dimanche 19 février 2006

La constitution de trois grands groupes de PQR en France... et après ?

François-Régis Hutin, le patron de Ouest-France, le constatait lundi dernier dans les Echos :

"La recomposition de la Presse quotidienne régionale est en train de se terminer : trois grands groupes
sont constitués, les autres journaux indépendants veulent le rester, c'est tant
mieux".

Avec le rachat du pôle Rhône-Alpes de la Socpresse (Le Dauphiné Libéré, le Progrès et le Bien public) par le groupe l'Est Républicain et la volonté désormais officielle du groupe "Le Monde" (propriétaire de Midi Libre) de reprendre les régionaux d'Hachette Filipacchi Médias ("La Provence", "Nice Matin"...), la France de la PQR est désormais divisée en trois :

- Un pôle Sud (holding Le Monde / Hachette)
- Un pôle Ouest (Sipa - "Ouest France")
- Un pôle Est (Est Bourgogne Rhône-Alpes - "Est Republicain")

Restent quelques indépendants, ("Le telégramme de Brest", le groupe centre France avec "La montagne", "La dépêche du Midi"...) qui, selon "Le Monde" du 15/02 (ici) ne seraient "résignés à l'isolement". Il y aura donc sans doute encore du mouvement de ce côté-ci. En attendant, la France observe le phénomène d'un oeil un peu médusé, sans savoir quoi penser de ces grandes manoeuvres: signe de la fin ou renforcement ?


"La PQR n'est pas en mauvaise santé financière", souligne "Le Monde", "mais elle est confrontée partout aux mêmes difficultés, la baisse de
diffusion, qui s'est poursuivie en 2005 avec un repli de 1,5 % environ. En dix
ans, les ventes ont chuté de quelque 10 %, soit près de 700 000 exemplaires, et
le nombre de quotidiens est passé de 175 en 1946 à une soixantaine aujourd'hui.
Une chute encore plus forte dans les grandes villes. La PQR doit en effet faire
face à une forte concurrence, d'Internet mais surtout des journaux gratuits.
Certains ont décidé de créer leur propre réseau, Ville Plus."


Tous les quotidiens régionaux ne vont pas mal, certains ont même réussi à s'installer dans la croissance. Leurs recettes se ressemblent : indépendance, nervosité, et forte appropriation par leur lectorat (avec une forte présence sur le terrain et une locale exhaustive à l'ancienne). Une phrase d'une lectrice bretonne du "Télégramme de Brest" (journal indépendant) : "Ils osent dire les choses... et puis c'est notre journal". Tout est dit.

Les regroupements des titres présentent-ils une menace pour l'indépendance rédactionnelle de la PQR ? Je ne pense pas. L'indépendance d'un journal est une question de solidité des ventes et de répartition équilibrée de ses recettes publicitaires, pas de grands groupes.

Ces regroupements pourraient même être une chance pour la PQR, si elle se montre capable d'affronter les grands enjeux industriels qui l'attendent au tournant. Ce qui n'est pas gagné. Mais pas impossible.

En mutualisant ses moyens, techniques et rédactionnels (il n'y a aucune utilité à conserver des informations nationales et internationales propres à chaque titre), certes, mais surtout en les renforçant sur sa principale mission : la proximité. La proximité est une thématique d'avenir. C'est la seule, d'ailleurs, pour ce qui concerne la PQR.
Qu'est-ce que la proximité ? Il y aurait de l'or à se faire pour qui chercherait à répondre sérieusement à cette question !
Pour la PQR, cette proximité s'animerait autour de trois critères, qui sont autant de questions :
- Utilité (en quoi suis-je utile aux habitants ?)
- Conversation (qu'est-ce que ça veut dire : je converse avec les habitants ?)
- Appropriation (qu'est-ce qui fait ou fera dire à ces habitants : "c'est mon journal" ?).
Après : gratuit, payant, Internet, e-paper, i-pod, la forme importe peu... l'important, c'est la place de cette nouvelle PQR dans la vie des gens.

2 commentaires:

phil a dit…

Pas d'accord, mais alors pas d'accord du tout avec ton analyse. Je pense que ton discours est celui d'un journaliste de PQR, dans un journal bien installé (où travailes-tu ?) mais qui constate comme tout le monde l'inexorable erosion de la dite PQR et se dit qu'au fond, les regroupements permettront de tenir encore quelques temps.
Pour avoir vécu professionnellement deux situations radicalement opposées : 1)forte concurrence en Alsace entre deux titres et 2) regroupement de la presse normande (france-Antilles) j'ai vu l'évolution s'opérer. En Haute-Normandie la PQR (regroupée donc) perd de nombreux lecteurs, au profit de la PHR; il n'y a plus de concurrence entre les titres mais "mutualisation" des moyens (le contenu devient le même sur des titres différents). Résultat : les lecteurs se désintéreessent de cette presse qui s'est uniformisée. Quant à la proximité... Une dizaine d'agences locales ont fermé, c'est dire. Les situations de monopole ne sont jamais bonnes.
En Alsace, situation radicalement inverse : deux titres en forte concurrence, en confrontation directe chaque matin.
Tu evoques le Télégramme, or ce journal est en forte concurrence avec Ouest-France. C'est cela qui l'a incité notamment à lancer une formule originale de journal du dimanche (format tabloid). Et à se battre pied à pied en locale, en créant de nouvelles editions.

"Les regroupements des titres présentent-ils une menace pour l'indépendance rédactionnelle de la PQR ?"
==> Bien évidemment. Il est plus facile pour les politiques de faire pression sur UN titre (ou un patron de presse) que sur deux ou trois. En outre, aujourd'hui un élu peut aisément contourner le media dominant : il y a de plus en plus de journaux municipaux et l'internet est bien installé.
Pardonne-moi d'être un peu direct, mais je trouve ton discours un peu en décalage avec la réalité.
La "conversation" avec le lecteur se fait aujourd'hui sur les blogs, en interactivité directe. C'est cela la nouvelle proximité.
TCHO !

Benoit Raphael a dit…

En décalage avec la réalité, je ne pense pas. Décalé, sans doute, pafois.
J'essaie de ne pas avoir d'avis caricatural, c'est moins confortable que de penser comme tout le monde. Il y a beaucoup plus de nuances dans ce métier que tu ne veux l'avouer, tu le sais très bien.

Je suis d'accord avec toi, cependant, lorsque tu évoques le regroupement de journaux concurents. La concurence est ce que la presse a "inventé" de mieux pour elle-même... Je m'occupe moi même d'un quotidien dans une zone de concurence. Ce qui explique en partie notre nervosité et l'augmentation de nos ventes.

Mais dans le cas présent, nous parlons de regroupements de journaux, l'Est Républicain et le pôle Rhône Alpes, qui ne sont pas concurents.

Quant à savoir si Internet est devenu aujourd'hui le nouveau vecteur de proximité. Oui, tu prêches un convaincu :) C'est ici que se joue le match, désormais. Mais je ne pense pas que la PQR est a priori exclue de cet univers. Au contraire. Elle peut encore y avoir toute sa place.