lundi 30 janvier 2006

Déconstruire la presse locale, mode d'emploi

Dans son blog (ici), l'éditorialiste et universitaire américain Jeff Jarvis passe au crible tout ce qui lui paraît inutile et coûteux dans la presse locale d'aujourd'hui. Tout n'est pas sérieusement applicable dans l'immédiat, mais sa "liste noire" a le mérite de mettre les pieds dans le plat.

A supprimer, donc: les tableaux de la bourse (que l'on consulte en temps réel sur Internet), et plus généralement les infos économiques (un journal local ne peut pas rivaliser avec Internet et la presse nationale). A supprimer également les reporters que l'on envoie sur les grands événements déjà couverts par la presse nationale (ou sur "les grandes conventions politiques dont tout le monde se fiche"). Et dont l'unique motivation serait, affirme-t-il, de combler l'égo du journaliste. Des événements que la presse locale ne traitera pas mieux que les autres médias... Même perte de temps et d'argent avec l'actualité sportive nationale et internationale, les critiques de cinéma, les papiers magazines, et... les éditoriaux (alors que l'époque est à la multiplicité des opinions et à l'expression de tous).

Pour Jeff Jarvis, en économisant sur tous ces postes (10 à 20% des journalistes selon les quotidiens) on pourrait concentrer ses efforts financiers et humains sur ce qui intéresse vraiment le lecteur de la presse locale: l'info locale. L'auteur propose donc de limiter ce tronc commun des news à un digest du meilleur des dépêches d'agences.

Et de conclure sur la "vraie question" qui devrait se poser aujourd'hui à la presse locale: à quoi servons nous ? (un thème que j'avais longuement développé dans un précédent post): quel est le rôle, l'utilité d'un quotidien dans une communauté locale et dans la vie des ses lecteurs ? Voilà la question qu'il faut se poser.

Evidemment, Jeff Jarvis se fait insulter cordialement dans la pluipart des 80 commentaires qui suivent son post...

Il est vrai que l'on ne pourra sans doute pas faire table rase du jour au lendemain d'un mode de fonctionnement profondément ancré dans les pratiques de la presse locale. Mais avec la crise que traverse la profession, et les problèmes d'argent qui ne feront que s'agraver, la question de la rationalisation des moyens devra se poser sérieusement un jour où l'autre. La presse doit passer d'une logique de service public de l'info ("le journal doit tout couvrir") à une logique d'entreprise (et donc d'hyper choix de l'info). Une révolution...

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Pour aller plus loin : Il y a toujours eu débat sur la hiérarchisation de la Une: "infos locales ou informations générales ?" Pendant longtemps on a considéré qu'ouvrir le journal sur une Une régionale n'était pas valorisant. Ce qui est sûr, c'est que lorsque vous remplacez un titre national (c'est à dire, en gros, ce que les lecteurs ont vu à la télé la veille) par un titre local à la Une, vous augmentez vos chiffres de vente. Encore faut-il avoir quelque chose à vendre à la Une... Mais les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Mais pour aller plus loin, je crois qu'il faut toujours se poser la question de la hiérarchisation de l'info en partant de la "sphère" du lecteur, sans même s'interroger sur la frontière local/ pas local : Qu'est-ce qui va toucher le lecteur, qu'est-ce qui va l'interpeller le plus aujourd'hui ? Question que l'on va croiser avec : qu'est-ce qu'il attend de son journal local ? (sachant qu'il a aussi accès à la presse nationale et à Internet)

1 commentaire:

Sylvie R. a dit…

Une question récurrente pour un commentaire tardif à votre édito. Quelle est la différence entre un bloggeur et un journaliste ? Le second aurait plus de lecteurs que le premier. Sans doute avez-vous déjà parcouru le blog de Philippe Nieuwbourg. Cet analyste éditorialiste et consultant en technologies de l'information reprend non sans humour, le point de vue de Luc Fayard, directeur de la rédaction du groupe Tests (01 Informatique) : "D'après le quotidien Der Spiegel, 14% des Internautes déclareraient tenir un blog, mais ils ne seraient que 4 % à lire ceux des autres d'où le côté très égocentrique de la blogosphère. Bien sur le sondage, comme tous les sondages est exagéré et interprêté comme cela arrange le commentateur, mais il donne une tendance... Je te blogue en train de me bloger... c'est très à la mode entre bloggeurs VIP... mais finalement ce qui fait le succès réel d'un blog, c'est son contenu, car avec du contenu on a des lecteurs." http://www.nieuwblog.com/index.php
Mes interrogations certes un peu candides :
Le blog viendrait-il à point pour cultiver le narcissisme des lecteurs ? Force est de constater que oui malgré la lueur d'espoir pour la PQR entrevue dans votre article du 30/01/06 intitulé "Ce qui m'intéresse, c'est ce que je pense", (l'ouverture aux autres passera encore par le papier).
Le postulat selon lequel le journaliste se doit de proposer à ses lecteurs ce qu'ils pourraient aimer et non pas seulement ce qu'ils aiment déjà est-il désuet ? La notoriété du bloggeur au sein de sa communauté professionnelle (et au-delà) n'est-elle pas également un élément déterminant de la fréquentation de son blog ?
Le succès de ce dernier ne se mesure probablement pas seulement au nombre de commentaires que suscitent les articles publiés, certains lecteurs-silencieux- préférant s'exprimer sur leur propre blog pour confirmer la théorie du blogger égotiste...
Une catégorie à laquelle n'échappe cependant pas non plus le commentateur. Enfin, le risque d'émettre un avis dépassé sur un sujet dont on a peut-être déjà rebattu les oreilles reste entier. C'est peut-être le cas pour l'auteur de ce commentaire. A suivre...