régions, une prise en main désordonnée du Net par les services pub ou des DG, pressés de sauver leurs petites annonces et de faire du business sur le Net, mais à l'ancienne... en distribuant n'importe quel contenu pourvu qu'il soit thématique.

- une vision désastreuse (pour le média) du Net, qui ne serait "qu'un nouveau support de distribution de nos contenus" (d'où le terme : "plurimédia", et les blocages syndicaux qui suivent...), alors que l'on doit concevoir la création d'un projet Internet comme celle d'un nouveau média (même quand on envisage une mutualisation des moyens).

- et maintenant tout le monde s'affole sur le mobile, sans avoir réglé le reste...

Dans ce climat, les stratégies globales sont souvent bloquantes et ont peu de chances d'aboutir (si vous en connaissez, n'hésitez pas à m'envoyer vos témoignages).

Les petits projets sont souvent la meilleure solution, à condition, bien sûr, de ne pas les aborder comme des "petits" projets. C'est à dire : pas chers, pas emmerdants...
Le web2.0 a apporté beaucoup de choses, mais éditorialement, ça ne fonctionne pas tout seul. De même, les portails où l'on distribue des contenus et des services automatiques, correspondent à une vieille idée.

Il ne s'agit plus non plus d'enrichir le site internet institutionnel du média. Mais de toucher des lecteurs. D'avoir un projet. L'intégration dans l'univers du média, n'est qu'un détail technique. De toute façon, 40% des lecteurs de ces nouveaux contenus viendront par Google... Il faut cesser de penser en "site".

Lancer, ne serait-ce qu'un blog dans une rédaction, doit être considéré comme le lancement d'un nouveau média.
C'est comme si un journal lançait une petite radio ou une télé.
Il faut définir une cible, une thématique, une baseline, mettre en place des formats, un ton, un rythme, animer une communauté... (J'ai souvent entendu des projets se définir ainsi : "on va faire le blog de la rédaction"...)

Et si l'on souhaite intégrer ce projet dans une rédaction, il ne faut surtout pas l'envisager comme une activité annexe que l'on pourrait bricoler à deux ou trois dans une rédaction, en plus du travail habituel. Il est important de se demander : combien d'heures par jour doit-on y consacrer, de qui ai-je besoin ?

L'avantage d'un petit projet, considéré comme un nouveau média, est qu'il a plus de chances de ne pas cristaliser les conflits et contradictions internes, et qu'il a surtout plus de chances de réussir... et donc de servir d'exemple pour des projets plus lourds.

Une seule idée, une bonne petite idée, simple, dans un petit projet à une ou deux personnes, peut dépasser, en quelques jours, le trafic du site internet du média. Essayez pour voir...

dimanche 16 mars 2008

Pourquoi il faut croire au média participatif


Le lancement aujourd'hui de Médiapart.fr (le média participatif d'Edwy Plenel) relance à nouveau le débat sur le journalisme participatif, embarquant au passage un certain nombre de vieux fantasmes (pas toujours à tort, d'ailleurs).

Ici on prédit la fin du journalisme, là on s'étonne de la piètre qualité journalistique de la production des non-journalistes (mais est-ce le bon critère qualitatif? J'ai déjà expliqué dans un post pourquoi on prenait le problème du mauvais côté)

Je n'ai pas grand chose (de pertinent s'entend) à dire sur Mediapart.fr. Il faut laisser à ce nouveau-venu dans la galaxie des médias d'infos en ligne le temps d'éprouver son modèle de participation façon club et son pari de l'abonnement payant. . .

En attendant, voici quelques idées volontairement développées sur le registre des valeurs, histoire d'alimenter le débat:

Pourquoi faut-il croire au média participatif ?

1-
Le participatif va dans le sens d'une démocratisation de l'info.
En s'impliquant dans la fabrique de l'information, en en comprenant les rouages, en collaborant étroitement avec des médias, en apportant dans cette mécanique son propre vécu de l'actualité, le lecteur (et notamment les jeunes générations) ont une opportunité extraordinaire de se réapproprier l'info.

2-
Le participatif multiplie les sources d'information.
Et, tout journaliste en conviendra, c'est plutôt une bonne chose.
Des millions de lecteurs = des millions de témoins. C'est la grande vertu du journalisme collaboratif: permettre aux témoins de faire remonter ressentis, photos, vidéos et infos inédites. Par la multiplication des témoignages, c'est la texture de l'info qui s'enrichit.

Jadis, le journaliste était le premier témoin de l'événement. Il a évidemment perdu ce statut au profit de ceux qui vivent l'actualité. Mais son rôle est désormais devenu essentiel dans le travail de qualification, de vérification et de tri de cette matière brute. Une mécanique qui doit également intégrer les process d'enquête journalistique.

3- L'info n'est plus seulement l'apanage des médias. La vérification et le filtrage, si.

Il est plutôt sain que le journalisme trouve dans la mécanique Internet son contre-pouvoir.
La multiplication des témoignages et des sources d'information sur le Net est une bonne chose. Cependant, cette situation inédite pose aujourd'hui un problème de clarté et de traçabilité à l'internaute en quête d'info. Les lecteurs (comme les journalistes d'ailleurs...) ne savent pas toujours comment réagir face à une info brute "buzzée" sur le Net via YouTube ou Facebook. Face à ce déferlement des sources d'information, ils se tourneront en priorité vers les médias qu'ils connaissent. Donc(s'ils ne rejettent pas ce rôle), vers des journalistes dont la pratique tient toujours de cet artisanat rigoureux : vérifier, filtrer, recouper et contextualiser cette nouvelle matière informative amateur (que CNN appelle le reportage personnel).

4- Il permet aux journalistes de se laisser à nouveau surprendre dans leur traitement de l'actualité.
D'abord parce qu'ils sont désormais en conversation permanente avec les lecteurs et les témoins (qui peuvent les corriger).
Mais pas seulement: alors que certains médias traditionnels ont encore tendance à aller chercher LE témoignage qui illustre la dépêche AFP (parfois en se passant les mêmes témoins entre médias), la participation fait exploser cette mécanique. Et confronte les journalistes à la complexité du terrain, notamment local.

Enfin, les lecteurs (qui influent sur la hiérarchisation des sujets à traîter), jouent aussi un rôle de veille de l'info, de mise en perspective. Ils peuvent faire remonter l'info dite "off" (off the media). Ainsi, interpellent-ils les journalistes (ou la communuauté) sur des faits qu'ils estiment avoir été injustement ignorés.

5- La participation aide à réformer les codes du journalisme. Inutile de rappeler tout ce que les blogueurs, avec leur traitement "pirate" de l'actu, ont apporté au métier en terme d'éditing, d'approche de l'info en réseau, du partage des données, de veille de l'info, de conversation...

Enfin, bonus track: quelques idées reçues à dépoussiérer:

- Participer ne veut pas dire que le lecteur se transforme en journaliste, encore moins en "journaliste citoyen". On l'a vu.
Pour autant, le média participatif, ce n'est pas non plus une rédaction qui laisse la parole aux "lecteurs" (qui d'ailleurs n'ont plus besoin des journalistes pour prendre la parole). C'est une rédaction qui fabrique l'information en conversation -mais surtout en collaboration active- avec des non-journalistes: c'est à dire avec les acteurs directs de cette actualité (qui peuvent être des anonymes comme des personnalités), dont elle accompagne la production. Il s'agit d'un réseau hyper-dynamique de sources d'information, que le journaliste doit savoir animer.

L'objectif étant de produire une info qui soit la plus proche du quotidien de ses lecteurs.

Les journalistes construisent donc leur information de façon poreuse, transcendant les notions d'objectivité et de subjectivité par celle de l'honnêté (formule empruntée à Philippe Couve).


- La participation n'a rien de nouveau. De tous temps, les non-journalistes ont participé à l'info. Créant même leurs propres médias (on l'a vu avec les radios libres).
Internet, qui n'est pas un média, mais une mécanique, a rendu cette dynamique de partage des données plus spontanée et plus libre.


- S'afficher média participatif aujourd'hui ne devrait plus être nécessaire. A terme, tous les médias sur le Net intègreront une dimension participative.

mercredi 12 mars 2008

Demain, le média exportable?

Retour sur le concept de "nomadisation de l'info", développé dans un précédent post.
J'évoquais la thèse du "canon à infos", mutation naturelle du traditionnel site de news:
"L'objectif étant de parvenir à placer l'info sur les trajectoires de plus en plus aléatoires du lecteur. Et, surtout, d'embarquer le plus de valeurs possibles (infos, marque, pub...) sur ces micro-contenus."
Philippe Couve (dans les commentaires) lui préfère le terme"info liquide". On pourrait aussi parler d'info "moléculaire". Ce qui reflète mieux ce concept de dispersion nécessaire et maîtrisée de l'info: une micro-news, éjectée du site pour atteindre le lecteur là où il se trouve (rss, mobile, blogosphère, moteurs de recherhce...).
Une info exportable, qui embarque avec elle un certain nombre de données.

L'effet YouTube: L'essor des plateformes de vidéos (YouTube et Dailymotion) qui permettent à chacun d'embarquer sur son site ou son blog les contenus vidéos d'autres sites ou auteurs, a contribué à installer cette culture d'une info de plus en plus nomade.



Avant, la tendance était à la protection jalouse de ses contenus pour ramener et conserver le trafic sur son site. Aujourd'hui, proposer un lecteur exportable de vidéo (le fameux code "embed" qu'on glisse dans le code HTML de ses posts) est devenu la norme.

Tout s'exporte...
"iReport", le nouveau site participatif de CNN, propose évidemment des lecteurs exportables pour les vidéos, mais aussi pour les portfolios, et même les simples photos:


Plus fort : Soitu.es, le nouveau site d'infos nouvelle génération espagnol permet à tous de reprendre son outil flash de publication des résultats des élections législatives. Une première.
Un petit code permet en effet à tout le monde de publier un média dynamique affichant les résultats. Un bel exemple (et un vrai modèle) de dispersion de l'info au service de la marque et des usages du lecteur:



Imaginez tout ce que l'on peut faire avec ce modèle...

Plus extrême, le site internet exportable.

Xavier de Mazenod en parlait sur son blog en novembre dernier (merci Philippe pour le lien): un mini site en flashs, avec un menu, des liens, des contenus textes et multimédias mais que chacun peut reprendre chez soi:



Demain, le média exportable?

lundi 10 mars 2008

La nomadisation de l'info va-t-elle tuer le lien média/lecteur?


Je remonte ici le commentaire de mon confrère Jean Abbiateci suite à mon post sur la nomadisation de l'info. Il pose beaucoup de questions, pertinentes, auxquelles je n'ai pas forcément de réponse évidente. Mais le débat est ouvert:

"Vous parliez du canon à info... Si je suis bien votre pensée, le lecteur/internaute/téléspectateur ne va plus forcément aller sur un site... Ce sera au site et au média d'aller directement sur les supports de diffusion (mobiles, blogs, mail, réseaux sociaux, télés)...

"Dans cette configuration nomade, un reportage sera donc dispatché sur ces différents canaux de diffusion... relayé par les internautes s'il le juge bon, exporté, podcasté puis commenté sur des blogs...

"Est ce que cette décentralisation de l'info ne va tuer le lien qui existe entre un média et ses lecteurs (peut-être est-ce déjà fait)...

"Comment des "marques" (c'est la mode dans le monde des médias de parler de marques) comme Le Monde par exemple ne vont se diluer dans ce flux d'information, partageant le canon avec d'autres contenus à faible valeur ajoutée.

"Est ce que cela signifie qu'on va arriver vers un marché de micro-niches éditoriales... ? Existera-t-il encore de la place pour une information à haute valeur ajoutée ?

"Si les "carrefours" que représentent les sites sont condammnés, est ce qu'on va passer d'une publicité d'audience à une publicité de sponsoring (à savoir, un annonceur va sponsoriser tel type de contenu)...

"Voilà, beaucoup de questions, à la hauteur de l'excitation provoquée par ces nouvelles technologies dans le métier de journaliste..."


La nomadisation de l'info va-t-elle tuer le rapport du média au lecteur ?
Difficile de répondre. Je suppose qu'elle est en train de "tuer", dans sa configuration actuelle, le traditionnel site d'info. Mais pas forcément la marque. Tout dépend comment elle s'organise.

Quatre pistes:

1- Tout d'abord, segmenter les contenus ne veut pas forcément dire renoncer à fidéliser une audience. Si le média assume sa porosité et organise la dispersion de ses contenus, pour apporter la bonne info à la bonne personne au bon moment, il n'y a pas de raison pour que l'internaute ne s'abonne pas à ses contenus et intègre le média dans son dispositif personnel de news (widget, netvibes, facebook, mobile...). Il ne prendra pas tout le package, mais il restera fidèle à la marque sur ce qu'il estimera être ses points forts.

Le vrai problème, pour le média, reste que la production d'un micro-contenu coûte plus cher que plusieurs contenus packagés. Ce qui pose la question de l'avenir de l'info à valeur ajoutée.


2- Nomadisation ne veut pas juste dire segmentation. C'est aussi la mobilité. Donner la possibilité à son audience d'embarquer le média avec elle, de rester connecté en permanence, est un axe non négligeable de fidélisation.

3- Une autre solution est de miser sur la communauté. L'intégrer dans la production et la gestion des contenus (ce que font iReport, et Le Post). Faire de l'info un moteur social.

4- Encore une fois, l'exception confirme la règle. Il y aura des sites d'infos qui se positionneront à l'inverse de cette nomadisation autour de contenus à forte valeur ajoutée sur des sites fermés . Et qui trouveront leur public. C'est la stratégie originale d'Arrêt-sur-Images et de Mediapart. La nomadisation est une réalité, ce qui ne veut pas dire qu'il faut l'embrasser. Juste se positionner par rapport à elle.


Enfin, sur les modèles économiques: toutes les pistes sont ouvertes. Celles du sponsoring en est-une. Il y a surtout les publicités embarquées dans les contenus. Mais il y a aussi la pub considérée comme un contenu, nomade lui aussi, mais viral et (ou) intéressant et (ou) utile. Il y a évidemment la qualification de l'audience par les contenus segmentés, et donc des tarifs plus élevés. Mais cela répondra-t-il aux besoins de campagne de masse? Pas sûr.

(Source illustration : fromdistance.com)

samedi 8 mars 2008

CNN lance le YouTube du reportage personnel


"iReport.com", c'est le nouveau site de citizen journalism lancé par la chaîne d'info continue américaine .

Le directeur du développement de CNN, l'a présenté ainsi lors de la conférence DNA2008 à Bruxelles : le site se veut le YouTube du reportage personnel.

Le service iReport existe déjà depuis 18 mois. Mais il fallait à l'époque envoyer sa vidéo à la rédaction pour espérer être publié.

90.000 contributions ont été reçues, annonce CNN, mais 90% étaient inexploitables par la chaîne (la chaîne en a publié 914).

10% n'est pas un chiffre surprenant. Ni même un mauvais chiffre. Mais plutôt décourageant pour les 90% recalés qui ne voyaient jamais leurs oeuvres publiées, même sur le web. Difficile, donc, d'installer une dynamique, si possible vertueuse.

CNN a donc choisi de créer un site communautaire à côté de celui de CNN.
"iReport" se présente comme une plateforme où chacun peut déposer son reportage et recevoir directement le retour de la communauté.

En créant deux sites séparés, la chaîne a décidé de ne pas faire cohabiter l'info vidéo de la rédaction de CNN et celle des internautes. Sauf lorsque cette dernière est reprise sur la chaîne d'info.

La baseline est d'ailleurs claire (et provocante) : iReport, "unedited, unfiltered, news". L'info non éditée, non filtrée!








Sur ce point, le site veut d'ailleurs laisser les clefs aux internautes. Ils seront également responsables de la modération qualitative du site (la modération légale sera effectuée par des professionnels) et d'exprimer leurs doutes sur la véracité de telle ou telle info.

"Nous voulons vraiment impliquer les gens, pas seulement dans la soumission de contenus, mais dans la gestion de ces contenus".


L'interface est plutôt intéressante: très épurée, avec une exploration par tags, un fleuve de contenus chapeauté par un bloc de contenus mis en avant.

On peut également proposer des portfolios de photos, présentés comme une vidéo.

iReport se pose donc comme une sorte de réservoir d'infos, avec une animation portée par la communauté.

Le moteur principal de motivation des internautes restant évidemment l'espoir d'être diffusé sur la célèbre chaîne d'info continue. C'est tout l'intérêt de ce type de mécanique.

(Source : journalism.co.uk)

jeudi 6 mars 2008

Médias: après le portail d'infos, le canon à infos


Il y a plus d'un an, nous étions déjà dans l'ère de la fragmentation de l'info: celle de la toute puissance des algoryhtmes des moteurs de recherche qui torpillaient la traditionnelle hiérarchisation de l'info.

Avec le RSS et l'apparition des tags (recherche sémantique), c'est la segmentation de l'info qui a pris le relais: avec pour conséquence l'hyperpersonnalisation et le fameux phénomène de la longue traine (graal de tous les acteurs de l'internet, mais tellement compliqué à financer).

Aujourd'hui, les médias doivent faire face à une nouvelle étape dans la révolution des usages: la nomadisation de l'info. C'est la suite logique et dynamique des deux précédents phénomène.

Qu'est-ce que l'info nomade ?

C'est une info qui abandonne progressivement non seulement la notion de support physique exclusif (papier, pure web, télé, mobile) mais surtout celle de support média envisagé comme un tout packagé (un site d'infos par exemple). C'est une info qui, parce qu'elle est segmentée, va venir toucher et interagir directement, immédiatement, avec son lecteur.
Ce qui laisse entrevoir beaucoup d'opportunités, mais pose également beaucoup de problèmes.


La fragmentation brise les modèles

Les nouveaux sites d'infos qui débarquent sur le marché, connaissent tous, à des échelles variable, cette dislocation des modèles fondamentaux de publication: Chez de nombreux pure-players, notamment, seuls 20% de leurs lecteurs arrivent chez eux via la page d'accueil du site. Le reste du "lectorat" débarque directement sur les articles via les moteurs de recherche, les flux RSS, les widgets, les blogs ou les agrégateurs.
Chaque contenu devient alors une nouvelle "Une", un espace autonome de distribution.


Après le portail d'infos, le canon à infos

Conséquence : aux débuts de la fragmentation de l'info, il était coutume de conseiller aux médias de passer du simple site traditionnel à la maîtrise des points d'engorgement (des points de passage des lecteurs sur telle ou telle thématique). A l'ère du portail et des sites univers (locaux ou thématiques), on rassemblait alors l'info fragmentée en chaînes pour créer des noeuds de concentration de trafic.

On parlait, certes, déjà de moteurs d'information: une marque produisant une info multi-supports selon l'heure de la journée et son lectorat. Mais on ne sortait guère de la notion de support packagé: un journal sur papier, un site d'infos sur le web, un espace services sur mobile...

Aujourd'hui, la question n'est plus tant de façonner ces points d'engorgement que de parvenir à placer l'info sur les trajectoires de plus en plus aléatoires du lecteur.
Et, surtout, d'embarquer le plus de valeurs possibles (infos, marque, pub...) sur ces micro-contenus.

Il faut, en quelque sorte, passer du carrefour d'infos au "canon à infos". Et maintenir ce lien, en permanence, avec ceux qui nous lisent. Dans cette stratégie là, demain, le mobile (mais pas seulement) sera évidemment un outil incontournable. On le voit déjà depuis quelques semaines avec le Iphone et la généralisation des forfaits illimités.

La bonne nouvelle: la nomadisation rapproche tout

Dans l'autre sens, la nomadisation rapproche tout. Dans la temporalité comme dans le rapport à la fabrication de l'info : le canon à info peut atteindre n'importe qui n'importe où, chez lui, au travail. Comme l'explique une récente étude médiamétrie ("Media In Life 2007" à télécharger ici), "de plus en plus accros aux médias, les Français les consultent désormais n'importe où et n'importe quand grâce aux nouveaux équipements, comme internet ou le téléphone mobile", résume l'AFP .

Plus de la moitié des Français (55,3%) écoutent la radio le matin entre 6h et 9h, et 1
Français sur 5 consulte la presse. L’Internet émerge fortement le matin : entre 9h et 12h, 14 % des Français sont connectés. A l’heure du déjeuner 2 Français sur 5 (41%) sont devant leur petit écran. Le soir, entre 21 h et 22h 30, 52,4 % des 15-24 ans regardent la télévision, 17,7 % téléphonent avec leurs mobiles et 14,9 % se connectent sur Internet ; chez les 35-49 ans, 70% regardent la télévision et 10 % lisent la presse ("Média In Life 2007").

Du coup, la consommation des médias augmente. Tous supports confondus. La question n'est plus de savoir si le papier ou la télé sont morts, mais d'être connecté au lecteur. Tout le monde peut en profiter, comme le signale avec élégance Christophe Barbier, le directeur de la rédaction de l'Express.

Et le lecteur étant de plus en plus connecté, l'info devient de plus en plus instantanée. Jusqu'à devenir "live".

Plus proche, le lecteur peut aussi contribuer de plus en plus facilement à l'info. Il façonne déjà sa hiérarchisation, désormais, il intervient sur sa fabrique directement sur le contenu, via les commentaires ou le trackback (il fait buzzer l'info et la complète sur sa page perso).

L'avenir du journalisme participatif sera déterminé par la capacité des médias à rester en contact en permanence avec leurs lecteurs. Un peu comme le fait déjà aujourd'hui la radio.

L'explosion des modèles économiques

Conséquence de la nomadisation : elle remet en cause les modèles des sites médias. Pour l'instant, les grandes marques de l'info parviennent à fédérer un lectorat qui vient quotidiennement chercher l'info sur leur site, mais demain? Pour les pure-players (les nouveaux moteurs d'infos sur le Net), la guerre a déjà commencé.

Le problème c'est que s'il est facile de vendre une audience de masse sur une page d'accueil ou sur de grandes séquences thématiques, il est beaucoup plus compliqué de vendre la segmentation à l'infini de l'audience.

Même problème pour les coûts de fabrication.

Et puis, les pratiques ont changé. Le lecteur choisit son info. Il est le maître du contenu. Il n'a donc pas envie d'être passif devant la pub. Donc il clique moins, ou moins automatiquement. Même sur les liens sponsorisés, qui affichent des taux de clics en baisse...

Quoi qu'on en dise, très peu de sites médias sont prêts à inventer de nouveaux modèles.
Les agences de pub, qui ont longtemps freiné des quatres fers, ont du pain sur la planche...


Pour conclure, la problématique des médias aujourd'hui, ce n'est plus tant celle de la canibalisation des supports que celle de trouver le meilleur support et le meilleur format pour se connecter au lecteur là où il se trouve.

Le graal sera sans doute demain le mobile, média nomade par excellence. Mais pour faire quoi ?

mardi 4 mars 2008

Quel avenir pour les médias?

Si vous ne l'avez pas encore vu, Politic Show/ Six35 vient de publier l'intégralité du débat filmé sur l'avenir des médias, auquel je participais avec Philippe Couve (CFPJ, RFI), Michel Levy-Provençal (France 24, ex Rue89), Damien Van Achter (RTBF) et François Guillot (consultant).

A lire également, la réflexion qui se poursuit sur les blogs des uns et des autres.






Je reviendrais sur le sujet un peu plus tard.


(Je suis en vacances, pour une fois j'ai un peu de temps devant moi...)

mercredi 6 février 2008

Grenoble: une web TV hyperlocale pour le Dauphiné Libéré


Le quotidien régional Le Dauphiné Libéré lance aujourd'hui "Grenews", un site d'infos hyperlocal et vidéo adossé à un hebdo gratuit sur Grenoble.

J'en parle en connaissance de cause (et avec un bout d'émotion): j'étais à l'origine de ce projet de rédaction intégrée (web+papier), avant mon départ pour le Monde Interactif en juin dernier.

Il s'agissait à l'époque de profiter du départ de M6 Grenoble pour lancer une web TV quotidienne hyperlocale, avec un JT et un traitement 24/7 vidéo des faits divers.

Finalement, nous avions abouti à projet plus ambitieux de site hyperlocal adossé à un hebdo papier gratuit.
L'idée était d'expérimenter une rédaction intégrée web+papier+télé: un plateau éditorial dédié (composé de journalistes du quotidien se consacrant à plein temps sur le projet) mais travaillant à la fois en 24/7 pour le site internet, et en mode classique l'hebdo papier.
Deux formats différents, une même équipe, mais des contenus adaptés aux deux supports.

Le produit d'appel, la Web TV quotidienne, jeune et urbaine, étant par contre réalisé par un JRI pro d'une société de production indépendante, Altius Prod (fondée par l'ancien rédac chef de M6 Grenoble).

Le site devait également proposer des outils participatifs pour l'audience (idée apparemment abandonnée dans l'actuel projet), ainsi que d'abondantes bases de données hyperlocales (associations, écoles, clubs de sports).

La seconde idée était de bâtir le futur site du quotidien régional en partant de cette expérience prototype. Et en l'étendant petit à petit à d'autres capitales départementales.

Il est toujours compliqué dans un vieux média papier, où les angoisses sont souvent irrationnelles, de monter un grand chantier web.
Il est donc plus facile de monter des "petits" projets, comme Grenews, plus souples en terme d'organisation et de montage, moins effrayants surtout, et qui permettent de tester sans risquer de coincer toute la machine...
Sur le web, la majorité des idées de départ se révèlent mauvaises. Il faut donc se mettre en mode "équipe légère" et être prêt à faire des réglages, voire à abandonner en cours de route.

C'est Jean-Paul Fritz (qui avait inventé avec moi le projet) qui a pris le relais de Grenews et a mené tout ça de main de maître, épaulé par Stéphane Echinard, (excellent) journaliste à l'agence grenobloise du DL.

Avec, à la conception, mon ex-comparse de "Quelcandidat.com", Jeff Mignon de 5W-Mignon-Média.

Le projet a naturellement évolué depuis l'idée initiale. Sans doute pas assez. Le web bouge vite.

Le site conserve encore quelques rigidités du papier : articles longs, sans liens hypertextes (pour ce que j'ai vu), sans utilisation des gras, de tags, et de l'écrit web. La Une est un peu figée. Il y a encore peu d'actu "live". Le JT est très propre (c'est du M6) mais il est plus formaté télé que web.

Et il manque sans doute un ton.

Enfin, je m'interroge sur l'abandon de la marque DL sur ce projet (mais je n'ai pas de réponse tranchée). Qu'en pensez-vous?

J'aime bien, par contre, les modules interactifs de popularité des entraineurs sportifs locaux, très ludiques. Idée intéressante également: les players mp3 intégrés aux posts dans une rubrique astucieuse dédiée à la scène locale ("écoutez, votez").

Une belle expérimentation pour le quotidien régional.

Les médias en 2028

Thème compliqué. Il est déjà difficile de prévoir les médias en 2008....
Mais une initiative à suivre, emmenée par deux étudiants.
Ils ont rencontré des acteurs des médias d'aujourd'hui pour les interroger sur leur vision des médias de demain.

Le teaser est ici: