mercredi 15 février 2006

Quand le lecteur re-prend la parole

A lire, sur le blog de Jeff Mignon (ici), le retour d'expérience d'Olivier Chapelle, responsable multimédia de 'Alsace. Le quotidien régional vient de mettre en place, à l'instar de Ouest France, un blog de la rédaction (ici).
Ce qui est intéressant, au delà du succès de l'opération (plus de 350 commentaires sur l'un de leurs derniers posts), c'est la réaction d'une partie de la rédaction, qui a rapidement saisi l'utilité de l'outil pour recueillir notamment des témoignages:

"L'élément déclencheur a été un post sur le résultat du match de Coupe de France de football Colmar-Monaco que j'ai mis en ligne en direct, le 1er février vers 23 h, alors que l'existence du blog, lancé le 30 janvier dans la journée, n'avait pas encore été annoncée dans le print. Le nombre de réactions (exploitées dès le lendemain dans les pages sportives) a fait prendre conscience à un certain nombre de journalistes de l'intérêt du dispositif, au moins pour recueillir des témoignages. Depuis, nous avons repris une première fois des commentaires du post sur les caricatures de Mahomet dans les pages d'infos géné. Nous avons même, en anticipation, lancé des appels à témoignages concernant des dossiers en cours. La page print Interactif, reprenant avec régularité le contenu du blog, ne devait dans mon esprit voir le jour qu'au mois de mars, mais l'avalanche de réactions sur les caricatures nous a poussés à faire plus vite : d'où la parution de vendredi. À terme, la page devrait devenir hebdomadaire et les appels à contributions, issus de toutes nos rédactions, vont monter en puissance rapidement."
J'ai bien aimé aussi ce commentaire du même Olivier Chapelle, après la réaction d'un journaliste sur les dangers de la modération a posteriori des commentaires :
"On a eu un commentaire révisionniste sur le fil "caricature de Mahomet" et il a fallu moins de dix minutes pour qu'un lecteur nous le signale ainsi qu'à tous les lecteurs du blog, assurant ainsi l'automodération du fil. Sache, cher confrère, que le lecteur n'est pas ton ennemi..."
J'ai assisté récemment à de nombreuses réunions où il était justement question de l'interactivité (très à la mode) et de ce bon vieux courrier des lecteurs. Et j'ai été surpris de constater combien mes confrères se méfiaient de leurs lecteurs. La plupart des interventions concernaient les filtres à mettre pour éviter le "n'importe quoi"... Etonnant, à l'heure de l'explosion de la parole des "gens" sur le Net: des millions de messages plus ou moins anonymes dans les forums et les blogs. Un vivier d'expression qui s'autogère et n'en finit pas de grossir.

J'apprécie beaucoup le souci de l'Alsace de ne pas supprimer les commentaires mal écrits ou incompréhensibles. La prise de parole est aussi un apprentissage, du côté du lecteur comme du média traditionnel. Il ne faut pas casser ce lien qui commence à se renouer entre habitants et journalistes via les blogs des rédactions.
On a beaucoup parlé de la fracture citoyenne entre politiques et citoyens, mais encore trop peu de cette terrible fracture médiatique entre des journalistes locaux notabilisés, et des lecteurs qui ne les ont pas attendus pour re-prendre la parole.

1 commentaire:

Emmanuel a dit…

Je vous confirme que cet phase d'apprentissage des rédactions concernent aussi les journalistes high tech :-)
En fait ce sont plutôt les journalistes qu'il faut apprivoiser...
D'un autre côté leur prudence est légitime. Il faut du temps pour que le jeu de l'interactivité parvienne à un bon équilibre. Le nombre de contributions s'élèvent et l'équilibre se crée par l'autodiscipline des lecteurs. La qualité appelle la qualité. Je crois qu'en fait il faut appliquer une stricte moderation a posteriori au début puis la qualité des contributions finit par marginaliser progressivement les excès. La modèration est générée par la communauté elle même.
reste ensuite à intervenir périodiquement sur quelques personnalités "excessives" c'est le phénomène du "troll" malheureusement bien connu des modérateurs de forums.

La phase 2 c'est quand la rédaction finit par comprendre qu'on peut utiliser ces commentaires dasn le bon sens, pour animer le site, porter le contenu des lecteurs au même niveau que certains articles, quand on le juge pertinent ou mieux laisser les lecteurs noter et juger des contributions les plus pertinentes...