jeudi 20 juillet 2006

La presse quotidienne régionale fait le pari du payant, sans conviction

Le quotidien Libération, qui consacre aujourd'hui un long article (ici) aux stratégies Internet de la presse quotidienne régionale française, fait le constat suivant : la PQR parie sur le web de proximité... payant.
Bruno Hocquart de Turtot, directeur général du syndicat régional de la PQR (SPQR): "Sur Internet, la stratégie consiste à donner gratuitement les informations générales et régionales, mais de faire payer le micro-local".
Et Christian Philibert, directeur général d'Ouest France : "De toute façon, la gratuité, ce n'est pas notre culture".
Dommage, la gratuité, c'est pourtant la culture des nouvelles générations. Libé résume : "les régionaux ont immédiatement compris l'intérêt financier et commercial de l'Internet" Sauf que tout le monde sait que si les régionaux parient sur l'actu locale payante, ce n'est pas pour gagner de l'argent (l'accès payant ne rapporte presque rien, les volumes sont très bas), mais pour protéger l'édition papier. Ce n'est donc pas un pari, mais un blocage culturel et générationnel.

Ce qui est dommage, c'est que cette info locale payante (notamment à cause des archives payantes) empêchent les journaux d'ouvrir leurs articles aux commentaires.
Les sites des quotidiens régionaux se sont construits comme des compromis.

Seule voix discordante, José Biosca, directeur général adjoint de la Dépêche du Midi (Toulouse), qui vient enfin de finaliser une longue négociation avec sa rédaction sur les droits d'auteurs (c'est l'un des principaux freinx au développement de la PQR sur le net) : La Dépêche est consultable en totalité et gratuitement sur son site "parce que nous sommes convaincus que faire payer la mise en ligne du journal est sans intérêt". Le quotidien travaille actuellement sur la possibilité pour l'internaute de personnaliser son info hyperlocale.

Le débat gratuit/ payant tel qu'il se présente aujourd'hui dans la presse française grand public n'est plus un débat, mais un conflit culturel. Il est d'ailleurs, sur le fond, sans intérêt. La question n'est pas de savoir si l'on doit mettre le contenu du journal papier gratuitement ou non en ligne. Mais de se demander : quel contenu devons-nous apporter aux internautes pour leur offrir le meilleur service ? Et quel modèle économique mettons-nous en place autour de ce concept ? Rien de plus. Et si l'on suit ce raisonnement, on se rend vite compte que le contenu hyper local en ligne n'est pas forcément le même que celui que l'on trouve dans le journal. De la locale sur le Net, oui, mais quelle locale ? Voilà la question.

Cette hyper-locale en ligne (que l'on pourrait renommer en "Internet de proximité") doit d'abord être utile et pratique (infos services, annuaires et agendas interactifs), communautaire (journalisme citoyen, blogs, photos personnelles...) et conversationnelle (des commentaires et du débat partout). Franchement, ce n'est pas vraiment ce contenu-là que l'on trouve aujourd'hui dans les pages locales des journaux. Non ?

2 commentaires:

damien a dit…

"Le débat gratuit/payant (...) n'est plus un débat, mais un conflit culturel."

Entièrement d'accord avec toi. C'est aussi le cas ici en Belgique, avc encore plus d'à-propos étant donné l'absence complète de la presse quotidienne régionale sur le web. c'es le désert pour l'instant, même si l'une ou l'autre chose sont en préparation. La pénétration du web est l'une des plus importantes d'Europe mais la presse renacle à aller sur le web. Un peu par peur de voir les éditions papiers s'effondrer (ce qui est pourtant déjà largement le cas, tous titres confondus, sauf la DH) mais surtout parce que les journalistes en place ne savent pas ce qu'est un flux rss, technorati, comment poster un commentaire sur un blog, chercher et trouver sur le web... c'est là qu'est le vrai hiatus. Encore 10 ans et ils seront à la retraite mais y aura-t-il encore seulement des sous pour engager une relève ?

Pierre Barré a dit…

Mon intérêt pour la presse locale, et l'information hyperlocale est lié à une étude que je mène sur la démocratie locale. Effectivement, le citoyen actif est préalablement celui qui s'est informé.

Votre analyse me semble juste, elle résume bien la tendance : "Cette hyper-locale en ligne doit d'abord être utile et pratique, communautaire et conversationnelle. "

Actuellement, un tel contexte n'existe ni sur les sites de presse locale, ni sur les sites des institutions locales (frileuses, elles aussi).

Pourtant, nous devons tenter d’expliquer les choses à ces acteurs, ce qui demande une méthode, une pédagogie, que les personnes qui ont compris l'évolution du web n'ont pas encore trouvée....